Culture

Mardochée : Charles de Foucauld et son guide

15/05/2013 La Rédaction 0

Cette note de lecture du dernier roman de Kebir Mustapha Ammi (Gallimard 2011), est signée Prime Nyamoya.

La rencontre avec l’auteur au cours de son récent séjour au Burundi comme invité de l’Institut français au Burundi – IFB, m’a donné l’occasion de lire ce livre au style classique, sobre et plein d’action. Pour le lecteur, il faut d’abord situer qui est Charles de Foucauld. Officier français sorti de Saint-Cyr, il est issu d’une illustre famille de noblesse de vieille souche, ses aïeux ayant participé aux Croisades. Les premières années du jeune homme sont tumultueuses et pleines d’aventures, avec notamment quelques faits d’armes en Algérie française. En juin 1883, Charles de Foucauld, futur saint de l’Eglise, reçoit une mission exploratoire à la conquête française du Maroc, déguisé en rabbin et accompagné par Mardochée, son guide local durant son périple. C’est la période où les Juifs d’Algérie, par le décret Crémieux, se voient automatiquement accorder la nationalité française, refusée pourtant aux Algériens de religion musulmane. Il y a dans cette décision les germes du futur drame algérien du XXème siècle.

Il émane du livre de Kebir Ammi une touche biographique qui analyse avec un rare bonheur les sentiments d’amitié et donne une leçon magistrale de culture humaniste. Les rapports de force entre le maître et le juif Mardochée rappellent Robinson Crusoé et le nègre Vendredi sur l’île déserte. « Elle (son humeur) prend prétexte d’un rien pour me rappeler que je suis un valet et que mon rôle se limite à exécuter ce qu’indique le maître. Le vicomte a retrouvé sa superbe. J’ai battu de nombreuses fois en retraite », se lamente-t-il, avec en outre l’impertinence du domestique et ironie face à la morgue du maître. Grand raconteur comme Amin Maalouf dans Le Jardin de Lumière ou son compatriote Tahar Ben Jelloun dans La Nuit Sacrée, ces auteurs venus d’horizons divers enrichissent constamment la langue française d’apports nouveaux.

A la manière de candide de Voltaire, Mardochée véhicule forcément des idées dérangeantes qui remettent en cause les conventions sociales et ne se prive pas de mettre à mal les préjugés de son temps. La force de l’art, c’est précisément que la peinture de la nature humaine à travers le temps et l’espace reste étonnamment d’une portée permanente et universelle. La trame du roman est extrêmement bien construite et permet mieux que les manuels d’histoire de suivre l’itinéraire exceptionnel de Charles de Foucauld que la Sainte Eglise Catholique romaine a décidé de béatifier récemment. Mais la fin de Mardochée, rongée par le remords d’avoir trahi les siens, est poignante : « Je voulais que la langue du Coran, céleste et lumineuse, soit celle qui ôte mon masque et livre mon vrai visage aux miens. Avec ce livre, je veux demander pardon aux miens. Pardon d’avoir ouvert leur pays à des souffrances à venir. » La seule observation de ce livre admirable que je recommande à la lecture, spécialement des jeunes burundais, est que son style, parfois trop travaillé, contient quelques expressions d’une élégante préciosité auquel le public en général n’est pas habitué.

IFB

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