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Littérature

Mutama honoré au Canada et Bruxelles

07-06-2017

Montréal 17 juin, Ottawa 24 juin, Bruxelles le 1er juillet… La diaspora burundaise s’organise pour rendre hommage à Mutama Mbonimpa à l’occasion de la sortie de son livre « Rester debout ». Exceptionnellement, l’auteur nous partage les premières pages. C’est beau, c’est fort.

resterdebout_ph_ouverture_aplatieAu cours de ma carrière, j’ai eu la chance de rencontrer des personnalités importantes, d’écrire même pour certaines d’entre elles, comme je l’ai fait avec Pierre-Claver Mbonimpa. Mais aucune ne m’a marqué autant que lui !

Cet homme est un monument, une mémoire précieuse qu’il fallait cueillir, fixer. Sa parole est précieuse, car elle véhicule ce que nous avons de plus cher et que nous risquons de perdre : l’Ubuntu. L’humanisme. Suivre sa vie, dense, permet de vivre les grands moments de notre histoire.

Il est encore adolescent, curieux de la vie, qui voit la monarchie séculaire remplacée par la première république. Il est un jeune étudiant topographe qui voit ses camarades hutu broyés par « 72 », la machine de la mort de la république dévoyée. Lui-même s’en tire par chance. Il danse de joie quand la 2ème république vient mettre fin à la déliquescence d’un Etat qui tue ses enfants. Progressiste, il est dans l’équipe du président Ndadaye et assiste à la naissance du « Burundi nouveau. » Pierre-Claver Mbonimpa a vu naître l’espoir d’un Burundi démocratique. Il aura le triste privilège de mettre dans le cercueil la dépouille mortelle du président, assassiné 101 jours après son élection.

Et le pays va sombrer. Il va descendre avec lui, dans les geôles de Mpimba. Mais il résiste. Le désespoir, les privations au lieu de l’anéantir le forgent. C’est la marque des grands. C’est un autre homme qui sort de Mpimba. Déterminé. Désormais, il se consacrera à la lutte pour les droits des prisonniers. Car à Mpimba les détenus n’en ont aucun. Grâce à lui des personnes détenues illégalement sont libérées. Les prisons sont un brin humanisées. Avec le temps, il étendra son combat contre les violations des droits de l’homme. Sous toutes ses formes. La torture érigée en méthode d’interrogatoire. Pierre-Claver Mbonimpa ne fait rien à moitié. Il est entier dans ses combats. Petit à petit, son engagement va porter. La question des « droits de l’homme » devient une antienne au Burundi.

En 2015, avec la décision du président Nkurunziza de briguer un troisième mandat, le pays plonge à nouveau dans le malheur. L’homme gêne les prédateurs des libertés et des vies. A celui qui dit la vérité il faut seller le meilleur cheval, dit un proverbe arabe. Mais Pierre Claver Mbonimpa ne cède pas aux menaces, il reste, il s’oppose. Son sort est scellé. Quatre balles. A bout portant.

Une extraordinaire solidarité internationale s’organise. Il est évacué. Mourant. Un miracle. Il en réchappe. Mais ses bourreaux ne désarment pas. Alors qu’il est sur son lit de souffrance, les tueurs l’assassinent encore. Ils lui prennent ce qu’il a de plus cher : son fils ,Welly, 24 ans et son beau-fils, Pascal.

Comme un sphinx, dès la sortie de l’hôpital, il reprend pourtant le flambeau. Il poursuit son combat à l’extérieur.

Grâce à des amis suisses, nous nous sommes retirés dans un chalet, perdu dans une vallée du côté de Looren. Coupés du monde. Pendant plusieurs jours, il m’a raconté sa vie, ses combats, ses espoirs, mais aussi ses doutes. J’ai découvert un homme humble, mais riche d’une expérience de vie unique. J’ai bu ses paroles. Comme nous devions tout faire nous- mêmes, j’ai aussi mangé les repas qu’il nous préparait. Au cours de son séjour en prison, il était devenu le « boy » d’un Blanc, compagnon d’infortune à Mpimba qui lui a appris à très bien cuisiner…

J’ai aussi découvert que cet homme, de par cette confiance justement, dispose d’un immense réseau au pays que lui envierait tout journaliste. Dans n’importe quel coin du Burundi, dans n’importe quel secteur de la vie nationale, il a une source, un contact, un ami. Grâce aux nouvelles technologies, Pierre-Claver Mbonimpa est très bien informé, chaque jour, presque à chaque minute.

Par tout ce qu’il a porté et vécu, Pierre-Claver Mbonimpa nous apprend à voir le Burundi et la vie autrement. Pour moi, rien ne sera plus comme avant après notre rencontre. En fait, je n’ai pas écrit. J’ai été initié à une certaine vision de la vie. Il m’a fait connaître, comprendre et aimer le Burundi. Car cet homme est guidé par l’amour dans tout ce qu’il fait : l’amour de l’autre, de la liberté.

Malgré l’âge, malgré ses blessures physiques et intérieures, il vacille, mais reste toujours debout. Frêle et fort. Et surtout, le mot « vengeance » est inconnu dans son registre. Il réclame la justice car, dit-il, elle seule permet de jeter les bases d’une société équitable.

Pierre-Claver Mbonimpa avec des mots simples met à nu les maux qui rongent notre pays. Il démonte le mal pour nous aider à mieux remonter vers l’Ubuntu.

Je voudrais remercier tous ceux qui soutiennent le travail d’ Iwacu, notamment cette quête des témoignages essentiels pour notre histoire.

Un grand merci à Pierre Claver Mbonimpa pour sa confiance. Je pense aussi à mes amis de Sembura, Brigitta, Maja, Gabriela.

J’ai une pensée particulière pour mes collègues journalistes à Iwacu. Leur courage m’aide moi aussi à rester debout. (…) Au Burundi, les naufragés, les blessés de l’histoire ne se comptent plus. Nous sommes nombreux à douter de notre avenir commun.

Mon souhait c’est que le témoignage de cet homme exceptionnel nous aide à reprendre confiance en nous et dans notre pays.

Vallée de Looren (Suisse) novembre 2016
Antoine Kaburahe, journaliste-écrivain


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  2   Vos commentaires
  1. Peace

    Welcome to Kaburahe and Mbonimpa in Canada. Yuupi.

  2. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Un Burundais, un des africains hors du commun. Avec tout ce qu’il a souffert le pauvre, il reste debout plus déterminé que jamais. Quel courage ? Il mérite le Nobel de la paix et je suis persuadé qu’il finira par l’avoir. C’est une question de temps. Courage Mutama wacu et félicitations.

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