Editorial

Le cœur du Burundi battra-t-il à Gitega ?

27/12/2018 Abbas Mbazumutima Commentaires fermés sur Le cœur du Burundi battra-t-il à Gitega ?

Gitega n’en finit pas d’attirer, de fasciner avec ses possibilités illimitées d’extension. Cette ville du centre du pays qu’il faut dorénavant appeler ’’capitale politique’’, semblait depuis longtemps prédestinée à un grand dessein.

L’ancien président de la République, feu Jean-Baptiste Bagaza, un visionnaire, l’avait compris mais il n’aura pas le temps d’accomplir son projet.

L’idée est intéressante donc. Mais un bémol : les infrastructures nécessaires pour la concrétisation de ce rêve ne suivent pas le rythme des déclarations des grands hommes de ce pays, qui ont, en tout cas jusqu’ici, jeté l’ancre à Bujumbura.

Pour rappel, ce ne serait pas la première promesse non tenue. La liste est loin d’être exhaustive mais il y a eu par le passé ’’aéroport international de Bugendana’’, une voie ferroviaire régionale Dar es Salaam–Isaka–Kigali–Keza–Gitega–Musongati, etc.

Tous ces beaux projets sont restés aux chapitres des déclarations de bonnes intentions. Pas un mètre carré de piste d’aéroport et encore moins une traverse pour le chemin de fer.

A Gitega, quelques nouveaux quartiers sont certes viabilisés, à un rythme soutenu, mais le chemin est encore long pour accueillir et loger tous ces fonctionnaires qui devraient migrer vers la capitale politique en cas de délocalisation.

J’allais oublier, quelques dignitaires devront apprendre à faire le grand écart, écartelés entre leurs foyers à Bujumbura et leurs ’’nouveaux points d’attache’’. Cette situation risque d’être budgétivore en moyens de déplacement, sans compter d’autres dégâts collatéraux sur des familles « éclatées » : écoles des enfants, explosion des frais de ménages contraints à vivre séparés, etc.

Ce n’est pas facile de voler la vedette à Bujumbura qui a plus d’un tour dans son sac pour séduire. En concubine, face à sa vieille rivale et ne doutant point de ses charmes, Bujumbura se dit en son for intérieur : «J’ai un palais flambant neuf, de beaux villas poussent comme des champignons, j’ai le lac, le mukeke, … Et Toi, Gitega, t’as que tes silos et tes avocats!»

Et d’enchaîner sur un ton moqueur : «En tous cas, ma petite, tu t’es regardée, tu me fais de la peine, t’as beau être le joli nombril (avec piercing, si tu veux) du pays mais le cœur du Burundi battra encore plus longtemps pour moi. Il battra à Bujumbura».

L’histoire contemporaine africaine nous apprend que rares sont les pays qui ont bien réussi le transfert de leurs capitales. Quelques exemples : Après leurs sessions parlementaires à Dodoma, les élus du peuple tanzaniens s’empressent à retourner au bord de l’océan indien, à Dar es Salaam.

Le cœur de la Côte d’Ivoire bat toujours à Abidjan et pas à Yamoussoukro. Au Nigéria, la délocalisation vers Abuja n’a pas été aisée, il y a eu des résistances… Lagos est dans tous les cœurs des Nigérians.
Malgré le décret, j’ai peur que Bujumbura, comme capitale, ait encore de beaux jours devant elle.

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