Économie

Le secteur de construction en souffrance

26/07/2018 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Le secteur de construction en souffrance
Le secteur de construction en souffrance
Les maçons et les aides maçons guettent un éventuel client du travail sur le RN7

Les maçons et les aide-maçons ne trouvent plus du travail. Les responsables des entreprises de construction pensent que ce chômage est, entre autres, dû à la suspension des aides par les partenaires du Burundi et à la dépréciation monétaire.

Il est 10h30, nous sommes au bord de la route nationale Bujumbura-Bugarama (RN1), sur la place communément appelée « Main d’œuvre » ou chez Bagore pour d’autres. C’est dans la zone Kamenge située dans la commune Ntahangwa en mairie de Bujumbura.

Sous le soleil de plomb, plus de 20 hommes sont debout sous un manguier. Ce sont des maçons et des aide-maçons à la recherche du travail. Ils observent, le regard vide, le va-et-vient des véhicules qui foncent sur la RN1. Les maçons ont des sacs contenant des marteaux, des niveaux, des mètres etc. Les aide-maçons sont les mains vides. A la vue d’une voiture qui s’arrête tout près d’eux, ils viennent en courant tout en espérant qu’il s’agit d’un client. « Vous cherchez des maçons?» Abattus et désespérés, ils ne se lassent pas.

Un sac à la main, Jérémie Butoyi, originaire de la commune Isale en province Bujumbura, ne sait plus à quel saint se vouer : «Les choses tournent mal. Depuis le mois de janvier, j’ai travaillé au maximum quinze jours.» Ce père de six enfants indique avoir gagné pendant cette période entre 35 et 40 mille BIF alors qu’avant la crise de 2015, il empochait facilement 50 mille BIF en cinq jours. Les larmes aux yeux, M. Butoyi affirme que ce manque du travail affecte négativement sa famille. Il s’indigne qu’il ne peut ni nourrir ses enfants ni payer leurs frais de scolarité. Des fois, révèle le maçon, mes enfants sont renvoyés de l’école parce qu’ils ne se sont pas acquittés des frais de scolarité. Cinq jour sur sept, ce quinquagénaire parcourt plus de 30 kilomètres à pied pour venir chercher du travail « J’ai quitté la maison à 6 h du matin. Je suis arrivé à 9 h » lâche-t-il. Presque tous les jours, il passe toute la journée sous le soleil de plomb sans rien manger. Fatigué et affamé, témoigne M. Butoyi, je rentre les mains bredouilles sans savoir quoi dire à ma femme et mes enfants. Selon lui, cette crise de travail s’est aggravée depuis 2015. « J’ai entendu que plusieurs sociétés de construction ont fermé leur porte ». Par ailleurs, il n’a pas d’espoir que la situation s’améliorera un jour.

Les maçons et les aide-maçons désespérés

En colère, N.B. ne cache pas son désarroi : « Nous sommes fatigués. Nous croupissons dans la misère.» Quant à lui, la situation est catastrophique. Ce ferrailleur, originaire de la commune Kabezi, est déçu. D’habitude, il gagne beaucoup d’argent pendant la saison sèche. « Je suis dans le métier depuis 15 ans. C’est la première fois que je travaille une fois par semaine et encaisse moins de 6 mille BIF ».

A 11h, nous sommes à Kinama, à la jonction de la RN5 et la 7ème avenue du quartier Bururi. Plus d’une trentaine de maçons et d’aide-maçons guettent un éventuel client qui cherche des maçons.

Tout le monde se lamente. Jonathan Ndikumana, père de famille, originaire de la commune Muhanga en province Bubanza, ne mâche pas ses mots. « C’est la troisième semaine que je n’ai pas d’emploi.» Ce père de quatre enfants doit payer le loyer, se nourrir et prendre en charge sa famille vivant à Muhanga. « Je ne sais pas comment faire pour sortir de cette situation. Je suis dépassé ».

Selon un ingénieur sous couvert d’anonymat, le secteur de la construction va mal. Il est confronté, ces dernières années, à une grande difficulté: le gel des investissements publics. D’après cet entrepreneur, les maçons et les aide-maçons trouvent du travail dans les travaux de haute intensité de main d’œuvre.

Selon lui, l’Etat mobilise en principe des investissements de grande envergure, comme le pavage des routes, la construction et la réhabilitation des hôpitaux et des écoles, l’adduction d’eau, etc. «Ils sont financés en grande partie par l’Union Européenne et la Banque mondiale.» Il précise également que les projets financés par l’UE se sont clôturés à la fin de l’année 2017. Ceux de la Banque mondiale viennent au compte-gouttes.

Le gel des investissements publics en est la cause

Place dénommée « Main d’œuvre », les aides maçons attendent les clients

«Tous les marchés exécutés par mon entreprise sont financés par l’UE et la Banque Mondiale.», fait savoir cet expert en construction. Ce gel d’investissement public représentant plus de 90 % de l’investissement total affecte des milliers de maçons, de ferrailleurs, de charpentiers, de menuisiers, de peintres et des aide-maçons qui travaillent dans le secteur de construction.

En principe, poursuit-il, les financements de ces institutions tombent en mars et avril et les travaux de construction commencent avec le mois de mai. « Allez y voir les appels d’offre de construction ou de réhabilitation des infrastructures des différents ministères. Ceux qui ont des travaux de construction se comptent sur les doigts d’une main.»

Avant la crise de 2015, cet entrepreneur en construction soutient qu’il engageait entre 200 maçons et 500 aide-maçons. Et de déplorer que depuis janvier 2018, il n’a pas gagné un seul marché.

Selon lui, les nouveaux quartiers viabilisés sont de vrais indicateurs pour jauger l’investissement des particuliers dans ce secteur. Le quartier Nyabugete peut servir de référence, mais « peu de gens construisent, certains vendent leur parcelle faute de moyens ».

Les autres entrepreneurs dans ce domaine évoquent le problème de la dépréciation de la monnaie, la flambée des prix des matériaux de construction et le difficile accès aux crédits bancaires.

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