Le passé non composé

Le cinéma, outil important pour le traitement d’un passé douloureux

06-07-2013

A l’occasion de la 5ème édition du Festival International du Cinéma et de l’Audiovisuel du Burundi (Festicab), le film « Rwagasore : vie, combat, espoir » était projeté dans plusieurs localités du pays. Au Burundi, pays à tradition orale, le cinéma est un outil important dans le traitement du passé douloureux.

La population de la commune urbaine de Kanyosha assiste au cinéma sur la vie du Prince Louis Rwagasore ©Iwacu

La population de la commune urbaine de Kanyosha assiste au cinéma sur la vie du Prince Louis Rwagasore ©Iwacu

Il est 19 heures sur le terrain de football de la paroisse catholique de Kanyosha (sud de Bujumbura) où beaucoup de jeunes attendent la projection du film sur la vie du Prince Louis Rwagasore. Bousculades, cris d’enfants qui se battent pour les places de devant, la foule est bien présente. Comme d’habitude, il fait chaud malgré le vent doux des collines surplombant la capitale.

Tout au début, les jeunes sont excités face aux images de courts métrages burundais projetés en première partie. Ils sont surpris de voir des habits de ficus et le mode de vie des années 1960. Des rires fusent de partout quand apparaissent sur l’écran des hommes habillés en costumes traditionnels. Les modèles des véhicules sont aussi l’objet de quelques commentaires. Vient enfin le moment de la vie du Prince. Et de sa mort.

Dans la foule, Eric, un jeune homme déclare : «  C’est le contraire de ce que je savais sur la mort de Rwagasore. Notre héros a été finalement victime de la politique ». Il souligne que personne ne lui avait encore parlé de cette histoire : « On nous disait juste que c’est un héros sans dire comment il a été assassiné ni pourquoi », avant d’ajouter : « Finalement, il y a des gens qui voulaient qu’on reste sous la colonisation et dans la haine. »

Cependant, la population reste sur sa faim quant à l’identité des commanditaires de l’assassinat.« L’impunité est devenue un mode de vie chez nous », indique Hervé, un trentenaire, très touché par ce film. Et Eric de renchérir : « Je comprends comment la haine, la colère se sont développées à travers les divisions de Casablanca et Monrovia. Les divisions politiques à caractère ethnique ne datent pas d’aujourd’hui ».
Pour Stany, un autre spectateur, il est nécessaire de montrer aussi un film sur la mort de Melchior Ndadaye. « Nous savons seulement qu’il a été assassiné, mais nous n’en connaissons pas les détails. Le reste, c’est ce qu’on nous raconte dans le quartier. »

« Les malfaiteurs ont tué notre héros »

Autre jour, autre endroit, même projection. Du côté nord de la capitale, en commune de Cibitoke, dans un endroit communément appelé‘’Kungoro’’ (Maison du parti), les spectateurs se montrent aussi très enthousiastes. Après la projection, les habitants de Cibitoke extériorisent leurs sentiments.
« On dit beaucoup de choses sur la mort du héros de notre indépendance mais dans ce film nous avons vu que ce sont les malfaiteurs qui l’ont tué. C’est une occasion de découvrir qui était le prince », indique Fréderic Ntayiraja, un habitant de Kinama. Il soutient que Rwagasore devrait être un modèle pour les politiciens actuels : « Nous avons découvert qu’il voulait le développement du petit peuple et qu’il ne servait pas seulement ses intérêts comme on le voit aujourd’hui chez certains politiciens.»

Via le cinéma, les films… la vérité jaillit

Au moment où le Burundi évolue vers la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), la population de Cibitokene doute pas que le cinéma jouera un grand rôle dans la découverte de la vérité. Fréderic Ntayiraja souligne queles images parlent davantage au public que les paroles ou les écritures.
Tout en exigeant quele rôle de la Belgique dans la mort du Prince Rwagasore soit expliqué, Nicolas reconnaît lui aussi l’apport du cinéma dans la découverte de la vérité. Cependant, il exhorte les réalisateurs à faire des recherches en vue de fournir des éléments nouveaux sur cette affaire.
La population estime, en outre, qu’il est aussi indispensable de réaliser un film sur le héros de la démocratie. «C’était bien de regarder ce film pour voir comment les choses se sont passées. Et nous souhaitons que ce qui lui est arrivé ne puisse plus se reproduire dans notre pays. (…) Je vous demande de tout faire pour réaliser un film sur le héros de la démocratie Melchior Ndadaye », suggère Dieudonné Savyumukunzi, un sexagénairede Cibitoke.
Revenant sur la mort du Prince, M.Savyumukunzi exprime encore un regret particulier : « Ils n’ont même pas attendu qu’il proclame l’indépendance. C’est vraiment triste ».

Léonce Ngabo, réalisateur et président du Festicab ©Iwacu

Léonce Ngabo, réalisateur et président du Festicab ©Iwacu

« Les Burundais n’ont pas encore vu l’importance du cinéma »

Les réalisateurs du film projeté indiquent que les Burundais n’ont pas encore compris l’importance du cinéma. Léonce Ngabo, réalisateur et président du FESTICAB, souligne que lorsqu’un appel est lancé pour venir assister à une projection, ce sont surtout les jeunes qui se présentent massivement.

D’après lui, certaines autorités empêchent de montrer ces films alors que la permission a été accordée.Il demande au gouvernement de prendre conscience du rôle prépondérant du cinéma dans la réconciliation et le développement du pays. Pour lui, il sert à faire connaître le pays et à attirer les touristes.
Léonce Ngabo souligne que dans les pays développés, ils ont déjà compris qu’avec des festivals, les touristes viennent en abondance : « Ils viennent pour assister aux films et ils en profitent pour se distraire. D’où, la création d’emplois pour les jeunes ».
S’appuyant sur le thème du FESTICAB, 5ème édition :« Le cinéma au service de la consolidation de la paix et du développement », M.Ngabo ne doute pas que le cinéma aide dans la consolidation de la paix et la réconciliation.

Des images pour guérir

Venu du Rwanda, Jacques Rutabingwa, chef technique à la Fédération de cinéma rwandaise, confirme l’importance des images dans les pays post conflits : « Il est nécessaire de montrer les images pour guérir. »Malgré les blessures, il faut oser montrer les images sur le passé douloureux.
Pour lui, il faut que ces films soient réalisés par des nationaux. Il indique qu’au Rwanda, avec des images rassemblées par des réalisateurs, les jeunes ont eu l’opportunité de savoir ce qui s’est passé dans leur pays. Et de conclure : « Comme beaucoup de gens ne savent ni lire ni écrire, il faut se servir des images ».

  2   Vos commentaires
  1. karol

    Bonjour,
    il faudrait mettre en ligne le film si ce n’est pas déjà fais pour les burundais et amis du burundi vivant à l’étranger.
    Murakoze.

  2. Pour la mort de Feu Rwagasore, il y a deux réseaux qui étaient intéressés par sa disparition :
    1- Les Belges (et la CIA) comme pour Lumumba il y avait des craintes. Mais, Feu Rwagasore comme muganwa (prince) n’était pas pour la disparition du Royaume.
    2- L’entourage de M. Jean Ntiruhama ( pourfendeur des thèses Hamitiques – que l’on retrouve d’une certaine manière dans le film avec le code inventé de « Casablanca » et « Monrovia » à l’UPRONA ) qui envisageait la République.
    DAM.

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