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Nécrologie

Le Col. Epitace Bayaganakandi, le politicien chef d’entreprise

Dans un congrès du 12 avril 2015, le parti MRC-Rurenzangemero, Mouvement de Rassemblement pour la Réhabilitation du Citoyen, avait désigné son président, le colonel Epitace Bayaganakandi pour être son candidat aux présidentielles de 2015. Cet homme mettait en avant le développement économique des Burundais et de leur pays.

Epitace Bayaganakandi, initiateur du projet Stevco au Burundi ©Iwacu

Epitace Bayaganakandi, initiateur du projet Stevco au Burundi ©Iwacu

Le parti MRC Rurenzangemero avait choisi de donner comme candidat aux prochaines présidentielles, son président du parti, Epitace Bayaganakandi. Selon les membres du MRC, ce choix était guidé par le souci du président de ce parti de développer le pays en général et la population en particulier.

Epitace Bayaganakandi, un colonel à la retraite, est né en 1956 à Mbogora dans la province de Mwaro, en commune Nyabihanga. Après des études secondaires au Petit Séminaire de Mugera et au Collège Notre-Dame de Gitega, il entre à l’Institut Supérieur des Cadres Militaires (ISCAM) le 29 août 1975, onzième promotion. Après avoir obtenu sa licence, il s’ensuit une carrière militaire et politique riche.

Entre 1990 et 2000, il est successivement dans le Haut Commandement des services de sécurité, devient Chef d’Etat-major de la Gendarmerie, Directeur général de la Police de l’Air, des Frontières et des Etrangers (PAFE), ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, puis celui des Transports, postes et télécommunications.

En 2000, le Col. Bayaganakandi est nommé Administrateur-Directeur Général de la SODECO, la Société de déparchage et de conditionnement du café, une société parapublique. La même année, six partis politiques tutsi du Groupe G6 se coalisent pour présenter sa candidature à la présidence de la République du Burundi pour diriger la première partie de la transition. Mais c’est finalement le Major Pierre Buyoya qui sera choisi.

D’Arusha à la politique

« Je suis entré en politique avec les négociations d’Arusha, entre le G10 et le G7, quand j’ai été désigné pour conduire la transition avec le G10. Je me suis dit que je pouvais être utile pour le pays en aidant à la concrétisation de l’Accord d’Arusha. J’ai accepté et c’est presque à cette époque (2002) que j’ai pensé à la création du MRC, car, même si j’avais été sollicité, je n’avais pas de base politique », se rappelle le colonel Bayaganakandi.

Aux élections générales de 2005, il est élu député. En 2010, il est candidat du MRC aux présidentielles. Après les élections communales du 24 mai 2010, le MRC va, avec plusieurs autres partis, se retire de la suite des scrutins, pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une fraude électorale.

Pendant presque trois ans, le MRC s’efface du paysage politique burundais. « Apres la fraude des élections de 2010, j’ai arrêté les activités politiques du MRC pendant deux ans pour voir l’évolution de l’environnement politique. C’était une trêve politique, de peur que nos militants ne soient en danger comme ceux des certains autres partis de l’opposition », indique le colonel Bayaganakandi. En effet, ajoute-t-il, le Cndd-Fdd traquait certains opposants pour les emprisonner ou les éliminer.

Entretemps, le président du MRC s’occupe des ses affaires économiques. En 2011, il installe l’usine Promotion de Thé de Mwaro (PROTHEM), et dont il est aujourd’hui représentant légal. Des emplois sont créés. Le revenu des cultivateurs du thé augmente ainsi que la production annuelle et des devises sont rapatriées. Il a également initié un projet de production et de transformation d’une nouvelle culture dénommée Stevia, une plante à sucre sans calories. « Cette nouvelle culture d’exportation sera un ballon d’oxygène pour le gouvernement », note M. Bayaganakandi.
Fin novembre 2012, Epitace Bayaganakandi annonce son retour sur la scène politique. En mars 2013, il inaugure la nouvelle permanence de son parti en mairie de Bujumbura.

Un parti politique tourné beaucoup plus sur l’économie

« Le MRC veut s’organiser en dehors des coalitions pour se concentrer beaucoup plus sur son programme. Le développement de la population et du pays est sa particularité, sa spécialité, son identité », souligne son président. Les problèmes que nous avons avec le pouvoir, précise-t-il, sont d’ordre économique, à cause des nos propositions qui ont un impact socioéconomique important sur la population, mais le pouvoir refuse qu’elles soient réalisées. Le colonel Bayaganakandi rappelle que l’Accord d’Arusha a mis en place un partenariat obligatoire, en imposant des institutions qui répondent à l’unité nationale. Pour lui donc, après les élections, personne ne gagne complètement. Chacun a des droits et des responsabilités selon le suffrage obtenu, avec un programme, poursuit-il. « Si nous sommes élus, notre visée est la relance de l’économie sur des chiffres concrets. »

Marié et père de deux enfants, le colonel Epitace Bayaganakandi, avoue ne pas avoir de temps pour avoir une vie privée digne de ce nom. Catholique croyant, mais pas pratiquant, il passe ses moments libres entre le parti et ses affaires, et quand il rend des visites, elles sont toujours en rapport avec ces deux activités. Mais il trouve toujours du temps pour la lecture de l’actualité qu’il suit de très près, et fait de la gymnastique pour entretenir son corps.

« Un jour, je prendrai sûrement ma retraite politique, mais tout en continuant à suivre de près le parti. Parce que notre engagement n’est pas tellement politique, mais beaucoup plus social et économique. Tant que les entreprises continueront à tourner, je suivrai de près pour que les successeurs mènent à bien nos objectifs. »

Stevco, un bon rêve mais hélas …. brisé

« Avec notre projet Stevia, nous comptons avoir, en termes de recettes d’exportation, autour de 500 millions de $ américains par an, à peu près 50% de l’aide extérieure. 50.000 Ha seront cultivé, à raison de 15 ares par habitant, pour 350.000 ménages qui cultiveront la Stevia, une production qui donnera un demi million de $ par an. Et chaque ménage pourra avoir 750 $ par an. Ce projet compte également créer plusieurs emplois. 3.000 moniteurs agricoles (un moniteur par colline), 150 agronomes (un agronome par commune), 60 ingénieurs (3 ingénieurs par province) et d’autres postes variés pour techniciens et cadres de près de 100 unités. »

  6   Vos commentaires
  1. Karabona simon

    Condoléances à la famille éprouvée. On vient de perdre un homme riche d’initiatives socio-économiques. Aucun autre homme politique burundais n’avait jamais pensé à cela. Ils sont préoccupés à vider les caisses de l’Etat, à appauvrir la population sans moyens aucuns. Les vaillants partent, les vauriens restent ( Ndayicariye, Ntahorwamiye).

  2. Tap

    Turahojeje sa famille, ses amis et son parti. Que son ame repose en paix. Cote entreprenariat, ce colonel avait une vision. Une chose est sure, Stevia est au Burundi, elle ne va pas disparaitre facilement. Des usurpateurs peuvent toujours copier et coller son projet, nous sommes au Burundi de 2015!

  3. N.M

    He was a great man. Our prayers and thoughts are with him and his family.
    RIP.

  4. kindros

    None ko utavuze ko imana yamuhamagaye!!! None iyo migambi ya Stevia aba DD bazoyikomeza?

  5. Amédé

    Imana ikuje imbere. Mon colonel. Ce sont les hommes (ou femmes) comme vous qui manquent à notre mère patrie.

  6. Un fils anonyme

    Toute souffrance est tragique, non point seulement parce qu’elle est souffrance, mais parce que, tout comme le bonheur le plus insolent auquel sous cet aspect elle ressemble – il n’y a alors plus qu’elle qui existe. Bien que dévasté par cette souffrance, je voudrais souligner toute la dimension humaine que l’on ne connait souvent que très peu de ces hommes qui ont incarné l’espoir. Epitace était un parent attachant dont la générosité de coeur étant sans mesure. En pareils moments, c’est peut-être le plus grand souvenir qui vaille pour ceux et celles que tu aimés, que tu as aidés, que tu as portés. Nous savons bien que c’est Dieu qui garde la durée mais tu auras utilisé l’espace qu’Il t’avait donné avec beaucoup de coeur et de générosité. Et je me permets de dire qu’avec ton départ, il y a aujourd’hui dans cet espace que tu nous laisse hélas, moins de générosité, moins d’ambition et moins de lumière. Puissions-nous hériter un peu de ce que tu étais…
    un fils.

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