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Editorial

Mkapa, stratège ou amateur ?

20-05-2016
Léandre Sikuyavuga

Léandre Sikuyavuga

L’attention des Burundais s’est focalisée cette semaine, avec raison, sur les obsèques nationales du président Jean-Baptiste Bagaza.

Même si certains, notamment l’opposition, ont évoqué une récupération politicienne, Iwacu a salué l’initiative des autorités.

Mais, un autre événement est très attendu: la reprise du dialogue inter burundais ce 21 mai à Arusha. Déjà avant sa tenue, des questions se posent. Il était dit que le premier round serait consacré à des séances : d’abord le gouvernement et sa mouvance, ensuite l’opposition et enfin, la société civile, avant d’organiser une plénière avec toutes les parties.

Le Cnared croyait qu’elle représenterait l’opposition. Cependant, à la veille du rendez-vous, nous apprenons que la médiation a invité en même temps le gouvernement et quelques partis de cette plateforme nommément. Stratégie de Mkapa ou erreur de la médiation? Des critiques fusent : « Etrange procédé d’aborder les négociations, médiation à la solde de Bujumbura,.. »

Pour un pays qui compte plus de quarante partis politiques, on se demande les critères de sélection de ceux qui seront à Arusha. D’autant plus qu’ils ne sont pas actifs sur terrain. Et, comme par hasard, la « Nyakurisation » renaît. (Frodebu Nyakuri vient d’être à son tour « Nyakurisé »…

Une opinion de l’opposition dénonce que l’organisation de cet événement soit confiée au Secrétariat de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est dirigé par un Burundais, proche du pouvoir.

Toutefois, il y en a qui se demandent à Bujumbura si le Cnared représente réellement l’opposition ou si elle a la force pour contraindre le gouvernement à s’asseoir autour d’une même table de négociation. Notamment après le retrait d’Hussein Radjabu et les déclarations des frondeurs du Cndd-Fdd réunis au sein du PPD Girijambo.

La médiation a donc du pain sur la planche. Elle doit être vigilante pour que les rencontres d’Arusha ne soient pas qualifiées de perte de temps et d’argent « waste of time and money ». Sinon, elle sera taxée d’amateurisme.

Mais tous les observateurs se demandent si Mkapa est bon stratège ou amateur…

  6   Vos commentaires
  1. roger crettol

    Il faut aussi se demander qui contrôle les groupes rebelles qui semblent opérer dans le pays. Le CNARED n’a pas voulu s’associer à ces groupes, du moins officiellement.

    Mais alors qui aura assez d’influence pour faire cesser ces violences-là ? Une fois qu’on a pris les armes, la tentation est grande de ne pas les déposer sans avoir obtenu « satisfaction ». Votre histoire illustre assez bien ce danger.

    Mais voilà, le gouvernement ne veut pas s’assoir à la table si ces opposants armés sont représentés. Faut-il penser que l’intérêt du gouvernement est de maintenir – indirectement – en activité ces groupes rebelles ? Et pour justifier quelle obscure politique ?

    Perplexe.

    • Arsène

      J’aime bien lire vos commentaires, M. Crettol. Je vais réagir à votre propos ci-après:
       » […]le gouvernement ne veut pas s’assoir à la table si ces opposants armés sont représentés. Faut-il penser que l’intérêt du gouvernement est de maintenir – indirectement – en activité ces groupes rebelles ? »
      Pour répondre à cette question, je me replace dans le contexte des années 1990, à l’époque où Nkurunziza posait (ou faisait poser) des mines dans la ville de Bujumbura. Ci-après un extrait du papier de Vandenginste à ce propos:

      « […] la Cour d’Appel l’avait déclaré coupable des faits lui reprochés par le Ministère Public, notamment d’avoir été en 1994, 1995, 1996 et 1997, à Nyambuye, commune Isale, province de Bujumbura, l’un des chefs de groupes armés rebelles se réclamant du CNDD et d’avoir ordonné, en mars 1997, aux membres des groupes armés qu’il dirigeait de commettre un crime en posant des mines antipersonnel et antichars sur la voie publique. » Il avait violé les art. 417 et 419 du Code pénal burundais (cf. Working paper de Vandeginste accessible sur : http://www.arib.info/Vandeginste-annulation-condamnation-nkurunziza.pdf)
      L’ président burundais de l’époque, le Major Buyoya avait toujours refusé de s’asseoir autour de la table avec cette rébellion par ailleurs autrement plus redoutable que toutes celles que le Burundi a connues.
      Le parti et gouvernement au pouvoir affiche la même position que Buyoya dans les années 1990. Je vous renvoi aux déclarations du porte-parole du CNDD-FDD vis-à-vis des frondeurs:
      https://bujanews.wordpress.com/2015/04/09/gelase-ndabirabe-contradictiontrahison-decapitation/
      Dans son discours en langue nationale, M. Ndabirabe (i.e. porte-parole du CNDD-FDD) dit: « C’est de notre part une preuve de clémence vis-à-vis des frondeurs que de ne les avoir qu’exclus du parti. Du temps de la rébellions, nous les aurions décapités ». Ceci explique cela. Le CNDD-FDD n’a pas l’intention de discuter avec les frondeurs. La seule différence avec Buyoya est que les crimes commis par Nkurunziza et son groupe sont avérés alors que ceux dont le pouvoir accuse les frondeurs et tous les opposants qu’il veut mettre sur la touche ne le sont pas (ou du moins pas encore).
      Buyoya, a fini par accepter de négocier malgré lui, Nkurunziza fera pareil. Pas de doute à ce sujet.
      Vous ne connaissez peut-être pas assez les Burundais, Monsieur Crettol. C’est un peuple difficile à appréhender, parole d’un Burundais! Jusqu’à ce qu’un dirigeant Burundais accepte ses torts ou demande des excuses publiques, on en connaît très peu qui aient franchi le pas. Souvenez-vous de la libération de P.C Mbonimpa ou de Bob Rugurika, le pouvoir s’arrange pour rendre une décision provisoire mais en réalité définitive. Le pouvoir accepte d’aller à Arusha non pas pour négocier mais pour dialoguer, etc. Attendons-nous à des négociations-dialogues, à chacun de choisir son vocable mais le pouvoir finira par céder, c’est une certitude.

      • roger crettol

        « présenter des excuses »…

        C’est vrai, peut-être plus au Burundi qu’en Europe. Garder la face même au prix de contortions malaisées … parfois vu et vécu en direct.

        Merci pour les précisions historiques.

  2. Ntahitangiye

    Encore un problème pour le CNARED
    « Depuis deux jours un document signé par Dr Jean MINANI, président du CNARED-GIRITEKA, circule sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une « décision portant nomination de l’Amb. Ferdinand NYABENDA coordinateur du CNARED en Europe ».
    Le concerné, surpris par l’information, porte à la connaissance de l’opinion qu’il décline l’offre de nomination pour des raisons de convenance politique.
    Il rappelle, par ailleurs, que sa modeste contribution citoyenne passera au travers les organes de sa formation politique qu’est l’UPRONA »
    http://www.arib.info/index.php?option=com_content&task=view&id=14921&Itemid=1

    « Mais tous les observateurs se demandent si Mkapa est bon stratège ou amateur »
    Quand le problème est bien identifié la solution peut être trouvée clairement. Dans cette affaire d’Arusha, tout est floue:
    1) Dialogue inclusif . C’est à dire quoi ? Liste pour qu’il soit inclusif ?
    2) Vrais protagonistes , qui sont-ils ? Liste de vrais protagonistes ?
    3) Sujets à traiter ? De quoi va-t-on parler ? 3ème mandat, élections 2015 ? Elections 2020 ?, Partage des postes ?,Sécurité ? Développement ?
    4) Ceux qui vont à Arusha, y vont-ils pour l’intérêt du peuple ? Mais le peuple a son dialogue intérieur.
    Même si Son Excellence Mkapa était le meilleur stratège du monde, il aurait des difficultés à organiser un dialogue dans ces conditions.

  3. Karabadogomba

    C’est le dialogue interne qui se déplace à Arusha. Rien ne sortira de cette grand messe sans les vrais protagonistes.
    Des per diem, une sortie et des échanges entre amis et c’est tout.
    On aura tout vu.

  4. Terimbere Jean claude

    Mon ami Leandre.
    Felicitations pour vos editoriaux, qui aujourd’ hui, me donnent un gout et un interet tout a fait particuliers.
    Tu es vraiment fort dans tes idees et dans tes reflexions.
    Terimbere terimbere
    Merci

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