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Ma réponse à Freddy Sabimbona, ou quand la critique descend dans le marécage !

Quand un doigt montre la lune, dit la sagesse chinoise, l’imbécile regarde le doigt. J’ai adresse à iwacu-burundi.org une critique au sujet de la critique faite par Roland Rugero concernant la pièce {M. le Président}. Première surprise : mes parents m’ont appris à parler poliment à tout le monde. Candidement, j’imaginais que tous les parents en ont fait autant. Mais hélas, certains d’entre eux n’ont pas bien fait leur boulot !

Je m’attendais honnêtement à ce que les questions fondamentales que je soulève trouvent une réponse dans la réponse que propose l’auteur de la pièce. Je présente des arguments, j’avance des dates, je cite des faits. En réponse à cet effort de clarification, je m’attendais à une réponse structurée, appuyée par des arguments solides. Je n’ai droit qu’à des insultes. Cela n’honore pas la tribu artistique burundaise à laquelle appartient le dramaturge. Mais ma déception ne fut que partielle, j’ose vous le confesser : je m’y attendais. La réponse et son auteur manquent d’élévation, mais c’était prévisible, cela m’étonne à peine !

En lisant ce que l’artiste me propose en guise de réponse, je trouve notamment ceci : l’appellation « Monsieur Fabien » qui se dit normalement pour les domestiques. Les professionnels des médias dont fait aussi partie Sabimbona devraient dire  » Monsieur Cishahayo « . Donc, pour le professionnalisme, on repassera!

Je lis aussi dans le texte que je suis sectaire. J’applaudis : j’ai bénéficié d’une promotion sémantique. Hier M. Sabimbona aurait dit ‘ tribalo-terroriste génocidaire. » On n’arrête pas le progrès : saluons sincèrement cette heureuse évolution.

M. Sabimbona dit aussi que je suis à des millions de km. Beau lapsus, mais très significatif : peut-être l’auteur de {M. le Président} veut-il, souhaite-t-il, inconsciemment, que je sois loin, très loin de ce qu’il appelle « son pays » et que j’ai le culot de prendre aussi pour le mien. Mais du même souffle, quelques phrases plus loin, il m’invite à venir voir la prochaine représentation de la pièce. Comment diable ferais-je pour venir ? Avec une navette spatiale peut-être. Non, je suis à quelques dizaines de milliers de km, et comme le monde est devenu un village global, je vous assure que c’est la porte à côté. Mais je resterai où je suis pour permettre à des gens qui écrivent  »vous basé votre réflexion » ou « ce pays que vous dites tant aimez » de trouver des emplois et de nourrir leur famille. Peut-être que la concurrence serait déloyale et le combat inégal si je débarquais au pays natal…

Enfin je n’ai jamais compris comment vivre à l’étranger en ce début de 21ème siècle pouvait être un signe de lâcheté. Vous écrivez, cher Sabimbona : « C’est facile et en même temps lâche de tenir des propos du fin fond de votre Canada sur la façon dont se déroulent les choses et comment elles doivent être appliquées. En attendant, moi j’y suis ! Chez moi ! Dans mon pays ! Et si jamais l’envie vous reprend de donner des leçons de morale à deux sous, soyez donc un homme et non pas une brebis galeuse, revenez donc chez vous construire (ou détruire qui sait) ce pays que vous dites tant aimez au lieu de vous perdre dans des palabres sans intérêt. »

En voilà des arguments! Les lecteurs ont sûrement applaudi à tout rompre en lisant cette portion de la réponse. Un raisonnement emprunté au Moyen-âge.

Moi j’estime humblement que j’ai le droit d’aimer mon pays et même – mon coeur est assez large pour cela – d’en aimer deux. Malgré les possessifs qu’aligne mon compatriote pour dire que le Burundi est sa propriété privée, ce pays, malgré ses modestes dimensions, c’est aussi mon pays. C’est chez moi. Et nul ne peut me donner des leçons sur la manière d’aimer  » mon pays  » et sur la meilleure façon de servir  » mon pays « . Vivre à l’étranger, dans la terre-patrie, ne fait pas de moi une brebis galeuse, un lâche, un couard que l’on somme de rentrer au pays « s’il est un homme » (on dirait une provocation pour un duel! J’imagine que Sabimbona a failli dire ‘’s’il a des c…).

Je ne me sens pas comme un traitre à la mère-patrie parce que j’adore les Montagnes Rocheuses et les Chutes du Niagara. Je suis dans l’espace monde comme un poisson dans l’eau. J’aimerais plutôt que tout le monde au Burundi ait la chance d’avoir cette ouverture sur le monde. Mais pour ceux qui ont le cœur étroit, pour ceux qui sont recroquevillés sur ce petit pays que Dieu nous a donné en partage, et qui le contestent aux autres, cet espace monde donne le vertige….

Ce que le Burundi est devenu leur donne aussi le vertige, bien qu’ils y vivent eux-mêmes plus à l’aise que jamais : vous vous imaginez un pays où les orphelins de 1972 peuvent, presque 40 ans après les faits, célébrer des messes de requiem et/ou procéder à la levée de deuil de leur père assassiné dans des conditions jusqu’ici nébuleuses? Où des dramaturges peuvent célébrer les hauts faits des dirigeants du passé récent dont ils veulent cirer les bottes (Sait-on jamais ? Ils pourraient revenir!) sans en être empêchés par les dirigeants actuels, dont certains sont les victimes du même dictateur présenté comme un « despote décafféiné », un cadeau du ciel au pays par la pièce de théâtre ? Imagine-t-on une seconde une pièce célébrant la splendeur de l’époque de Bagaza du temps où Buyoya était aux commandes ? Ou simplement présenter une pièce sur 1972 sous le règne de Micombero, de Bagaza ou de Buyoya, et cela quel que soit l’angle adopté par l’auteur de la pièce ?

Pour terminer- puisqu’il faut terminer – si j’étais un minable, il y  aurait entre moi et Sabimbona une guerre (de mots, heureusement!), mais une guerre inter-minable(s). Comme je n’en suis pas un et qu’il faut deux minables pour faire une guerre interminable, cette guerre n’aura pas lieu… Je m’excuse d’avoir presque suivi le brillant auteur de {M. le Président} dans le marécage où l’indigence de sa critique m’a entraîné, moi qui voulais que l’on élève le débat. Je me retire donc dans mes terres et je ne réagirai plus à aucune intervention, pour éviter de patauger dans ce marécage où je n’aime pas descendre et qui va si bien à certains de mes concitoyens.

Ah ! J’oubliais, moi qui pourtant ne suis pas un ingrat : merci pour les citations, cher Monsieur. Il est vrai que la moisson est plus abondante sur Internet, mais, bon ce n’est pas bien grave ! Quelqu’un disait que la culture, c’est comme la confiture. Moins on en a, plus on en étale… Décidément, j’adore les citations ! Je suis incorrigible, pire, – dites-le à tout le monde ! – incontrôlable !

Fabien Cishahayo.

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