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Le Sud Kivu, détonateur d’une guerre au Burundi

Sept personnes de l’ethnie banyamulenge ont été assassinées entre les localités de Fizi et Baraka lors d’une embuscade. Les responsables militaires du sud-Kivu pointent du doigt les éléments des Forces Nationales de Libération(FNL), des Mayi Mayi et des FDLR (rebelles rwandais). Au même moment, les services secrets burundais demandent aux autorités de la sous-région d’extrader Agathon Rwasa et d’autres leaders de la coalition ADC-Ikibiri aujourd’hui en cavale. Selon un expert de la sous-région, ce qui se passe au sud Kivu n’a pas de lien avec la situation au Burundi. Pourtant, d’autres y voient de lourdes conséquences localement. Iwacu a envoyé deux reporters à Fizi et Baraka.

<doc1622|left>Depuis l’embuscade du mardi du 4 octobre, les Banyamulenge vivent dans la peur. Antoine Bizimana, un blessé rescapé de cette attaque, est admis à l’hôpital militaire de Kamenge. L’odeur des produits désinfectants se fait sentir dans sa chambre. La balle l’a atteint au niveau du bras droit. Sur son lit d’hôpital, il se perd souvent dans ses pensées. Son regard traduit un sentiment de peur. Il reçoit des visites de temps en temps. Deux gardes malades s’occupent de lui. Même s’il est d’habitude taciturne et malgré la douleur, il a accepté de retracer pour Iwacu le film des événements.

D’après lui, c’était mardi 4 octobre vers 17 heures 20 minutes : « Nous étions 14 personnes dont dix Banyamulenge à bord d’une jeep. » Antoine Bizimana précise qu’ils se rendaient dans les hauts plateaux de Minembwe où est située « Eben-Ezer » leur ONG locale (Organisation Non Gouvernementale) qui s’occupe généralement de l’éducation.

{{Les agresseurs passent à l’action…}}

Arrivés dans la localité de Kalongwe, dans le village de Lukongo, dans la zone de Fizi en province du sud-Kivu à 108 kilomètres d’Uvira, poursuit-il, plusieurs personnes armées, certaines en tenues militaires, d’autres en tenues civiles arrêtent le véhicule : « Immédiatement, le chauffeur tente de faire demi-tour, mais en vain. Une autre équipe armée de fusils était derrière la jeep et a tiré. » Antoine Bizimana indique que ces assaillants ont laissé partir quatre Congolais qui étaient avec eux et ont seulement tiré sur les Banyamulenge avant de brûler le véhicule: « Sept personnes sont mortes et la plupart ont été tuées au couteau et à la machette. » Pour Antoine Bizimana, les agresseurs parlaient le lingala, kibembe et swahili.

Cependant, les habitants de Fizi témoignent que d’autres s’exprimaient en kirundi. Les mêmes sources indiquent que la Jeep de l’ONG Eben-Ezer appartenant aux Banyamulenge déplaçait les militaires et leur arsenal vers la localité de Minembwe où vivent les Banyamulenge, d’où l’embuscade. Les Banyamulenge, eux, rejettent cette thèse et indiquent être victimes de leur ethnie. Sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), colonel Sylvain Ekenge, chef des opérations militaires dans le sud-Kivu, a attribué cette attaque aux éléments des FNL, des Mayi-Mayi et des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda).

<doc1625|left>{{La peur change de camp }}

Dans les localités de Fizi et Baraka, les habitants vivent dans une peur panique. Même si la situation est à première vue calme, plusieurs camions transportaient des militaires congolais d’Uvira vers Baraka ce dimanche et lundi selon les sources sur place. D’après Clovis Buguma, un habitant de la localité, ils vont repousser la rébellion de Yakutumba, un colonel qui a déserté l’armée congolaise et qui travaille de mèche avec les Mayi Mayi et les FNL. Pour ce pharmacien, cette rébellion pille les ménages des habitants de Baraka et Fizi. Il précise que plusieurs jeunes se font enrôler dans cette rébellion : « Même la mort des sept Banyamulenge est imputée à cette rébellion parce qu’elle opère dans toute la partie de Baraka et Fizi où a eu lieu l’attaque».

Pour Didier Omar travaillant sur les camions qui transportent le charbon et les planches de Baraka vers Uvira, les militaires congolais obligent les chauffeurs de les déplacer vers Baraka pour traquer les combattants de Yakutumba : « Ils nous promettent du carburant mais ils ne nous le donnent pas. » Néanmoins, il reconnaît qu’il n’y pas encore eu de grandes attaques. Il précise que les FNL sont nombreux dans cette rébellion de Yakutumba et qu’il est facile de les identifier parce qu’ils s’expriment en kirundi.

A Makobola, un centre de pêche situé à 32 kilomètres d’Uvira, ceux qui font le transport maritime éprouvent des difficultés : « Les bateaux qui viennent de Kalemi, Fizi, Baraka et Kazimiya sont souvent attaqués par les combattants de Yakutumba», témoigne H.N de Baraka. D’après lui, ces rebelles ont quatre bateaux leur permettant de patrouiller dans le lac Tanganyika. M.Y de Kazimiya précise que les conducteurs de bateaux préfèrent passer du côté burundais pour arriver Makobola afin d’éviter de tomber entre les mains de ces pirates. Néanmoins, ces Congolais ne craignent pas une éventuelle incursion de l’armée burundaise à cause de la présence des FNL sur le sol congolais car d’après eux, ils sont déjà habitués à les voir franchir la frontière.

<doc1624|right>{{Au Burundi, le SNR exige l’extradition de Rwasa}}

D’après le contenu de la lettre confidentielle du patron du Service National de Renseignement(SNR) aux pays de la sous-région, certains membres du groupe qui a mené l’attaque à Gatumba, le 18 septembre dernier, avouent qu’ils exécutent le plan d’Agathon Rwasa. Selon toujours le SNR, l’insécurité actuelle est orchestrée par Rwasa et la coalition « illégale » ADC-Ikibiri.

{{« Le document du SNR est une piste »}}

Nzobonariba Philippe, secrétaire général et porte-parole du gouvernement, s’est gardé de dire si ce document est véridique ou pas car, dit-il, il n’a pas encore été transmis au gouvernement. Pour lui, que le Président Nkurunziza ait reçu une copie de ce document, c’est une chose normale : « Le SNR est un organe de la Présidence de la République. » Toutefois, il précise que le Président n’est pas le juge. Selon le secrétaire général du gouvernement, le SNR ne s’est pas substitué à la commission d’enquête sur l’affaire Gatumba. Il estime que c’est un service technique qui, dans sa mission, s’occupe de la recherche de l’information : « Il n’a fait que son travail. Le document produit est une piste pour poursuivre les enquêtes. »

<doc1623|left>{{« Quelle est la crédibilité d’un document produit par le SNR ? »}}

Léonce Ngendakumana, président en exercice de l’ADC, n’en revient pas. D’après lui, au niveau de la forme et du fond, il y a lieu de s’interroger : « Comment un service qui a derrière lui des dossiers d’assassinats, de tortures, etc., peut-il engager l’Etat Burundais ? Comment se fait-il qu’un service secret attaché à la Présidence de la République se permet-il au nom du gouvernement d’écrire aux pays amis du Burundi et aux organisations comme l’ONU et l’Union Africaine ? » Selon M. Ngendakumana, la seule personnalité qui en a les prérogatives, c’est le ministre des Relations Extérieures. Léonce Ngendakumana s’interroge sur cette interférence des services secrets alors qu’une commission d’enquête a été mise en place par le Procureur Général de la République ?

Le président de l’ADC regrette que ce rapport ait transmis par un service dont la crédibilité est déjà écornée. Le SNR, explique M. Ngendakumana, veut brouiller les pistes : « Il veut faire arrêter les gens de l’opposition en témoigne ma comparution le lendemain du crime de Gatumba. » Il indique qu’il ne comprend pas pourquoi dans cette lettre, le SNR fait une séparation entre la coalition ADC et Agathon Rwasa : « Il est le président d’un parti membre de cette coalition. » Et de réaffirmer que contrairement au contenu de la lettre, l’ADC est une coalition qui travaille légalement conformément à l’article 79 de la Constitution. Il jure que cette coalition et le peuple burundais n’accepteront pas les résultats d’un gouvernement qui veut déjà incriminer des gens injustement : « Nous exigeons une commission d’enquête indépendante. Du même coup, que cette commission enquête sur d’autres cas d’assassinats commis par le pouvoir en place. »

{{Stupéfaction}}

Bonaventure Niyoyankana, président du parti Uprona, s’indigne : «C’est étonnant que le SNR ait produit un rapport sur Gatumba alors que toute interférence avait été interdite. » En outre, souligne-t-il, personne ne l’a mandaté. En temps normal et sous d’autres cieux, déclare le SNR devrait travailler en toute discrétion et rendre compte au Chef de l’Etat dont il dépend directement. Pour Bonaventure Niyoyankana, en demandant à la sous-région d’extrader Agathon Rwasa, Léonard Nyangoma, Alexis Sinduhije et consorts, le SNR les a déjà condamnés.

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