Économie

Le Fbu en chute libre…

29/05/2018 Parfait Gahama Commentaires fermés sur Le Fbu en chute libre…
Le Fbu en chute libre…
Salomon Nsabimana : « L’instabilité du taux de change est due à l’insuffisance de devises. »

Après quatre mois d’appréciation de son taux de change, la monnaie nationale a perdu plus de 10% de sa valeur, depuis deux semaines. Salomon Nsabimana, chercheur à l’IDEC, explique cette instabilité par l’insuffisance de devises.

Il n’y a plus l’ombre d’un doute. Le franc burundais connaît une chute vertigineuse. A 2 300 Fbu, il y a deux semaines, un dollar américain s’échange actuellement à 2 550 Fbu. Cet écart s’observe également pour l’Euro. Il se vend à 2 960 Fbu contre 2 760 Fbu début mai.

Le taux de change officiel est en hausse. Pour le billet vert, il est aujourd’hui de 1 790,49 Fbu contre 1 781, 02 au début de l’année. Il en est de même pour l’Euro. Il s’obtient à 2 208,12 Fbu contre 2 147, 11 au début de l’année. Les agents de change expliquent cette hausse du taux de change par une forte demande de devises au cours de ces deux dernières semaines.

Térence Gahungu, agent de change au centre-ville de Bujumbura, indique que l’augmentation du taux de change du Fbu est due à une forte demande de devises. «D’une façon générale, le taux de change d’une monnaie dépend de l’offre et de la demande.»

Quand la demande excède l’offre explique-t-il, le taux de change augmente et la monnaie nationale perd de sa valeur. « En plus de la demande exprimée sur le marché de change, les agents de change fixent aussi le taux de change en fonction des anticipations sur des évènements qui peuvent modifier l’offre ou la demande de devises ».

M. Gahungu se réjouit, par ailleurs, de l’augmentation du taux de change : « Mon chiffre d’affaires journalier a augmenté de 50%. Aujourd’hui, je vends un dollar américain à 2 550 Fbu que j’ai acheté à 2 300 Fbu, il y a deux semaines.» Soit, un bénéfice de 250 Fbu par dollar. Normalement, la marge bénéficiaire par dollar est de 20 Fbu.

Pascal Sinzumunsi, un autre agent de change au centre-ville, abonde dans le même sens. Au cours des quatre derniers mois, la demande de devises a considérablement diminué. Ceci a entraîné la chute du taux de change de 2 940 Fbu à 2 300 Fbu pour le dollar américain et de 3340 Fbu à 2 700 Fbu pour l’Euro, fin avril. Ce qui a fait baisser l’offre de devises. « Les vendeurs des devises jugeaient trop bas le taux de change du moment et préféraient les garder chez eux. Et par conséquent, les devises se sont faites rares. C’est ce qui a entraîné la hausse du taux de change ».

Ce changeur se félicite que son chiffre d’affaires journalier a augmenté de 80% comparativement aux mois de mars et avril. A cette période, il passait parfois toute la journée sans échanger le moindre dollar. Aujourd’hui, raconte-t-il, il échange en moyenne 20 millions de Fbu par jour.

Les banquiers ont la même explication. « L’augmentation du taux de change est liée à l’insuffisance des devises dans le pays en général, et sur le marché de change en particulier», indique une source interne à la Banque commerciale du Burundi (Bancobu). Selon cette source, les banques commerciales n’ont jamais couvert les besoins en devises. Le déficit commercial en témoigne.

Pénurie de devises à l’origine

Pour Salomon Nsabimana, chercheur à l’Institut de Développement Economique (IDEC) et enseignant à l’Université du Burundi, l’augmentation du taux de change sur le marché parallèle est due à la dépréciation du Fbu. C’est à dire une perte de valeur de la monnaie selon le fonctionnement du marché de devises.

Selon lui, cette dépréciation résulte de l’insuffisance de devises dans le pays. « Plus il y a moins de devises sur le marché de change, plus le taux de change augmente. Et par conséquent, la monnaie nationale perd de sa valeur et les devises coûtent cher.» Son impact direct est la hausse des prix des produits importés et la baisse des recettes des exportations.

M. Nsabimana explique, par ailleurs, l’insuffisance de devises sur le marché de change parallèle par rapport à la demande par trois facteurs essentiels. D’une part, elle est liée à la baisse des recettes d’exportation au cours de ces dernières années alors qu’elles constituent la principale source de devises du pays en dehors des dons. Le volume d’exportation a aussi baissé. De surcroît, le Burundi exporte principalement le café et le thé mais il n’en fixe pas les prix.

D’autre part, indique cet économiste, l’insuffisance des devises est due à la diminution des flux des capitaux (une autre source importante de devises). Depuis 2015, l’entrée des capitaux en provenance des investisseurs étrangers ou de la diaspora burundaise s’est considérablement réduite. « La crise politique que le Burundi traverse fait qu’il n’y a pas de circulation de capitaux et cela cause la dépréciation de la monnaie nationale ».

Une autre raison invoquée par ce chercheur est la baisse de l’ensemble des appuis, aides ainsi que des dons provenant des partenaires techniques et financiers. Ils sont passés de plus de 500 millions de dollar américain en 2014 à 203 millions de dollar américain en 2017.

Diversification des exportations, une impérieuse nécessité

Pour stabiliser le taux de change du Fbu, M. Nsabimana propose trois solutions. A court terme et moyen terme, il faudrait créer un environnement attractif qui permet aux investisseurs étrangers ou à la diaspora et aux bailleurs de fonds (dons, aides, ONG, etc) d’amener les devises dans le pays.

Il recommande surtout la gestion optimale des devises qui restent sur le marché en ces temps difficiles. Cela suppose le dialogue entre les différents acteurs concernés : la Banque centrale, les banques commerciales, et les échangeurs. Cette collaboration permettrait aux autorités monétaires de connaître les signaux émis par le marché de change. Et par conséquent, prendre des mesures qui s’imposent en fonction de ce qu’elles observent sur le marché.

Sur le long terme, il faudra augmenter les produits d’exportation en diversifiant les secteurs et produits qui peuvent générer des devises. Notamment les minerais, l’huile de palme, les fruits, le tourisme, etc. « Le Burundi regorge de potentialités qui ne demandent qu’à être mises en valeur. »

Le Burundi a une petite économie et son marché de change est insignifiant même par rapport à ses voisins de la Communauté est-africaine : la crise politique depuis 2015 a asséché pratiquement le flux de devises qui alimentaient le marché des devises. Toute fluctuation marginale sur l’offre et la demande des devises affecte le cours de change du Fbu.

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