Politique

Le président Nkurunziza pourrait briguer d’autres mandats

06-11-2017

Le Conseil des ministres a adopté un projet de révision constitutionnelle, le 24 octobre dernier. Une porte ouverte vers d’autres mandats au chef de l’Etat.

La nouvelle Constitution permettra au président Pierre Nkurunziza de se présenter aux élections de 2020.

Complètement remodelée, la loi mère ne sera plus comme avant. Sur les 307 dispositions de la Constitution, 77 ont subies des modifications, 9 se sont invitées dans la partie, tandis que 3 autres ont été renvoyées.

La limitation à deux quinquennats les mandats présidentiels disparaît. Place au septennat renouvelable une fois. Toutefois, le président ne pourra pas diriger plus de deux mandats successifs. Il va céder le pouvoir avec la possibilité de se représenter plus tard.

Autre innovation : la deuxième vice-présidence saute. Le premier ministre, chef du gouvernement, issu de la majorité parlementaire fait son apparition. Le chef de l’Etat sera secondé par un vice-président issu de l’opposition. « Un poste de figuration,» protestent déjà certains.

Sans toucher aux quotas ethniques, la nouvelle donne permet l’adoption des lois ordinaires à majorité simple au parlement. La révision de la Constitution quant à elle ne nécessitera plus le vote des 4/5 des députés mais plutôt des 3/5.

Le compteur des mandats à zéro

En somme, la révision de la Constitution va remettre les compteurs des mandats présidentiels à zéro. Le président Nkurunziza pourra lui aussi prétendre au poste de commandant suprême en 2020, et même en 2027. Il suffira juste que son parti l’aligne pour les présidentiels.

L’actuelle loi mère donne au chef de l’Etat la latitude d’opérer un choix entre référendum ou vote au parlement. Certains analystes penchent déjà pour le premier choix. « Il a toujours en mémoire le camouflet du rejet du projet en mars 2014 par le législateur. »

Après l’échec de 2014, le projet a été mis en veilleuse. Le temps que la Commission nationale du dialogue inter burundais débute son travail en 2015. Et au final, elle a indiqué que la majorité des Burundais ont émis le souhait entre autre pour faire sauter la limitation des mandats. Le président Nkurunziza a par la suite décrété la mise en place d’une commission technique destinée à étudier les dispositions susceptibles d’être amendées.

Pour rappel, la crise politico-économique que traverse le Burundi a débuté avec l’annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza pour les élections de 2015. « Un mandat de trop », affirmaient opposition et société civile.


>>Réactions

Charles Nditije : « Un coup d’arrêt définitif au processus inclusif.»

Selon le président de la coalition de l’opposition en exil, Pierre Nkurunziza n’entend pas céder le pouvoir. Il vient non seulement d’enterrer l’Accord d’Arusha, mais surtout de mettre un coup d’arrêt définitif au processus inclusif. « Nous demandons à Communauté internationale en générale et l’EAC en particulier de s’exprimer clairement.» Charles Nditije assure que de deux choses l’une : soit ils s’avouent vaincus et disent au peuple burundais de se débrouiller, soit ils sont conscients de leur responsabilité. Et en ce cas, ils devraient se ressaisir et rejeter très rapidement l’amendement de la Constitution.

Willy Nyamitwe : « Arrêter de spéculer.»

Le conseiller principal à la présidence assure que jusqu’à cette date, le Cndd-Fdd n’a pas encore tenu son congrès pour désigner qui sera son candidat en 2020. L’ambassadeur Willy Nyamitwe demande aux gens d’arrêter de spéculer sur ce que décideront les Bagumyabanga, (membres du parti au pouvoir). Et de conclure : « Ce n’est pas encore le moment.»

Agathon Rwasa : « J’espère que le Cndd-Fdd n’est pas en manque de candidats. »

Le premier vice-président de l’Assemblée nationale rappelle que le 22 août 2015, le président Nkurunziza a, lors de son investiture, clamé que c’était son dernier mandat. « Maintenant, il commence à faire dire à la population, ses propres souhaits, revenir sur sa parole donnée, je trouve cela malsain. » Selon Agathon Rwasa, le président devrait plutôt dresser son bilan de 12 ans de règne et juger en âme et conscience s’il est nécessaire de continuer. Et de conclure : « J’espère que le Cndd-Fdd est structuré et n’est pas en manque de candidats. »

Jean de Dieu Mutabazi : « Il ne faut prêter des intentions à personne. »

Concernant la probable candidature de Pierre Nkurunziza, le président du parti Radebu indique qu’il ne faut prêter des intentions à personne. Jean de Dieu Mutabazi indique, par ailleurs, que la révision de la Constitution suit un processus légal. C’est également un processus participatif, les Burundais de tout horizon s’étant prononcés en faveur de cet amendement.

Analyse

Le consultant sénior en Afrique centrale de l’International Crisis Group, Thierry Vircoulon contacté par Iwacu, assure que le projet de changement de la Constitution porté par le gouvernement ne touche pas à ce que les garants de l’Accord d’Arusha considèrent comme l’essentiel de l’Accord: les quotas ethniques. Comme indiqué dans la note de l’IFRI sur la révision constitutionnelle(1) .

Selon l’analyste, préserver les quotas ethniques mais s’assurer de rester président est la position de compromis du pouvoir qui lui permettra d’éviter de subir des pressions internationales. Et ce, d’autant plus que la mode est au changement constitutionnel au Rwanda, Ouganda, Togo, etc.

Thierry Vircoulon indique par ailleurs que cette révision constitutionnelle fait coïncider le droit avec la réalité du pouvoir et confirme le système de pouvoir autocratique qui prévaut dans les Grands Lacs: « la force fait le droit et non l’inverse. »

______________
(1) Voir (http://www.ifri.org/fr/ publications/notes-de-lifri/ requiem-laccord-darusha- reflexions-revision- constitutionnelle-burundi# sthash.mDQSyXq4.dpbs

  20   Vos commentaires
  1. Jesus

    L’homme propose, et Dieu dispose dit on. On peut planifier une chose et Brrrouuuum!!! On se reveille et tout a bascule.

  2. Jean Habonimana

    Chose entendue à la télé kenyane de la bouche du plus populaire des commentateurs politiques. Les seuls pays qui ont félicité Uhuru Kenyatta sont un Etat failli : La Somalie et un Etat voyou : Le Burundi. Ces propos résument ce qui nous attend pour les 30 prochaines années du régime chrétien d’origine divine. Les carottes sont cuites, les haricots sont kw’izosi, écrivions-nous en dictée à l’école primaire. Oui les haricots sont cuits aussi pour les 30 prochaines années. La décomposition morale, sociale, économique totale à la Mobutu. La seule institution qui a pu sauver le peu qui a pu être sauvée sous Mobutu c’est l’Eglise catholique congolaise : Education, santé et animation sociale. L’Eglise catholique burundaise qui a tout essayé pour empêcher la descente aux enfers doit se préparer à sauver le peu qui pourra être sauvée : éducation, santé et animation sociale. Je pense notamment au renforcement et à l’expansion de ses écoles d’alphabétisation : Yaga Mukama. Apprendre aux enfants la lecture, l’écriture et le calcul sera la plus grande œuvre de développement. Avec la technologie de la téléphonie mobile, un enfant qui sait lire, écrire et calculer aura tous les outils pour transformer sa vie. De toutes les façons, les universitaires qui sortiront du système éducatif DD auront le même niveau intellectuel que les lauréats de Yaga Mukama, avec la prétention en plus et l’incapacité de se prendre en charge car formés pour être des employés oisif sans aucune valeur ajoutée. Avec l’incompétence en plus. Bref, le Burundi est perdu pour les 30 prochaines années. Je le dis depuis 2 ans, la ruine économique sera pire que l’assouvissement de la haine contre la minorité honnie. En effet, le plus grand malheur du pays est le chômage de la jeunesse dont la vie est perdue pour deux générations.

  3. Mayugi

    @ Source du Nil
    Dites-moi combien de Burundais lisent (ou ont la capacité de lire, comprendre, questionner) et comparent les programmes des différents partis politiques et surtout ceux qui questionnent l’origine du financement des promesses électorales ?

  4. roger crettol

    [ … cette révision constitutionnelle fait coïncider le droit avec la réalité du pouvoir et confirme le système de pouvoir autocratique qui prévaut dans les Grands Lacs: « la force fait le droit et non l’inverse. » ]

    Peut-on avoir raison contre la Chine ou la Russie, en 2017 ? Bienvenue au monde où les rapports de force priment tout !

    Que toute cette violence immatérielle ou physique puisse appeler une contre-violence ne vient à l’idée de personne. Et pourtant … Le monde est en partie régi par ces conflits qui n’ont pas trouvé de solution acceptables pour toutes les parties. Le CNDD-FDD suit à sa manière la voie tracée par les dictatures hima – c’est faire preuve d’intelligence, non ? Avoir appris si bien la leçon…

    Il ne reste plus qu’à espérer que la Tanzanie, elle aussi, se mette au pas.

  5. eric

    1)In 2034 we be end of presidential of KAGAME and NKURUNZIZA .Same year !! is not a coincidence .IT IS WELL DONE!! WHY??
    Aceppt there is hunger because of fear of rwanda (its stability) to control burundi.
    Rwanda see itself insecure in the short and long if it does not control or influence burundi politic.If burundi rise above in the economy .kigali see that ?!!!
    THAT THE MAIN PROBLEM.
    Then the fact that law makers of burundi wish nkurunziza to leave same year as kagame is that THE ONLY PRESIDENT IN BURUNDI WHO CAN MANAGE PEACEFULLY KAGAME IS ONLY NKURUNZIZA. .ANY OTHER LOCAL POLITICIAN IN BURUNDI USES FEELINGS LIKE KAGAME.
    2)IN 2034 plus extra 7 years of another president .Then at 2041, nkurunziza will be having age 76 years old.
    I don’t thing he will come back to power as burundian grow older faster.
    3)On this new constitution we can also notice COMPETITION OF POWER BETWEAN NKURUNZIZA AND KAGAME .Its seem everyone want to show who is in control.It is also a good thing because With is next 20 years of nkurunziza power, because of jealousy against rwanda economy , you can expect that burundi economy will grow so much.Is a question of time.
    4) Burundian politician should stop playing FEAR POLITIC because of burundi just next next 30 years of peace.
    If a country has 30 years ,with this current globalization ,any country will grow.JUST PEACE and no more radical ideas.We are not al shabab .We share power !! So to fight for !!The only need is to make an independant magistrate which control if quota in gvment and private are respected

    MAY GOD BLESS BURUNDI MORE WITH PEACE AND UNITY

    • KanuraRwaruka

      Bien dit. Maintenant que toutes les conditions sont réunies il faut punir tous les criminel politique. Sinon l histoire se répétera

  6. Manjenga

    AbanyaMuramvya mwaradutwaye imyaka myinshi ; abanya Bururi baradutwa iyindi itari mike ubu rero natwe abanyeNgozi duhe umwanya ukwiye dutunganye igihugu

    • karabagega

      juju si ntara ziotwara

  7. Cokoroko

    Tugire inguvu duhsgatike ivyo bintu avant qu’il ne soit tard!

  8. Rurihose

    Rien n’empêchera le Burundi de rester le pays le plus corrompu et le plus pauvre au monde.
    Le pouvoir restera aux mains d’une Oligarchie qui est au dessus de la loi, mieux qui fait la loi.
    Toute voix discordante sera matée.
    Full stop.
    Ne condamnez pas l’opposition.
    Que peut elle faire?

  9. RUGAMBA RUTAGANZWA

    @I Wacu: « Le Conseil des ministres a adopté un projet de révision constitutionnelle, le 24 octobre dernier. Une porte ouverte vers d’autres mandats au chef de l’Etat ».

    Très bonne nouvelle pour NKURUNZIZA lui-même, sa famille et ses amis mais pour les Burundais c’est une autre histoire car c’est un président sans aucun résultat qui veut régner sur le Burundi indéfiniment et après tant de malheurs que son 3è mandat est entrain de causer à ce pays. C’est une triste nouvelle pour notre jeunesse dont les horizons sont bouchés et l’avenir complètement hypothéqué… !

    • karabagega

      Ayons l’espoir, tout va bien se passer!il ne faut pas craindre.

      Il est l’homme fort capable de garantir notre souverainete.

      VIVRE son pouvoir!!!!!!!!

  10. Source du Nil

    Dans la région des Grands Lacs, « la force fait le droit et non l’inverse « .L’opposition burundaise emiettée,divisée et incapable de se forger un leadership fort, pouvant fédérer l’ensemble de la population interne et externe du Burundi sur une alternance en 2020,avec un programme politique, economique et social rompant avec la rupture de ces 15ans du pouvoir DD. Que Dieu vienne aider le Burundi,pays classé parmis les cinq pays les plus pauvres du monde.

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