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Interviews

ONATEL reprendra-t-il bientôt sa place ?

21-11-2017

Dans le rouge depuis 2009, le Conseil des ministres du 10 novembre a approuvé un plan de redressement de l’ONATEL. Mais sa mise en œuvre suscite de nombreuses questions. Jérémie Hageringwe, son directeur technique explique.

 

Jérémie Hageringwe

Quelle est la situation économique actuelle de l’ONATEL ?

L’Office National des Télécommunications du Burundi (ONATEL) traverse une crise économique sans précédent. Il souffre des difficultés techniques, commerciales et financières. Cette situation résulte des facteurs exogènes et endogènes à l’entreprise. Comme facteurs externes, la libéralisation du secteur est intervenue alors que l’Onatel, opérateur historique n’était pas suffisamment préparé pour faire face à la concurrence avec les nouveaux venus.

L’élément déclencheur de la crise a été la suspension par l’Etat, seul actionnaire, de tous les investissements productifs. Cette mesure a été prise en 2009. A cette époque, le gouvernement envisageait la privatisation de l’Onatel. Cette décision a hypothéqué la rentabilité de l’entreprise.

Quelle a été son incidence sur la rentabilité de l’entreprise?

Dès lors, aucun investissement productif n’a eu lieu pour le réseau mobile alors que les nouveaux concurrents apparaissaient sur le marché avec des équipements modernes et performants. Ceci a considérablement réduit les recettes générées par l’Onamob. Avant cette mesure, les recettes mensuelles engendrées par ce réseau dépassaient un milliard de Fbu. Mais actuellement, elles n’atteignent même pas 100 millions de Fbu. C’est d’ailleurs la raison principale qui nous a poussés à proposer au gouvernement un plan de redressement. Heureusement, il a été adopté par le conseil des ministres la semaine dernière.

En quoi consiste ce plan de redressement ?

Le plan de redressement est un vaste programme constitué de trois grands projets : l’extension et la modernisation du réseau mobile, l’extension du réseau fixe et l’installation du wifi public.

L’extension et la modernisation de l’Onamob consistera au remplacement de toutes les antennes par d’autres antennes de troisième et quatrième génération (3G et 4G). Les antennes dont dispose l’Onatel actuellement utilisent une vieille technologie (2G). Ceci empêche nos abonnés d’accéder à l’internet et surtout à l’application WhatsApp. Par conséquent, le nombre des abonnés chute. Il est passé de 200 mille abonnés en 2009 à 80 mille abonnés actuellement. Même ceux qui ont leurs cartes Sim, ils les utilisent très rarement.

Avec ce projet, le nombre des antennes sera amplement augmenté. Il passera de 51 antennes à 150 antennes. Au niveau des centres urbains, nous allons installer les antennes de quatrième génération. L’accroissement du nombre d’antennes permettra l’amélioration de la qualité des appels téléphoniques qui sont aujourd’hui de mauvaise qualité. Nos concurrents disposent des antennes un peu partout dans le pays (300 antennes pour Leo et plus de 600 antennes pour Lumitel).

Quel est le coût de ce projet ?

Ce projet va coûter 30 millions USD. L’entreprise chinoise Huawei International Limited fournira à crédit tous les équipements nécessaires à ce projet. La durée de remboursement de la dette est de 10 ans. Et la période de grâce est de trois ans. L’Onatel a également signé avec Huawei un contrat de maintenance de ces équipements pour une année. Trente et un ingénieurs burundais partiront prochainement en Chine pour un stage dans le cadre de ce contrat. La première phase de ce projet sera opérationnelle en juin prochain. L’exécution définitive de ce projet interviendra en septembre 2018. L’aboutissement de ce projet permettra à l’Onatel de reprendre sa place sur le marché.

Quid des autres projets ?

Le deuxième projet est celui de l’installation d’un réseau wifi public. Les abonnés à ce réseau auront un code et recevront la connexion internet partout où ils se trouvent. Ce projet sera effectué dans le cadre d’un partenariat public-privé. L’entreprise intéressée amènera ses équipements et son expertise. L’Onatel fournira seulement les infrastructures. L’Onatel recevra 40 % des recettes et le privé prendra le reste. Deux entreprises ont déjà manifesté la volonté d’exécuter ce marché.

L’autre projet est celui de l’extension du réseau fixe à Bujumbura, à Gitega, et à Ngozi. Le réseau fixe actuel a été installé seulement pour l’usage des administrations publiques. Après l’extension, ce réseau aura à la fois un usage administratif et commercial. Le réseau sera connecté à la fibre optique pour améliorer la qualité des appels téléphoniques.

Qu’attendez-vous de ce plan de redressement ?

Nous sommes confiants et optimistes. Le plan de redressement est très ambitieux. Sa réalisation effective permettra bientôt à l’Onatel de reprendre sa place dans le secteur des TIC. Nous allons pouvoir faire face à la concurrence de nos rivaux. De surcroît, l’Etat nous a promis de tout faire pour que le redressement puisse être atteint.

Aujourd’hui, est-ce que tous les employés reçoivent la totalité de leurs salaires?

Les employés de l’Onatel ne perçoivent pas la totalité de leurs salaires. Surtout les frais destinés au financement de leurs pensions complémentaires. Cette situation résulte des difficultés financières qu’éprouve l’entreprise. Mais, ils seront régularisés quand la santé financière sera meilleure. Ils connaissent l’état financier de leur établissement.

Les employés craignent des licenciements. Qu’en dites-vous ?

Qu’ils soient rassurés. Il n’y aura pas de licenciements. Mais, les mesures déjà prises en matière de politique d’emploi de l’Onatel seront maintenues jusqu’à l’amélioration de la santé financière de l’entreprise. Ces mesures interdisent surtout le recrutement et les remplacements des employés décédés ou partis à la retraite.

Les entreprises de télécommunication dénoncent des irrégularités dans l’octroi du marché à Huawei…

Leurs allégations ne sont pas fondées. La procédure de passation des marchés publics a été régulière. Ces entreprises constituent nos concurrents directs. On ne peut pas donner un marché à une entreprise rivale. Elles s’approvisionnent également chez Huawei. Elles ne produisent pas des équipements utilisables dans le domaine de la téléphonie.

Des voix reprochent aux gestionnaires de l’Onatel d’avoir une certaine responsabilité dans la crise qu’il traverse. Votre réaction ?

C’est vrai qu’à une certaine période les gestionnaires ont privilégié les investissements qui entraînent des charges aux dépens des investissements productifs. A ce sujet, le conseil des ministres a ordonné un audit externe indépendant pour identifier la responsabilité de tout un chacun. Et ils devront en répondre.

  6   Vos commentaires
  1. André-Michel Nshimirimana

    C’est celà les entreprises à conotation étatique! Ils ont terminé de saccager et piller la seule entreprise natioanle qui génèrait convainablement la richesse du pays. Aujourd’hui, ils ont honte des trichéries causées sous le soleil, devant toute la nation entère et devant le personnel de la dite entreprise! Aaah oui, ils manquent où puiser les mêmes ressources d’où il faut reinvestir pour encore refaire la même chose le jour où cette entreprise va redemarrer. Ici on peut se poser la question de savoir d’où est disparues ces sommes colossales et qui en sont responsables. Vas-y! Reinvestissez encore! C’est bien! « Vaut mieux tard que jamais! »

  2. Ferdinand Ngendabanka, Vice president, Commission Interne de Redressement de l' Onatel

    La crise à l’Onatel n’ est pas seulement liée à la technologie mais elle est aussi et surtout structurelle. C’ est pourquoi la décision du Gouvernement d’ accompagner l’ investissement technologique par un audit de l’ entreprise étatique est salutaire dans la mesure où les conclusions de l’ audit pourraient recommader les mesures de gouvernance de l’ entreprise nécessaires à une exploitation optimale du nouveau réseau ONAMOB et l’ implémentation efficace des projets retenus pour le redressement de l’ ONATEL.

  3. NYUMVIRIZA

    Vous avez compris pourquoi même en politique, nos chers politiciens n’aiment pas la concurrence. « L’autre projet est celui de l’extension du réseau fixe à Bujumbura, à Gitega, et à Ngozi. Le réseau fixe actuel a été installé seulement pour l’usage des administrations publiques. Après l’extension, ce réseau aura à la fois un usage administratif et commercial. Le réseau sera connecté à la fibre optique pour améliorer la qualité des appels téléphoniques. » Cela veut dire que l’ONATEL n’a pas vu venir le progrès dans les télécommunications ?
    Chers dirigeants, quel que soit votre niveau, prévoyez, anticipez, le progrès ne s’arrête guère. Si non votre chute arrivera au moment où vous y attendez le moins. Pourtant les exemples de la vie sont nombreux : Mobutu,…Mugabe,…

    • Banzubaze

      @NYUMVIRIZA
      Et vous-même, comment anticipez-vous votre avenir? Le marabout du coin peut vous être utile. Moi j’y étais hier. Il m’a dit que pour mon avenir « tout baigne » (dans l’huile).

  4. Jesus

    On peut toujours rever. Cependant, si je suis abonne chez X et que le service est impeccable, qui m’obligera de venir chez vous?

    • Ladislas

      Jesus,dans les conditions ou la qualité des services est impeccable pour tous les opérateurs ,ce sont les consommateurs y compris toi même qui tireront profit .Aujourd’hui si tu paies 1000 Bif par jour surement que demain tu paieras moins que ça(entre 500 et 1000 Bif).Le facteur prix étant déterminant pour les consommateurs,les opérateurs seront dans l’obligation de revoir ses tarifs pour faire face à la concurrence.

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