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Melchior Mbonimpa : un immense talent peu connu au Burundi

27-07-2013

Jeudi dernier, 20 juin 2013, le groupe littéraire Samandari accueillait Melchior Mbonimpa. Il s’agit d’un auteur canadien d’origine burundaise fort prolixe tant du point de vue de l’écriture romanesque que de la production d’essais philosophiques ou politiques.

L’auteur burundo-candadien Melchior Mbonimpa né en 1955 au Burundi

L’auteur burundo-candadien Melchior Mbonimpa né en 1955 au Burundi

En guise d’essais, Melchior Mbonimpa en a déjà publié six. ((Tous les romans de l’auteur sont jusqu’ici publié aux éditions Prise de Parole et ont été primés.)) Tous tant qu’ils sont analysent des problèmes de son Afrique natale confrontée au contexte du moment dominé par des civilisations plus puissantes. Depuis bientôt un quart de siècle, il s’intéresse à la signification profonde des indépendances africaines, ((Idéologie de l’Indépendance africaine, Paris, L’Harmattan, 1989 )) il prend position clairement dans le débat sur le conflit ethnique de son pays natal le Burundi. ((Hutu, Tutsi et Twa : pour une société sans castes au Burundi, Paris, L’Harmattan, 1993 ))
Plus largement se demande-t-il, le ghetto de l’ethnisme n’est-il pas une prison de laquelle on s’évade difficilement pour jouir de la véritable liberté que seule offre une véritable culture démocratique ? ((Ethnicité et Démocratie en Afrique, Paris, L’Harmattan, 1994 )) Ancien aspirant jésuite et théologien de haut niveau il n’hésite pas à se poser et à poser les questions qui fâchent ou qui inquiètent tout chrétien honnête voulant vivre sa foi sans pour autant évacuer du revers d’un Pater Noster les réalités du monde. ((Guérison et Religion en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2012)) Comme africain, pétri de sa culture ancestrale riche et complexe, il analyse les méandres des difficultés d’intégration au sein d’une société canadienne ethnocentriste et si éloignée de ses origines. Vivant au Canada, il ne peut ignorer l’impérialisme que la culture nord-américaine exerce sur le continent africain. ((La Pax Americana en Afrique des Grands Lacs, Paris, Vents d’Ouest, 2000 ))

Sur le plan littéraire, Melchior Mbonimpa reste fidèle à sa ligne de réflexion ; tous ses cinq romans font graviter leur trame autour de la complexité de la rencontre des cultures.
Son premier roman, Le Totem de Baranda, décrit l’itinéraire à la fois mystique et politique d’un homme qui quitte une société africaine oppressive vers de nouveaux rivages. La liberté ne sera entière, malgré tout, qu’une fois la tradition ancestrale retrouvée et située dans un processus de libération et d’appropriation des droits citoyens. Le Dernier Roi Faiseur de Pluie, relate l’histoire de ce roi qui « réglait la circulation des nuages ».

Un peu comme le Roi Christophe, il est confronté à l’irruption violente des « Faces Roses » qui perturbent la quiétude multiséculaire de son royaume et plus rien ne sera comme avant… Les Morts ne sont pas morts met en scène un héros Africain, Terama, qui croit en avoir fini avec l’Afrique depuis qu’il vit au Canada. Mais la voix de son père vient hanter ses nuits et ses jours au point de bouleverser le semblant de quiétude dans lequel il baignait jusque là. La Terre sans Mal raconte l’itinéraire fougueux de Teta, femme aimée à souhait, comblée d’une magnifique progéniture et dont le mari est haut placé en Afrique. Mais la vie de Teta est soudainement chamboulée : son mari est assassiné, ses enfants tournent mal au Canada. Notre héroïne est au bord de la folie. Seuls, l’écoute d’un prêtre et surtout un nouvel amour fait de tendresse et de courage l’a ressusciteront. Son dernier roman, La Tribu de Sangwa ne se départi pas de cette quête permanente de l’auteur à trouver le salut dans le dialogue libérateur et salutaire des civilisations.

En découvrant Melchior Mbonimpa, je me demande pourquoi nous étudions si assidûment Voltaire, Sartre, Oyono et d’autres Labou Tansi et oublions de magnifier nos propres auteurs, nos propres penseurs ? Le Burundi recèle des trésors ici et là qui pourraient devenir la fierté de notre patrimoine national. Il suffirait que nous nous acceptions mutuellement sans nécessairement épouser aveuglément toutes les idées. L’important est d’abord de reconnaître la valeur d’une personne, ensuite vient le temps du débat voire de la polémique. En tout bien tout honneur.

Merci à Melchior Mbonimpa. Puisse tes compatriotes Burundais reconnaître ton talent autant que les Canadiens qui ont primé tous tes romans et reconnu l’immensité de ton talentv. ((Cfr l’article de Paul-François Sylvestre, L’Immense Talent de Conteur de Melchior Mbonimpa,  visité le 27 juin 2013.))

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