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Mali : le retour

05-05-2013

{{Tous, avons pris connaissance de l’intervention française au Mali le 10 janvier 2013. L’opération baptisée « Serval » marque à n’en point douter un retour à l’asservissement du continent africain.}}

<doc7086|left>Durant les premières décennies post indépendance (c’est-à-dire {grosso modo} 1960 –1980) les interventions militaires occidentales avaient pour but, le plus souvent, soit de renverser le chef de l’état en place en disgrâce aux yeux des puissances étrangères, soit de remettre en selle une marionnette que l’armée locale avait renversé. Le plus souvent d’ailleurs, il suffisait d’un commando ou deux – parfois local ou des mercenaires étrangers – pour ficeler les choses. On se souvient de l’assassinat de Lumumba, de celui de Sylvanus Olympio ou du renversement de N’Krumah. Léon Mba au Gabon sera, quant à lui, remis au pouvoir … manu militari !

Avec le temps, les états africains se dotant d’armements plus sophistiqués et d’un commandement mieux formé, les interventions changeront de motivation avouée : il s’agit de sauver les ressortissants en danger et protéger les intérêts locaux. En 1978, au plus fort de la guerre froide, le régime de Mobutu est sauvé par des paras Français qui sautent sur Kolwezi. Le Katanga restera aux mains des intérêts occidentaux et les Cubains et les Allemands de l’Est iront réviser leurs stratégies militaires.

Aujourd’hui, le continent africain n’a plus de dirigeants à la stature d’un Sékou Touré ou même d’un Houphouët- Boigny. Malgré les différences idéologiques et d’éducation, ces leaders étaient des nationalistes convaincus qui se posaient toujours en interlocuteurs respectés par l’étranger. Honnis ou adulés, ils étaient écoutés avec considération sur la scène nationale et internationale. Aujourd’hui à une ou deux exceptions près, l’Afrique est dirigée par des leaders âpres au gain et prêts à vendre père et mère pour des avantages personnels. Les intérêts des populations qu’ils dirigent sont le cadet de leurs soucis. C’est ainsi que partout en Afrique, en ville comme dans la campagne règne une atmosphère de désenchantement quand ce n’est pas de désespoir. Les leaders et les pouvoirs en place inspirent toujours la crainte, souvent le mépris.

Les puissances étrangères l’ont compris. Moyennant certains avantages offerts aux roitelets locaux, ils recrutent désormais en Afrique les soldats qui combattent le terrorisme dans le monde. Étonnamment, la France, de son côté, a choisi au Mali une intervention directe sous le couvert de motivations lénifiantes : combat contre les ennemis de la paix et de démocratie. Cette réaction foudroyante française a laissé pantois tout le leadership africain englué dans son incompétence, ses rivalités byzantines et surtout son incurie sans commune mesure nulle part ailleurs dans le monde{{*}}. L’Africain de la rue ne sachant plus à quel saint se vouer ne pouvait qu’applaudir et reporter tous ses espoirs dans la force, la discipline et la détermination des forces armées françaises.

Après de longues années de lutte contre l’esclavage, puis la colonisation et la néo-colonisation, il est à craindre que de nouveau l’Afrique replonge en des années sombres d’occupation, d’oppression et d’humiliation. Tant que nous seront dirigés par un leadership politique, militaire et financier glouton et cynique le continent risque de revivre les belles années coloniales sous un nouveau visage.
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* {Quoique qu’on dise, la MISMA ne sera jamais qu’un projet soit mort-né, soit tellement ligaturé par les puissances occidentales qu’il n’apportera rien qui ressemble à une force africaine souveraine.}

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