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Société

Les irréductibles « jeunes » de la contestation

Sortes de petit « Gavroche » ou de « Jeanne d’Arc » des cités, quelques figures emblématiques symbolisent à elles seules la contestation. Focus.

Kadogo, face à la police

Kadogo, face à la police

Bonnet sur la tête, sifflet en bandoulière, visage décidé, Kadogo se réveille chaque fois depuis un mois avec une seule idée en tête : rejoindre ses aînés pour protester contre « celui qui laisse des enfants croupir dans la rue, y mourir, ne se préoccupant que de football».

La détermination de cet enfant en situation de rue, qui dit n’avoir plus rien à perdre, a convaincu les plus âgés. Ils l’ont laissé participer, d’abord à contre cœur, jusqu’à ce qu’il leur soit vital petit à petit. Malgré sa petite taille, il a la voix la plus portante : muni d’un haut parleur, c’est lui qui galvanise les foules par des chansons contestataires, tirées d’un répertoire quasi inépuisable.

Plus en avant, en première ligne, se trouve la pionnière des femmes. Toujours en short court et tricot de corps, celle que tout le monde a fini par surnommer «Jeanne d’Arc » semble s’être mariée à la contestation. « Depuis le début, elle n’a jamais manqué un seul rendez-vous », s’exclame un jeune homme, admiratif.

Sur la pancarte qui ne la quitte presque jamais et qu’elle brandit à bout de bras, on peut lire : « Non au 3ème mandat, non au viol de la Constitution, non au viol de tous les Burundais. »

Des raisons diverses pour aller manifester

Dans les manifestations, Frank arbore un grand sac vert en guise de survêtement. « C’est pour symboliser mon soutien aux manifestants arrêtés depuis le début de la contestation, victimes innocentes d’un droit qu’on leur refuse, et pour montrer que même à l’extérieur de Mpimba, on reste prisonnier», explique ce rasta, adepte de la non-violence.

Jeanne d’Arc ne partage pas la même idéologie que Frank. Depuis que son grand frère est tombé, fauché par une balle tirée par un policier alors qu’il n’était pas en train de manifester, elle est devenue une guerrière. Le nom de son grand frère, tatoué sur le bras, est là pour une raison appropriée : « Me rappeler que la police est une bande d’assassins, à la solde d’un tyran, et qu’ils ne comprennent que le langage de la violence », grince-t-elle.
Malgré leurs divergences d’idées, ces jeunes s’accordent pour dire qu’ils n’aspirent qu’à une seule chose : le changement. Une amélioration dans leurs conditions de vie. Kadogo veut sortir de la misère de la rue, pouvoir manger à sa faim. Jeanne d’Arc se voit sombrer dans la prostitution, pour survivre et se payer ses études. Sa mère est rwandaise, elle a suivi un père burundais qui est mort, la laissant seule avec une grand-mère impotente. « J’en ai marre de football par ci, par là, d’écoles construites sans personne pour les fréquenter, d’un pays sans aucune politique d’assistance sociale », fulmine-t-elle.

Vivre la peur au ventre

Le 13 mai. « Depuis le matin, on était au centre-ville, avec d’autres jeunes. On tentait une percée, mais la police nous repoussait à chaque fois. Puis, il y a eu l’annonce à la radio du coup d’état » relate Frank, ému.

À l’évocation de ce jour, Jeanne d’Arc grince des dents. « Ils nous ont tué notre révolution », rage-t-elle. Puis l’accablement. Cette forte jeune fille, qui portait à l’épaule ses compagnons sonnés par les coups de feu et les lacrymogènes dans les premiers jours de la contestation, perd toute sa flamboyance en pensant à cette date.

« Depuis ce jour, on est traqué comme des bêtes », raconte Frank, qui avoue ne plus dormir deux fois de suite à un même endroit, tandis que Jeanne d’Arc a déménagé après que des individus habillés en policiers soient venus à deux reprises l’arrêter chez elle. Elle est parvenue à s’échapper en escaladant un mur.

Ces trois jeunes, malgré la peur qui les ronge visiblement, se disent toujours décidés à manifester, à se battre s’il le faut. « Ma peur est maintenant ma force, s’il faut que je tombe, que ce soit à battre le pavé que dans un coin sombre du quartier », affirme Kadogo, l’air gavroche, avant de porter son sifflet à la bouche.
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*Les prénoms ont été changés pour des raisons de sécurité

  10   Vos commentaires
  1. Mutama

    Ces sans-echecs version 2015, ils inspirent pitie, ces objects des anciens sans-echecs, version 1995. My God! Free our children.

  2. NN

    Dans toutes les luttes, dans toutes les communautes, il y en a qui se donnent cops et ame plus que les autres et jouent un role important dans leur engagement. Ces gens comme Kadogo prennent le devant pour encourager ceux qui ont peur ou hesitent et leur donnent le moral et la force . On les appellent des vrai intatinya urukamvye et font une difference pour le bien etre des autres. Bien que tous les manifestants ont demontre leur bravoure extraordinaire malgre les menaces dont tuzobamesa, ntituzobihanganira, il faudra honorer ceux qui ont fait une difference plus que les autres. Ces braves doivent etre designes par ses amis de lutte. A part cela nous en sommes tres reconnaissants.

  3. Michel

    La crise a emporté beaucoup de vies humaines, surtout des jeunes pleins d’energie et d’avenir. Mais aussi, elle aura montré que le pays regorge de jeunes braves , de vrais héros. Que Nkurunziza se tape les dernières nuits au palais car le courage de cette jeunesse et leur bravoure ne le laisseront pas longtemps dans les draps chauds de Kiriri. Rumariza a tenté s »asservir les Burundi mais il a échoué, ce n’est Nkurunziza qui résussira!!! COURAGE NOS JEUNES.

    • Jean Nduwimana

      Iyo Abarundi bose baba bazi  » Histoire y’Uburundi  » kuva mu myaka ya 1420, ntituba tugeze aho tugeze uyu munsi. Rumaliza yatsinzwe n’ingabo z’ Uburundi zitwawe n’abagabo, bemeye gutanga ubuzima bwabo kugira bakize Uburundi butewe n’abalabu , bashaka kugurisha Abarundi mu makungu nk’uko babigize mu bihugu vyinshi vyo muri Africa. Uyu munsi lero, iyo tuba tuzi iyo tuva, tuba tuzi n’iyo tuja, n’uko twohashika.

  4. MICOMBERO Jean

    Abo bana barahenzwe kuko ababatumye ababo babarungitse i Buraya. Injuste vraiment

    • Change

      Abo bana ntawabahenze, nkuko bavyivugiye bararuhishijwe nintwaro mbi!!! Ce qu’ils veulent? Le changement!!!

  5. Theus Nahaga

    Il se pourrait que nous soyons à la veille d’une catastrophe, mais aussi il se pourrait que ces jeunes parviennent á rendre le Burundi grandiose. Ces jeunes entretiennent une feu sacré et peut-etre vont-ils parvenir á éclairer le Burundi. Nkurunziza quoiqu’il fasse, quoiqu’il pense peut encore perdre et le Burundi peut se lever et reprendre sa dignité. Sa dignité écrasée à Kiganda par le canon allemand, sa dignité bafouée par Micombero en 1972, sa dignité que Nkurunziza et sa clique veulent étouffer aujourd’hui. Le Burundi peut se lever et se mettre débout malgré Nkurunziza, malgré Nshimirimana, Bunyoni ei Niyongabo, malgré Nduwimana et les deux Nyamitwe, malgré les Imbonerakure. Il faut y croire.

  6. RUGAMBA RUTAGANZWA

    En lisant ce magnifique reportage du très professionnel, I Wacu, j’ai la chair de poule et les larmes d’émotion aux yeux… ! Ces enfants sont de véritables héros par leur bravoure et leur détermination… ! Grâce à leurs actes, grâce à eux, toute l’Afrique, le monde entier sait où se trouve le Burundi et quels sont ses principaux problèmes du moment à savoir le 3e mandat contestable de S.E. P. NKURUNZIZA ainsi que ses et conséquences socio-politiques… ! Bravo à la jeunesse burundaise… ! Votre courage et votre bravoure changeront le comportement des dirigeants burundais à venir et la démocratie s’en trouvera renforcée… !Vous me rappelez les jeunes d’Ouagadougou de la derniere semaine d’octobre 2014…! Vous êtes inoubliables et vous faites la fierté de toute une nation!

  7. Mthukuzi

    Bon reportage qui nous plonge dans le quotidien de ces braves qui osent là où tout le monde semble avoir peur.
    Cependant, j’ose croire qu’on n’a pas besoin d’aller en France pour trouver des noms auxquels assimiler ces jeunes. Ils existent dans l’histoire de notre pays, il faut les trouver.

  8. Gondwanais Lamda

    Restez debout Fils et Filles de Mwezi et Ntare. La lumiere est au bout du tunelle. Que Dieu protège notre patrie.

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