Sécurité

Ngozi : accusations mutuelles entre les pro Rwasa et l’administration

Les fidèles d’Agathon Rwasa à Ngozi affirment être persécutés par l’administration et la police, depuis novembre 2014. Ils craignent pour leur sécurité. Les accusés nient les faits.

A Ngozi les pro Rwasa se disent menacés ©Iwacu

A Ngozi les pro Rwasa se disent menacés ©Iwacu

H.N., membre du Fnl pro Agathon Rwasa n’y va pas par quatre chemins : « Nous vivons la peur au ventre car des administratifs, des Imbonerakure et la police nous battent et nous emprisonnent quand ils veulent. »
Selon cet habitant de Kiremba, tout remonte à novembre 2014, lorsqu’un policier connu sous le sobriquet de Soleil est assassiné sur la colline Ruyumpu en commune Kiremba.

Ce jour, raconte notre source, ce policier avait partagé un verre entre amis. Parmi ceux-là, se souvient-elle, Moïse Nizigiyimana, membre de la ligue des jeunes du Cndd-Fdd. « Celui-ci s’est retourné contre le policier et l’a désarmé. » Après avoir arraché le fusil, poursuit notre source, Moïse Nizigiyimana l’a tué sur le champ. Iwacu n’a pas pu le retrouver pour donner sa version des faits car il serait emprisonné à Ngozi pour cette même affaire. Il a été arrêté le 17 novembre 2014.

La chasse à l’homme est organisée

Après cet assassinat, expliquent les pro-Rwasa à Ngozi, il y a eu un « deal » entre l’auteur présumé du crime et les membres du parti au pouvoir. « Ils lui ont intimé l’ordre d’impliquer les Fnl de cette colline dans ce meurtre pour se débarrasser d’eux parce qu’ils sont nombreux à cet endroit. » Les informations recueillies sur place font état de cinq membres du Fnl qui sont arrêtés depuis janvier 2015, accusés d’avoir trempé dans cet assassinat. Il s’agit de Sébastien Miburo, Osias Ntihuwicaye, Njemero Nzeyimana, Pierre Mpawenimana et Adolphe Rucahaga. Les 4 premiers sont écroués à la prison de Ngozi au moment où le dernier se trouve au cachot de la police judiciaire de Ngozi, depuis le 7 février.

Des responsables de ce parti non reconnu par la loi craignent une nouvelle traque organisée par le pouvoir en place. « Il veut procéder à l’élimination physique ou à l’emprisonnement de nos membres pour nous empêcher de bien nous préparer aux prochaines élections », s’inquiètent-ils.

D’autres actes d’intimidation

Les fidèles d’Agathon Rwasa à Ngozi craignent toujours pour leur sécurité. Ceux qui se sont confiés à Iwacu font savoir que les Imbonerakure viennent danser devant leurs domiciles pendant la nuit. « Nous avons demandé à nos membres de ne pas sortir pour éviter la confrontation », assure un des responsables du Fnl pro Rwasa à Ngozi.
D’après lui, ce phénomène est spécialement signalé dans les communes Mwumba, Nyamurenza, Busiga et Ngozi. Et de souligner que les jeunes du parti au pouvoir dans certains coins de la commune Nyamurenza exigent souvent la fermeture des bars à partir de 18 h, depuis le début de février de cette année.

Les mêmes sources indiquent que les commerçants qui sympathisent Agathon Rwasa commencent à être expulsés de leurs stands. « Cela s’est déjà manifesté aux marchés de Ngozi et Birambi en commune Nyamurenza», précise D.F, un habitant de Ngozi.

Nos sources avancent l’exemple d’une certaine Chantal, vendeuse d’oignons au marché de Ngozi, chassée de son stand, depuis plusieurs mois, par Saïdi Nyandwi, commissaire de ce même marché. « Elle a sollicité l’intervention de l’administrateur et du gouverneur de Ngozi, sans succès, et a fini par abandonner le commerce», confie une source, la mort dans l’âme.

Dans la nuit du 1er février 2015, un groupe de membres du Fnl non reconnu par la loi a fui vers le chef-lieu de la province Ngozi. Selon eux, la goutte qui a fait déborder le vase est l’arrestation de Benjamin Ntakirutimana au centre Kabibogo. Ce fidèle d’Agathon Rwasa a été durement frappé par le chef de zone Birambi en commune Nyamurenza.
Vers 21h, affirment nos sources, l’administrateur, le commissaire provincial de police et une équipe d’Imbonerakure ont voulu arrêter tous les militants des Fnl et ceux-ci ont préféré quitter l’endroit au cours de la même nuit. « Nous sommes arrivés au chef-lieu de la province Ngozi vers 2 h du matin », témoigne l’un d’entre eux. Ces membres du Fnl demandent à l’administration de ne pas les persécuter car appartenir à un parti politique, même s’il n’est pas reconnu, n’est pas un crime.
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Réaction

« Ce sont des rumeurs visant à diviser les habitants de Nyamurenza »

Claude Nahayo : « Les sympathisants d’Agathon Rwasa s’adonnent à la désobéissance civile.» ©Iwacu

Claude Nahayo : « Les sympathisants d’Agathon Rwasa s’adonnent à la désobéissance civile.» ©Iwacu

Interrogé, Dieudonné Niyonzima, administrateur de la commune Nyamurenza, s’étonne de ces propos : « Pourquoi seules les membres du Fnl se lamentent alors qu’il y a ceux du Msd et de l’Uprona à Nyamurenza ?» Selon lui, il ne s’agit que de rumeurs visant à diviser la population qui vit en harmonie en zone Burambi. « La situation est bonne au centre de Kakibago et les gens y vivent en harmonie. Ceux qui avaient fui sont revenus et se sont excusés d’avoir frappé le chef de zone. »

Concernant le cas de Benjamin, qui affirme avoir été frappé par le chef de zone à cause de son appartenance politique, l’administrateur Niyonzima parle d’un jeune homme sans emploi qui s’adonnait à des provocations. « Mais ses voisins lui ont prodigué des conseils et nous espérons qu’il ne recommencera plus », conclut-il.

«Un problème de non respect de la loi et de la désobéissance civile »

Claude Nahayo, gouverneur de Ngozi, ne mâche pas ses mots : « Les sympathisants de Rwasa ont adopté, depuis peu, un comportement de maquis en tenant des réunions clandestines pendant la nuit dans des cimetières. » Pour lui, il s’agit ni plus ni moins du non respect de la loi et personne ne peut le tolérer.

En outre, confie le gouverneur, ces sympathisants s’adonnent à la désobéissance civile : « Ces gens ont déjà frappé quatre administratifs, dont le chef de zone et l’administrateur communal. » D’après lui, ce comportement démontre un manque de respect des autorités. Or, souligne-t-il, tout le monde devrait les respecter jusqu’au terme de leurs mandats.

Concernant les accusations d’emprisonnement des membres du Fnl d’Agathon Rwasa, le gouverneur de Ngozi rejette ces accusations. Selon lui, tous ceux qui ont été arrêtés dans l’affaire du meurtre du policier Soleil ne sont pas du seul camp de Rwasa. « Il y a parmi eux des membres du Cndd-fdd et ceux des autres partis politiques. Ils l’ont été pour des raisons d’enquête. »

Concernant le cas de ceux qui sont chassés du marché, le gouverneur parle de généralisation. Il indique que Chantal a été suspendue par le commissaire du marché de Ngozi parce qu’elle était en train d’enseigner aux commerçants l’idéologie du Fnl avec une photo d’Agathon Rwasa : « J’ai appris la nouvelle, mais la dame n’a pas encore fait de recours au niveau de l’administration provinciale. »

Ces accusations sont également rejetées par Abraham, commissaire provincial de police à Ngozi. Selon lui, il est intervenu car il y avait des bagarres sur cette colline : « Je n’ai jamais appris qu’il s’agissait d’un conflit entre les membres des partis politiques. Mon rôle était de ramener l’ordre. » Et de conclure qu’il a appris, par la suite, que ceux qui avaient fui, étaient revenus et s’étaient excusés.

  4   Vos commentaires
  1. DUBOIS

    http://www.iwacu-burundi.org/?s=don+de+v%C3%A9los : Ah ! Des vélos ! Il me semblait que le CNDD-FDD allait en acheter pour ses responsables collinaires !!! S’agissait-il de ceux -là ? Vous nous en parlerez quant à distribution ? Merci

  2. Moteur C

    Première réaction:
    «Concernant le cas de Benjamin, qui affirme avoir été frappé par le chef de zone à cause de son appartenance politique, l’administrateur Niyonzima parle d’un jeune homme sans emploi qui s’adonnait à des provocations. « Mais ses voisins lui ont prodigué des conseils et nous espérons qu’il ne recommencera plus », conclut-il»
    Donc, il ne nie pas les coups portés contre Benjamin, on parle de coups et blessures, d’abus de pouvoir(c’est la justice qui doit déterminer comment une provocation est punie, si provocation il y a eu.

    Deuxième réaction (Gouverneur):
    « Il indique que Chantal a été suspendue par le commissaire du marché de Ngozi parce qu’elle était en train d’enseigner aux commerçants l’idéologie du Fnl avec une photo d’Agathon Rwasa : « J’ai appris la nouvelle, mais la dame n’a pas encore fait de recours au niveau de l’administration provinciale. »»

    Je n’en crois pas mes yeux ! Ce gouverneur, a-t-il une seule notion de la démocratie ? En quoi essayer de recruter des collègues de travail dans son parti est un crime ? A-t-il pensé une seconde que cette femme a une famille à nourrir ? Sait-il que cette femme a le droit a une liberté d’expression protegée par la Constitution du Burundi ? Je ne sais pas dans quel Burundi nous sommes. Le gouverneur sait que cette femme a été injustement sanctionné, et en bon leader il devrait rendre justice sans attendre que Chantal vienne porter plainte. Comme ça il aura démontré qu’il gouverne pour tout le monde.

  3. Barahumba!!!

    • Munyemali

      Imbonerakure hamwe numu FNL baja inama ngo bice umupolisi….

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