Politique

L’heure tourne

23/04/2018 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur L’heure tourne
L’heure tourne
La population est appelée au référendum constitutionnel ce 17 mai prochain.

A moins d’un mois du référendum constitutionnel, les voix s’élèvent encore pour appeler Bujumbura à stopper ce processus. Une demande infructueuse jusqu’ici.

Plus que quelques semaines avant le référendum constitutionnel. La commission électorale s’active pour respecter l’échéance prévue le 17 mai prochain. Un processus qui est toujours loin de faire l’unanimité. Cette semaine seulement, il a été question de la sortie d’un mémorandum des leaders de l’opposition interne, ainsi que d’une publication conjointe de la Commission de l’Union africaine et l’ONU. Tous affichent une préoccupation quant au processus en cours.

Le mémorandum s’adresse aux patrons de l’Union africaine, de l’EAC, de la Commission de l’Union africaine ainsi qu’au Secrétaire général des Nations unies. Pour cette opposition, le projet de révision enterre définitivement l’Accord d’Arusha. Adieu également « les minorités politiques et ethniques » au sein des institutions étatiques. Pour eux, le salut du peuple burundais repose sur leur engagement solidaire et déterminé.

Ce lundi 16 avril, la Commission de l’Union africaine et les Nations unies ont sorti un communiqué conjoint qui dénonçait l’intransigeance du gouvernement burundais. Ces organisations indiquaient clairement que la nouvelle Constitution allait enterrer définitivement l’Accord d’Arusha. Elles s’inquiétaient également de la suspension de la participation du gouvernement au dialogue assuré par la Facilitation. Un communiqué qui a par la suite été retiré dans l’après-midi. Manque de coordination de ces institutions, protestation de la médiation qui dans les coulisses négocie avec Bujumbura ? Au moment où on met sous presse, difficile à dire.

Mais le gouvernement lui, n’a pas négligé cette publication. Bujumbura a sorti le lendemain un communiqué de protestation. Il a assuré sa participation au dialogue inter-burundais dirigé par le facilitateur Benjamin Mkapa à une condition : « le dialogue ne doit pas perturber le calendrier des activités d’envergure nationale déjà programmées. » Il indique par ailleurs que l’Accord d’Arusha, reste la fondation qui a servi à la construction du projet de la Constitution révisée proposé au référendum très prochainement.

Tout ceci n’augure rien de bon pour la session de dialogue prévue ce 25 avril en Ouganda. La facilitation ne pourrait organiser des pourparlers sans la présence du gouvernement et du parti au pouvoir.

Analyse/ Tic tac. Tic tac

Tic tac. Tic tac. L’horloge tourne. Nous sommes à quelques semaines du référendum constitutionnel. Tout porte à croire que rien ne va arrêter la machine bien huilée. Personne. Bujumbura semble minimiser les efforts de l’opposition interne et externe pour arrêter le processus en cours. La communauté internationale qui semblait s’être réveillée ce lundi est revenue sur ses pas. La Commission africaine et les Nations unies avaient pourtant affirmé dans leur communiqué de ce lundi, leur détermination à assumer pleinement leurs responsabilités en tant que « garants » de l'Accord d'Arusha. Pourquoi dans ce cas avoir fait marche-arrière et retiré le communiqué ? En tout cas, cela semble jouer en faveur de Bujumbura, qui poursuit son projet sans obstacle majeur. Ce processus de révision de la Constitution est crucial pour l’avenir du pays. Pour rappel, parmi les modifications majeures, cette possibilité pour le président actuel de rester au pouvoir 14 ans de plus. Une pilule difficile à avaler pour l’opposition et la société civile qui ont fait bloc contre son mandat de 2015, qu’elles ont qualifié d’anticonstitutionnel. Quant à la session de dialogue prévue le 25 avril en Ouganda, difficile de croire qu’elle aura lieu. Bujumbura ainsi que le Forum des partis politiques ont déjà accordé leurs violons. Pas question de participer à des quelconques pourparlers avant le référendum. Au-delà de cette session que des observateurs qualifient de dernière chance, c’est l’avenir même du dialogue inter-burundais assuré par la facilitation de Mkapa qui est menacé. L’opposition en exil a déjà indiqué sa position. Elle ne participera plus au dialogue si le référendum a lieu. Par ailleurs, avec la révision de la Constitution, la marge de manœuvre de la médiation se retrouvera encore plus réduite. Sans se faire d’illusions, il est fort compliqué qu’un dialogue qui peine à décoller aboutisse dans ces conditions…

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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Réactions

Gaston Sindimwo : « La population burundaise est le premier garant de l’Accord d’Arusha »

Le vice-président de la République demande qu’en matière de modification de la Constitution, la communauté internationale respecte le principe de souveraineté. Par ailleurs, Gaston Sindimwo estime que les dispositions sur les quotas ethniques si chères à l’Accord d’Arusha ont été gardées dans cette nouvelle Constitution. « Et la population burundaise est le premier garant de la Constitution et de l’Accord d’Arusha.» Quant aux leaders de l’opposition qui ont écrit ce mémorandum, Gaston Sindimwo assure qu’ils sont en train de se ridiculiser aux yeux du monde. « Qu’ils battent campagne pour le non et si le non l’emporte, le gouvernement va prendre acte de ce fait ».

Jean Minani : « La communauté internationale doit tout faire pour arrêter le processus»

Le président de la coalition de l’opposition en exil, le Cnared estime que cette plateforme a pleinement joué son rôle en mettant à nue tous les crimes contre l’humanité et autres crimes commis par le pouvoir en place. Il regrette que la communauté internationale n’arrive pas à stopper le referendum de tous les dangers que le gouvernement vient de convoquer pour ce 17 mai 2018. Il appelle la communauté internationale de tout faire pour arrêter le processus qui va replonger le pays dans le chaos. « Elle ne doit pas attendre que le pire arrive.»

Vital Nshimirimana : « La communauté internationale doit sortir de son silence »

Cet activiste estime qu’avec le projet de révision de la Constitution, toutes les causes qui ont plongé le pays dans la guerre civile qu’a traversée le pays seront ravivées. Il appartient à la population burundaise de se lever pour empêcher le pays de sombrer. Pour Vital Nshimirimana, la communauté internationale doit également montrer sa solidarité et sa responsabilité. Elle doit sortir de son silence pour arrêter ce projet et empêcher que le peuple burundais retombe dans un conflit sanglant.

Pierre Claver Kazihise : « Les politiques ne doivent pas décider pour le peuple »

Le coordinateur de la société civile citoyenne, Socic indique que le dialogue peut attendre. « La priorité doit être donnée à l’activité d’envergure nationale qui est le référendum. » Pierre Claver Kazihise indique que les politiciens ne doivent pas primer sur la population. « Il est exclu qu’ils décident pour nous. » Quant à ces opposants qui demandent à la communauté internationale de stopper le processus référendaire, il estime qu’ils se sont trompés de destinataire. Il fallait plutôt qu’il s’adresse à la population.

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Editorial de la semaine

De la ténacité à l’hémicycle

Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur De la ténacité à l’hémicycle

Mardi 11 septembre, les parlementaires se réunissent à l’hémicycle de Kigobe. Ils débattent le deuxième rapport de la Commission d’enquête des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme au Burundi du 5 septembre. Ce dernier a accusé Bujumbura (…)

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