I Opinion I Le Harakiri politique du cndd-fdd et ses partenaires au pouvoir

27-03-2015

L’excommunication et la réduction au silence des voix discordantes vont accélérer l’hémorragie interne et causer des dégâts au sein du CNDD-FDD et de ses partis partenaires au pouvoir au profit d’une opposition dispersée et une société civile toujours en mal d’une stratégie commune pour effectuer un changement démocratique durable.

Les dissensions internes ou les manœuvres divisionnistes des partis adversaires ne sont pas une exclusivité du CNDD-FDD. A des degrés différents, bien d’autres organisations y font face tout le temps. L’assise et la force d’un parti politique se mesurent aussi par sa capacité de résister et survivre des divisions internes qui peuvent surgir n’importe quand.

Après avoir été accusé à tort ou à raison de fomenter et d’entretenir les divisions au sein des partis adverses, le CNDD-FDD serait en train de goûter au plat qu’il administre à ses adversaires. Si le harakiri était possible, depuis peu de temps que le linge sale ne se lave plus en famille, un « CNDD-FDD Nyakuri » aurait déjà vu le jour et serait vite reconnu par le ministre de l’intérieur. Certains leaders historiques de ce parti doivent observer ce qui se passe avec quelque attention.

Mais à la veille d’une élection qui s’annonce contestée d’avance à moins que certains obstacles ne soient levés, le président Nkurunziza et son parti CNDD-FDD survivront-ils une des plus grandes crises internes depuis les fameux congrès de Gitega et de Ngozi qui s’étaient soldés par une scission avec l’éviction et l’emprisonnement ferme d’Hussein Radjabu et la consécration de Nkurunziza à la tête du parti présidentiel ?

Les évènements qui se déroulent au sein du CNDD-FDD confirment que ce parti ne s‘est jamais remis complètement des scissions internes antérieures à son avènement au pouvoir en 2005. Depuis longtemps, la marmite des antagonismes entre les dirigeants issus de la rébellion armée et des civils au discours « intellectualiste » et/ou « intellectualisant » couvait à petit feu. Mais c’est la scission plus complexe étalée au grand jour lors des fameux congrès de Gitega et de Ngozi qui semble avoir été si profonde que les cicatrices sont en train de s’ouvrir sous la pression interne des membres et externe de l’opposition et de la société civile.

Sur le plan externe, les démarches de l’opposition et de la société civile et dans une grande mesure, des partenaires régionaux et internationaux ont rencontré une attitude mixte qui varie entre l’indifférence arrogante, l’obstruction belliqueuse, la manipulation par le pouvoir des institutions de défense et de sécurité, de l’appareil judiciaire et de la machine administrative.

Parallèlement, les dissensions internes, même les plus mieux intentionnées, se sont heurtées à une fin de non-recevoir caractérisée par l’expulsion et le limogeage des cadres du parti et des postes administratifs et professionnels politiquement sensibles que la plus part doivent essentiellement si pas exclusivement à leur obédience et loyauté au parti. Dans certains cas, les menaces à peines voilées sont proférées et/ou même exécutées pour compromettre la sécurité de quiconque ose désavouer et décrier la situation économique désastreuse du pays. Les tensions sont exacerbées par la corruption rampante, l’injustice et l’impunité face aux assassinats et crimes de toutes sortes, les dérives répressives envers tout individu jugé gênant pour le pouvoir, surtout les leaders et les membres des partis d’opposition et de la société civile.

Si la fatigue politique, les défaillances, les bavures et les dissensions sont désormais plus qu’évidentes pour le pouvoir au terme de deux mandats, l’opposition ou la société civile ne sont pas à l’abri et le compte à rebours a sonné pour les uns et les autres. Certains de leurs leaders ou membres ont un déficit de crédibilité et du mal à liquider le passif d’un héritage politique personnel ou collectif (direct ou indirect même injuste ou compromettant) de leurs ascendants.

Cependant, en frappant d’excommunication et en privilégiant la réduction au silence les voix discordantes en son sein parmi lesquels ses principaux symboles tels que les porte-paroles du parti et du président lui-même, ces derniers risquent de s’infliger un harakiri politique avec une hémorragie de membres qui contribue inévitablement à grossir davantage les rangs de ceux et celles qui s’inscrivent en faux contre les méthodes et les bilans de deux législatures et surtout, quand bien-même officiellement non encore annoncée, contre une éventuelle candidature du président actuel pour briguer un troisième mandat.
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A propos de l’auteur

Gervais CishahayoGervais Marcel Cishahayo est un membre de la diaspora burundaise depuis les années 1970s et établi à Malte, UE. Professeur, consultant sur les questions relatives à l’éducation, la géophysique, les NTICs, la diplomatie et les relations internationales, il est l’auteur d’articles d’analyses et de contributions diverses dans les médias sur l’immigration, la sécurité et l’intégration régionale. Avocat de la bonne gouvernance démocratique bien connu des milieux politiques et académiques et n’ayant jamais adhéré officiellement à aucun parti politique depuis les années 1980s, il est l’auteur d’une thèse d’analyse de la dimension de la sécurité de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) présentée à l’Académie Méditerranéenne d’Etudes Diplomatiques de l’Université de Malte.

  8   Vos commentaires
  1. KABADUGARITSE

    « … Jamais adhéré … » mais a adhéré quand-même. Alors, lirons-nous l’article d’un partisan ou celui d’un homme neutre?

    • Il suffit de lire attentivement et retenir « Avocat de la bonne gouvernance démocratique » qui n’est pas neutre mais bien connu pour être résolument engagé, depuis longtemps et de manière consistante, aux côtés de ceux qui s’inscrivent en faux contre les assassinats et les menaces de violence, la persécussion des leaders et membres des partis de l’opposition et de la société civile et de quiconque est jugé gênant pour le pouvoir, contre les injustes, la corruption et l’impunité qui entraînent les tentations de désespoir et un violence cyclique, etc…

  2. Generation Urunganwe

    Je n’ai pas compris l’importance de la note  »a propos de l’auteur »……

    • Mutima

      Une courte description biograhique de Gervais Marcel Cishahayo.

  3. Mutima

    Ceci est une question très naïve et très innocente : «J’aimerais réellement connaître la dernière fois où Monsieur « l’auteur » de cet article a visité le Burundi… en personne!, s’il vous plaît! Et ne vous en faites-pas! Le CNDD-FDD sait ce qu’est le prix et le coût des violences!

    Comme je le dis toujours, les Burundais aiment chercher des problèmes… au lieu de proposer des solutions! Le bâton et la carotte, les menaces de représailles ou de manifestations… c’est un jeu qui peut se jouer à deux…ou à plusieurs! Mais malheureusement, vous n’apportez rien d’autre que la coercition pour remédier à la problématique actuelle!

    L’opposition, certaines organisations de la société civile et les organisations locales et internationales ne cessent d’appeler des sanctions contre le Burundi, oubliant que quand le bâton frappe, il touche surtout les Burundais les plus démunis… sauf ces organisations et leurs dirigeants!… sauf non plus les gens comme vous, qui ne vivez pas dans la réalité des Burundais du pays… à la base.

    QU’AVEZ-VOUS APPORTÉ DE NOUVEAU QU’ON NE SAVAIT PAS?

    Serait-ce pour vous faire connaître ou distribuer quelques crocs-en-jambe contre les autorités politiques du pays qui n’auraient pas répondu favorablement à une sollicitation ou qui menacent une autre future sollicitation? Ou peut-être mieux : «Pensez-vous réellement être capable de faire mieux que ceux qui se trouvent en place?» Peut-être est-ce là la vrai question!…

    • @Mutima
      Cher Mutima, soit rassuré, l’auteur est un citoyen qui fait de son mieux pour rester connecté avec son pays natal. Peut-être même que tu le croises tous les jours sans t’en rendre compte! Si tu le désires, tu peux le joindre à travers les modérateurs de ce forum qui sont des professionnels qui ont toutes ses coordonnées et ne publieraient pas ces articles s’ils les jugeaient déconnectés avec les réalités du pays.

    • Gervais Cishahayo

      Cher compatriote,
      Demandez à ceux qui étaient à Arusha, je n’étais pas physique là-bas mais j’ai suivi de très près et accompagné ce processus d’Arusha qui était lui-même en soi un exercice graduel de la carottes et du bâton.
      Mais comme tu peux, si tu veux, être d’accord avec moi, les pourvoyeurs de carottes doivent être fatigués de devoir recourir aux bâtons car ils ont d’autres chats à fouetter et aujourd’hui, nous devrions pouvoir nous en passer et contempler et avancer vers des horizons supérieurs.
      http://arib.info/lachambre-FLWB-PDF-54-0722-54K0722007.pdf
      http://www.iwacu-burundi.org/le-parlement-belge-contre-le-troisieme-mandat-de-pierre-nkurunziza/

  4. SENYAMWIZA J.CLAUDE

    Une très bonne chose si ce parti s’auto-dissout car il a montré à suffisance qu’il était incapable de gérer une nation. Rebelles ils l’étaient en arrivant au pouvoir, rebelles ils le sont restés en l’exerçant: corruption érigée en système de gouvernance, violence à l’égard de la société civile, des opposants et de toutes voix dissonante au sein du parti, harcèlement et assassinat massif de leurs rivaux politiques Hutu en l’occurrence les militants du FNL-aile Rwasa… !
    La liste de leurs maux n’est pas exhaustive. Il était temps qu’ils s’en aillent…et espérons que ce parti est en voie de désintégration totale. En ce qui me concerne la disparition d de ce monstre corrompu et incompétent qu’est le Gouvernement du CNDD-FDD ne me laissera pas inconsolable.

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