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Jeunes et femmes debout

L’incontournable Muramvya

09-05-2016

Connue en grande partie grâce à la zone Bugarama, cette commune, située à la croisée des chemins des plus grandes villes du pays, se distingue pourtant de ces métropoles. Folklore, nature et modernité font de Muramvya une ville atypique.

Les vendeurs de Bugarama, une race de marchands à part.

Les vendeurs de Bugarama, une race de marchands à part.

À une quarantaine de kilomètres de Bujumbura, une grande arche construite sur la RN1 accueille les voyageurs dans la province Muramvya. C’est aussi le début du territoire de la commune éponyme, premier escale majeur pour les passagers se dirigeant vers le centre et le nord du Burundi.

Avant d’avoir une ramification au niveau de la zone Bugarama, la RN1 est une succession de tournants, de passages près de ravins inquiétants, d’incursions au milieu de flancs de montagnes couverts d’eucalyptus.

À côté de l’arche, l’indice infaillible pour reconnaître Muramvya, que même un aveugle aurait du mal à confondre, est le froid insidieux de la région. Le brouillard, se baladant paresseusement sur les montagnes, s’infiltre dans les voitures, s’invite dans les chandails des Bujumburiens habitués à la canicule de la capitale. Pourtant, malgré ce froid proverbial, la commune reste une destination prisée, incontournable, tandis que l’animation et la vie de Bugarama ferait pâlir de jalousie n’importe quel autre centre du pays.

Bugarama, ville-carrefour

Les femmes-handicapées, grandes couturières à Muramvya, forcent le respect.

Les femmes-handicapées, grandes couturières
à Muramvya, forcent le respect.

Noyée dans un brouillard à couper à la hache, Bugarama présente parfois l’aspect d’une ville fantôme. Et rien ne viendrait contredire cela pour certains voyageurs, car hantée, cette localité l’est. Hantée par ces vendeurs alertes, qui font quotidiennement la grue autour du carrefour créé par le croisement de la RN1 et de la RN2. Ces jeunes assaillent chaque véhicule faisant mine de ralentir, proposant des produits vivriers frais, des brochettes, des fruits… La plupart de ces vendeurs sont des jeunes, certains ayant délaissé la houe, d’autres d’anciens chômeurs ayant abandonné les études en cours de route.

« Si parfois je ne vends presque rien, d’autres fois, je parviens à amasser une petite fortune qui me permet de tenir », confie Désiré Nshimirimana, un ex-cultivateur. Parmi les grands problèmes auxquels ils sont confrontés, la malhonnêteté vient en premier lieu. « Certains des conducteurs de voitures prennent des produits et partent sans payer », regrette Désiré.

Sinon, les accidents routiers constituent un autre défi, celui-là fatal parfois. À chaque passage de voiture, ces vendeurs risquent la mort. Ce qui les a poussés à former une association d’entraide, ‘‘l’Association des Vendeurs de Bugarama’’, qui régule dans les moindres détails le travail des vendeurs. « Pour être admis dans ce métier, il faut demander l’accréditation dans les comités de base, ces derniers font un rapport sur la personne et se portent garants de lui », confie Sévérin Ndikumana, le président de l’association.

Né du mariage entre la RN1 et la RN2, le centre Bugarama est une grande ruche foisonnant de bistrots avec barbecue, le petit faible burundais. La plupart des voyageurs ne résistent pas au fumet appétissant des brochettes et font escale à chaque fois à un des cabarets du centre, au grand malheur des chèvres.

Les forces d’une commune

Le tambour, un élément fédérateur pour les jeunes de Masango.

Le tambour, un élément fédérateur
pour les jeunes de Masango.

Si Bugarama est un petit centre urbain, le centre de la commune Muramvya est une ville à part entière. On le rejoint par une route (RN2) noyée dans une nature luxuriante, après une succession de vallées, comme celle de la rivière Mubarazi, tapissées de cultures. Sur ce centre d’apparence anodine, la beauté ne saute pas directement aux yeux. Normal, il s’agit d’une beauté d’âme, une force de caractère.

Regroupées dans l’association « Rema », des femmes essaient de changer le regard de la société sur les handicapés physiques. Césarie Nindabira est la présidente de cette association, dont la majorité est constituée de couturières. « J’avais fini par gagner ma place et ma vie ici, mais voir toutes ces jeunes handicapés, bourrés de talents rester assis chez eux me révoltaient», confie-t-elle. Elle-même handicapée, elle a voulu redonner de l’espoir en créant ‘‘Rema’’, qui regroupe actuellement une soixante d’adhérents, dont 30 tailleurs. « Ma vie a complètement changé. Maintenant c’est moi qui paye les frais de scolarité de tous mes frères », confie la jeune couturière Georgette Nininahazwe, rayonnante.

Muramvya est aussi une ville chargée d’histoire, un symbole de la royauté burundaise. Les cérémonies de l’ « Umuganuro », antique fête nationale des semailles se déroulaient dans cette région. Les vestiges du palais royal, tout comme les arbres-mémoires, attestent de la flamboyance passée de la cité. Mais cette ère n’a pas été enterrée, certaines personnes essayant de perpétuer la coutume. Le club culturel de tambours « Karyenda Culture » de Masango en fait partie. Fleury Irakoze est un des jeunes encadrés par le club : « Je joue du tambour depuis mes quatre ans, et je ne me vois pas un jour arrêter, malgré la pauvreté dans laquelle on pratique cet art», affirme-t-il.

Pour ces jeunes, la culture reste le ciment d’une société, et le tambour un élément fédérateur. Comme quoi, sans racines, et sans références, on volète au grè de tout vent.


Muramvya en quelques lignes

Elle est l’une des cinq communes de la province éponyme. Elle abrite aussi le chef-lieu de la province. Sa superficie est de 193 km². Sur le plan administratif, elle est composée de quatre zones, à savoir Bugarama, Shombo, Muramvya et Ryarusera. Sa population est estimée à environ 100 000 habitants. Son économie est essentiellement basée sur l’agriculture, l’élevage et le petit commerce.

Elle connaît trois régions naturelles, le Mugamba, le Kirimiro, et les Mirwa.

Atouts et défis majeurs

Atouts

Être à la croisée de grandes villes, avoir trois régions naturelles et leurs climats respectifs, la proximité avec la Kibira, des sites historiques,…

Défis

Le chômage des jeunes, les aléas climatiques, etc…


Césarie Nindabira, handicapée et pilier de la société

Handicapée très jeune, cette femme dans la quarantaine n’a pas baissé les bras. Excellente couturière, elle possède actuellement un grand magasin d’habits, et encadre d’autres jeunes handicapés dans son association « Rema ».

Pour Christine, persévérer est la clé de la réussite.

Pour Christine, persévérer est la clé de la réussite.

Au centre de Muramvya, le magasin de Césarie donne sur la RN2, non loin des locaux de la Croix Rouge. Une petite pancarte signale aussi que le magasin fait office aussi de bureau pour une association : « Rema, Abamugaye b’i Muramvya. »

La barza du magasin est occupé par plusieurs couturières, toutes concentrées sur leurs machines. Pour voir la présidente, il faut entrer à l’intérieur du magasin. La salle déborde d’habits flambants neufs, les uns suspendus, d’autres posés sur une table. La patronne se trouve au milieu, levant la tête à chaque intrusion. Le sourire de Césarie est un baume au cœur. Même celui qui ne veut pas acheter risque de le faire, subjugué par la chaleur de l’accueil.

Pourtant, cette bonne humeur vient de loin, car très tôt, Césarie perd l’usage de l’une de ses jambes. À neuf ans, des humanitaires de passage lui apprennent à marcher, et lui confectionnent une prothèse. Après une difficile école primaire dans sa région natale, Kiganda, elle intègre le tout nouveau Centre pour handicapés de Kiganda, où elle va apprendre un métier : la couture.

Un parcours de combattant

Major de sa promotion, elle rentre chez elle à 17 ans, avec dans ses valises un certificat et une machine à coudre. Après avoir passé quatre ans à coudre les petits habits du voisinage, elle se rend compte que son savoir-faire et en train d’être gaspillé. Avec un petit capital, elle décide d’aller à l’aventure dans la grande ville de Muramvya, pour y gagner sa vie.

« Les débuts ont été difficiles, j’ai quémandé une petite place où mettre ma machine, malheureusement les clients ne venaient pas », se remémore-t-elle. Pourtant elle persévère. Petit à petit, les habitants de Muramvya commencent à la solliciter. « Si Dieu ne lui a pas donné des jambes, Il lui a donné des doigts de fée », confie un habitué, émerveillé. Pendant sept ans, elle travaille dur, épargnant. Entretemps, elle se trouve un mari, un client envoûté par la dextérité de ses doigts.

Après sept ans, en 2007, elle finit par se payer son propre atelier, où elle invite les lauréats des promotions ultérieures du Centre pour handicapés de Kiganda. « J’avais déjà vu combien c’est dur de se faire une vie dans notre état, combien de temps cela prend. Je ne souhaiterais cela à personne », s’explique-t-elle.

Une année après, en 2008, elle crée « Rema » et en devient la présidente, avec 60 adhérents. Dans la société de Muramvya, Césarie est un modèle de force, une lumière, un espoir pour les handicapés de la région.


Muramvya s’exprime…

Le manque de soutien pour les associations, le chômage, la déliquescence des mœurs des jeunes,…autant de problèmes à Muramvya qui méritent des solutions.

Thaddée Niyongabo, « discrimination positive pour les jeunes et les femmes.»

Thadée NiyongaboCe conseiller technique juge que les jeunes et les femmes sont une catégorie vulnérable et doivent être soutenus par tous les moyens. « Nous exhortons l’État ou les ONG à privilégier les candidatures des femmes ou des jeunes dans les emplois, ou dans les financements », exhorte-t-il.


Béatrice Itangishaka, « les associations d’illettrés ne sont pas soutenues !»

Béatrice ItangishakaPrésidente d’une association de veuves, cette marchande déplore le manque de soutien visant les associations d’illettrés. «
Je pense qu’ils ont peur que nous ne sachions pas gérer les financements », lâche-t-elle, mi-figue mi-raisin

Elle lance un appel aux autres associations de compter sur leurs propres moyens, par exemple en pratiquant le système de la tontine.

Narcisse Niyoyandemye, « les jeunes doivent changer de mentalité.»

Narcisse NiyoyandemyeCe jeune tambourinaire déplore l’état végétatif dans lequel se complaît une partie de la jeunesse. « S’ils ne prennent pas leur destin en main, ils n’auront rien à vanter de leur vie», prédit-il.

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