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Jeunes et femmes debout

Mutimbuzi, la commune-carrefour

15-03-2016

Située à la croisée des chemins entre la capitale, l’intérieur du pays, et la RDC, Mutimbuzi mène une vie atypique, culturellement éparpillée. La force et la détermination des jeunes et des femmes de la région constituent les points communs de la région.

La raffinerie n’est plus réservée qu’aux hommes.

La raffinerie n’est plus réservée qu’aux hommes.

En prenant la RN9, c’est une affaire d’une dizaine de minutes en voiture pour pénétrer dans la commune Mutimbuzi. Noyée entre la commune Rugazi et la Mairie de Bujumbura, le Mutimbuzi de cette partie-là est difficilement identifiable. Mais les connaisseurs savent très bien que la zone Rubirizi fait partie des portes d’entrée les plus empruntées vers la province Bubanza, et cette bande de terres constitue aussi la partie rurale de la commune Mutimbuzi.

Du fait de la porosité des frontières entre la commune Mutimbuzi et la mairie de Bujumbura, la zone Maramvya, qu’on rejoint en passant par la RN5,est parfois associée à la capitale, et certaines parties de cette région, comme l’aéroport de Bujumbura, ont été récupérées par la Mairie. Mais Maramvya reste tout de même une grande réserve rizicole, qui nourrit Mutimbuzi et une partie de Bujumbura Mairie.

Gatumba, située aux confins occidentaux de Mutimbuzi, reflète un véritable mixage culturel. Du fait de sa proximité avec la République Démocratique du Congo, cette zone au développement croissant présente un cocktail social détonnant, où les coutumes et les usages du pays voisin, ajoutés aux mariages transfrontaliers, ont imprégné les habitants et les ont dotés de leur mode de vie propre.

Une vie en « grand écart »

Du fin fond de Mutimbuzi, à Mubone, une région difficilement joignable en voiture à cause du mauvais état des routes, des femmes se livrent aux préludes de leur activité quotidienne. Elles lavent dans un cours d’eau des feuilles de courges, légumes qu’elles vont venir vendre dans la capitale. Ces femmes font régulièrement une trentaine de kilomètres à pied, pour venir livrer leur marchandise fraîche aux citadins à la fine bouche.

Cette sorte de vie est partagée par plusieurs autres habitants de Mutimbuzi, qui vivent grâce à un commerce tant interne que transfrontalier. Firmin Ndereyimena est un pêcheur. Lors des grandes crues, l’eau déborde des rivières et constitue de grandes mares d’eau où grouillent des poissons aux formes parfois inquiétantes. « On pose alors dans la soirée des pièges faits en roseaux où viennent échouer les kambale, les njombo, etc.., et dans la matinée, on va récupérer la prise », explique le jeune pêcheur, rencontré sur la Chaussée d’Uvira, en train de solder sa prise à moins de trois kilomètres du poste-frontière de Gatumba.

Si Firmin parvient à nourrir sa famille par son travail, le business de ces poissons reptiliens ne profite pas qu’à lui seul. Plusieurs vendeuses de poissons, burundaises ou congolaises, se fournissent habituellement chez lui. Maman Furuha vient expressément d’Uvira chaque jour pour acheter en gros des poissons de la zone Gatumba. « On vient au Burundi car c’est ici qu’il y a beaucoup d’eau et par conséquent de poissons en grande quantité, mais aussi, on s’y fournit à moins cher», nous fait savoir cette congolaise.

Le commerce de maman Furuha fluctue en fonction de la prise des pêcheurs burundais, et son travail serait des plus accommodants si elle ne devait pas faire continuellement attention à ne pas se faire mordre la main par ces poissons voraces.

« On dit suer pour vivre »

Vendeuses ambulantes de Mubone.

Vendeuses ambulantes de Mubone.

Dans la zone Gatumba, des raffineries traditionnelles ont été installées au bord de la Rusizi. Dans cette région où le palmier est aussi fréquent qu’un oranger en plein désert, cette vue est des plus inattendues. Et les raffineurs sont tout aussi étonnants : rien que des femmes. Hélène Singereje est une de ces dames de l’huile. Chaque matin, elle s’attèle à la transformation de l’huile de palme, avec des camarades féminins.

C’est vrai qu’à Gatumba, il n’y a pas de palmiers, reconnaît cette femme entre deux âges. Pour ce, elles doivent faire de longs voyages pour en trouver, et faire un stock au fur et à mesure. « On doit se fatiguer pour vivre et la pauvreté ne nous laisse vraiment pas le choix », déclare Hélène. Et tant qu’il y a le matériau, cette femme ne voit aucune objection dans le fait de tourner la manivelle de pression, dans le but de gagner un peu de sous pour acheter la nourriture.

Voir des femmes s’adonner à cśur-joie à une activité considérée comme typiquement masculine reflète l’état d’esprit de la gent féminine de Gatumba en particulier, mais aussi de toute la commune Mutimbuzi. Pour elles, quand il s’agit de survie, il n’y a plus de travail réservé aux femmes, ni aux hommes par ailleurs.


Mutimbuzi en quelques lignes

La commune Mutimbuzi est une des communes de Bujumbura, dit Bujumbura rural. Elle possède quatre zones, à savoir Rubirizi, Maramvya Rukaramu et Gatumba, frontalière avec la RDC. D’après le recensement de 2008, sa population est estimée à 69, 851 habitants, répartis sur 220 km².

L’économie de Mutimbuzi est essentiellement basée sur l’agriculture, l’élevage, la pêche, sans oublier le commerce.

Mutimbuzi possède aussi le parc de la Rusizi, réputé pour ses espèces rares.

Quant à ses relations avec le Congo voisin, « elles seraient très bonnes », selon Ir Damien Barindambi, administrateur de la commune.


Atouts et défis majeurs

Atouts

La proximité avec la Mairie de Bujumbura et la RDC, des champs à cultiver, des rivières où on fait l’extraction des moellons, sans oublier le parc de la Rusizi Delta.

Défis

Les aléas climatiques et le chômage des jeunes scolarisés constituent de grands défis.

Mais un autre défi, tout aussi important, est l’absence de frontières fixes avec la mairie de Bujumbura. Pour l’administrateur de cette commune, «Mutimbuzi est comme une réserve de la mairie, où chaque partie qui évolue est directement incorporée dans la capitale.»

Il donne les exemples de la partie occupée par la société Azam, le littoral du lac Tanganyika, et la plus grande pierre d’achoppement étant l’Aéroport international de Bujumbura.


Adolphe Niyongere, l’activiste éclairé de Mubone

Ce jeune homme est actuellement président d’une association de jeunes pour la protection des droits de l’Homme, dans laquelle il a incorporé tous ses camarades .

Adolphe Niyongere, le jeune rassembleur

Adolphe Niyongere, le jeune rassembleur

On rencontre Adolphe dans des activités organisées par une ONG nationale sur le terrain de football de la zone Rubirizi, dans la journée du 3 mars. Chemise blanche sur un pantalon noir corbeau, le jeune homme sort facilement du lot.

À voir son habillement, on a du mal à croire qu’il est venu présenter un numéro culturel. Et pas qu’un seul : participer aussi à un concours de dessins. « Tant que ça concerne les droits de l’Homme, je suis preneur », nous murmure-t-il avant d’entrer en scène avec son groupe.

Rien de très extravagant. Ils sont cinq à interpréter dans la simplicité, à tour de rôles, une chanson-sketch sur la réconciliation, accompagnés par un piano minimaliste. Le public applaudit, Adolphe rayonne.

Qui est Adolphe ?
Né en 1989 dans la zone Rubirizi, commune Mutimbuzi, il fait son école à Mubone, et son secondaire à Buterere. Il est orphelin de père et vit dans une fratrie de sept enfants. Il est actuellement installé à Mubone.

Droits de l’Homme et Développement, duo inséparable

« AJEPDHD (Association des Jeunes Engagés pour la Protection des Droits Humains et pour le Développement) est née du désir de voir des jeunes ayant une culture de respect des droits de l’Homme, et un désir de se développer », confie Adolphe.

Cette association, qui a plus de trois ans d’existence, regroupe 47 jeunes de tous bords, et exploite trois volets : l’épargne et le crédit, les activités de développement, et un volet culture. « Et tout cela concourt à une meilleure vie dans la société », fait savoir le jeune activiste.

Ce jeune homme est convaincu que sans développement, on ne peut pas parler de respect des droits de l’Homme, et il śuvre donc pour voir cela changer.« Quand on est pauvre, on est facilement manipulable», suppose Adolphe. De ce fait, pour le jeune activiste, il faudrait s’attaquer à la racine du problème, à savoir la pauvreté, avant de s’atteler au respect des droits humains.


Mutimbuzi s’exprime…

Comme dans le reste du pays, les jeunes de cette commune sont confrontés au chômage, tandis que les femmes se cherchent une place adéquate dans les foyers. Ces deux catégories de citoyens s’accordent pour dire qu’elles ont été aussi oubliées dans les institutions.

Prosper Nkurunziza,« les paroles doivent correspondre aux faits !»

Prosper Nkurunziza

Prosper Nkurunziza

Pour ce jeune diplômé en manque de travail, la situation vécue par les jeunes le révolte. « Si on regarde bien, ce n’est pas seulement dans la commune où le jeune n’est pas représenté, mais même au niveau du pays», s’insurge-t-il.

Pour lui, cette représentation est chantée seulement dans les paroles, tandis que les faits ne suivent pas.« Si les jeunes étaient vraiment représentés, on verrait des résultats tangibles sur la vie des jeunes, des avantages conséquents », observe-t-il.

Et quand on dit résultats, Prosper parle avant tout de la réduction du taux de chômage qui sévit chez les jeunes.

Séraphine Barakikintu, « l’autonomisation de la femme face au machisme des hommes. »

Séraphine Barakikintu

Séraphine Barakikintu

Pour cette habitante de Maramvya, la pauvreté, ajoutée au mauvais traitement que les hommes font subir à leurs épouses, rendent parfois la vie de la femme intenable.

Ce qui révolte au plus haut niveau cette cultivatrice de profession, c’est de voir des femmes travailler pour des hommes qui ne veulent même pas les reconnaître devant la loi.« Tandis que dans les institutions, cette même femme est presque quasi absente », relève-t-elle encore
Pour faire face à tout cela, Séraphine propose aux femmes de se regrouper en associations, dans le but de devenir autonomes. « Ce sont ces mêmes associations d’épargne et de crédit qui ont fait de moi ce que je suis maintenant », témoigne-t-elle avec fierté.

Bibiane Sibomana, « il faut des occupations pour les jeunes filles.»

Bibiane Sibomana

Bibiane Sibomana

Cette jeune fille relève plusieurs cas de jeunes filles détournées par des hommes, engrossées et puis délaissées.

« Et cela résulte du manque d’occupations et de ressources auquel les jeunes filles font face », assure-t-elle.

Pour que cela change, Bibiane pense qu’il faudrait des enseignements conséquents pour que les jeunes filles sachent comment se comporter dans certaines situations.

Mais, qu’il faudrait aussi créer plus de centres de métiers pour les filles, pour que même celles qui n’arriveraient pas à continuer les études aient une occupation génératrice de revenus.

  1   Vos commentaires
  1. OYA

    Coup de chapeau pour l’auteur de cette monographie sur Mutimbuzi.

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