Économie

Le Burundi connaît une diminution des devises

15/02/2018 Parfait Gahama 15

Le rapport des réalisations du ministère des Finances fait état d’une diminution des réserves en devises. Selon le ministre des Finances, cette baisse est due aux problèmes structurels des exportations.

Domitien Ndihokubwayo : « Les produits exportables pour faire entrer les devises sont peu diversifiés.»

Actuellement, le taux de change officiel d’un dollar américain est de 1 784, 31 Fbu mais il s’échange à 2 730 Fbu sur le marché parallèle. Cet écart s’observe aussi pour l’euro. Son taux de change officiel est de 2210, 32Fbu, celui du marché parallèle étant de 3 320 Fbu.

«Le pays a connu une diminution des réserves en devises en 2017», a déclaré Domitien Ndihokubwayo, ministre des Finances ce vendredi 2 février, lors de la présentation des réalisations annuelles de son ministère.

M. Ndihokubwayo explique les raisons de la diminution des réserves en devises par des problèmes structurels des exportations: «Les produits exportables, générateurs des devises, sont peu diversifiés. Ils sont essentiellement constitués par le café et le thé.»

Le ministre des Finances a indiqué que l’insuffisance de devises rend difficile le financement de l’activité économique : « Elle freine les importations.» Le rétrécissement du volume des importations entraîne à son tour une réduction des recettes fiscales dans un pays importateur net comme le Burundi. «Elle augmente aussi l’écart entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle.»

Comme solutions, le ministre Ndihokubwayo a fait savoir que le gouvernement poursuivra la recherche des fonds auprès des partenaires extérieurs notamment pour financer l’investissement. « Actuellement, les principaux bailleurs de fonds sont la banque mondiale, la BAD, le FIDA, le Fonds africain pour la transition, le fonds africain de développement, la Chine, l’Inde et l’Arabie Saoudite», a précisé M. Ndihokubwayo.

Changement de cap dans la coopération

Avant la crise de 2015, l’Union européenne était le principal partenaire technique et financier du pays à hauteur de 218.149.648 USD.

Toutefois, le ministre des Finances reste optimiste quant à l’amélioration de la situation en 2018 : « Le Burundi a d’énormes potentiels économiques capables de générer des devises. Notamment les ressources minières dont l’exploitation industrielle a débuté l’année dernière.»

En outre, les autorités envisagent l’exportation des produits agricoles vivriers, en particulier le haricot, la pomme de terre et le maïs en abondance actuellement. Les devises qui devraient être utilisées dans l’importation de ces denrées alimentaires seront allouées à d’autres activités.

Le ministère prévoit aussi l’amélioration du climat des affaires pour attirer des investissements directs étrangers générateurs de croissance économique. Selon le classement doing business édition 2018, le Burundi 0ccuppe la 164ème position sur 190 pays.

Plusieurs facteurs à l’ origine

Leonidas Ndayizeye : « La diminution des réserves de change s’explique par plusieurs facteurs. »

Pour Léonidas Ndayizeye, enseignant chercheur à l’Université du Burundi dans la Faculté des sciences économiques, l’insuffisance des devises s’explique par plusieurs facteurs. «D’une part, elle est liée à la structure de l’économie burundaise très peu diversifiée et basée essentiellement sur l’agriculture.»

Ceci limite les exportations qui restent essentiellement constituées par le café et le thé. Là où le bât blesse, insiste-t-il, la production de ces deux cultures évolue decrescendo. La raison : le désengagement de l’Etat dans le secteur caféicole et la pression démographique. «La baisse des exportations de ces produits renvoie automatiquement à la baisse des recettes en devises, dans un pays où l’agriculture compte pour 95 % des exportations et constitue ainsi la principale source de devises étrangères (hors dons).»

Cet économiste justifie aussi la diminution des devises par la baisse des aides extérieurs liée au gel de la coopération par certains bailleurs de fonds. «Les aides extérieures constituent une source importante de devises pour les pays en voie de développement.»

Cela est d’autant plus vrai que le faible pouvoir d’achat de la population n’incite pas les investissements directs étrangers, une autre source importante de devises. Il appelle le gouvernement à augmenter le pouvoir d’achat et relancer la demande, condition sine qua non pour augmenter la production.

Cette situation entraîne de lourdes conséquences. Elle provoque la dépréciation de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères. «L’effet immédiat de la dépréciation du Fbu est la hausse des prix des produits importés dont dépend fortement le pays. Ceci ne fait que dégrader davantage le pouvoir d’achat de la population, réduire le volume des importations et, par conséquent, baisser les recettes fiscales douanières et creuser davantage les déficits budgétaires de l’Etat.»

« Seule l’API ne suffit pas »

La carence de devises entraîne l’augmentation du taux de change et empêche la Banque centrale d’intervenir efficacement, en cas de besoin, sur le marché des changes. Pour contrôler le marché de change, explique M. Ndayizeye, la banque centrale doit avoir des devises en quantité suffisante. Sinon, elle crée de la monnaie sans contrepartie. « La valeur de la monnaie nationale fixée par la Banque centrale devient dans ce cas artificielle car elle ne reflète pas la réalité économique.»

D’après cet enseignant d’université, pour augmenter la quantité de devises, l’Etat devrait s’activer à diversifier l’économie à travers la multiplication de petites unités de transformation des produits primaires en produits manufacturés, finis ou semi finis, ne serait-ce que selon la spécialisation régionale. «Compter seulement sur l’exportation des produits primaires est une source de vulnérabilité aux divers chocs.» Une bonne exploitation « industrielle » des ressources minières est une autre alternative capable de rapporter beaucoup de devises à l’Etat.

Dr Ndayizeye recommande en outre à l’Etat d’améliorer ses relations avec ses partenaires techniques et financiers. L’autonomie du pays ne signifie pas se passer des apports extérieurs. « S’il est vrai que les aides ne sauraient constituer la base du développement, il est aussi vrai qu’elles restent tout de même indispensables, surtout pour les pays en développement.»

Mais, souligne-t-il, les apports extérieurs ne s’arrêtent pas qu’aux aides. A cet effet, les autorités du pays devraient aussi améliorer le climat des affaires pour attirer les investissements directes étrangers. « La mise en place de l’Agence pour la Promotion des Investissements (API) ne suffit pas.»

Le pays a besoin des infrastructures de base, énergétiques notamment: «L’insuffisance énergétique constitue aussi un frein aux investissements étrangers.» L’offre actuelle en matière d’énergie est de 174.696 MW par an. Le coût du capital, c’est à dire le taux d’intérêt (17%), est aussi très élevé, une autre entrave à l’investissement.

Evolution des exportations du café et du thé pour la période 2014 – 2017 (août)

Evolution des principaux indicateurs macroéconomiques

API

Forum des lecteurs d'Iwacu

15 réactions
  1. eric mfura

    Rien de plus que les conseils du professeur Leonidas Ndayizeye
    notre patri dispose de richesse non exploitée.les profs des universites
    je profite de cette occasion de suggerer les decideurs de les exploités en organisant les conferences pour qu’ils puissent émettre des idées face aux problemes que fait face le pays

  2. Gacece

    @Gihugu « @Gahungu » & @Source du Nil
    L’idéologie de génocide? Définissez cette théorie s’il vous plaît! Qui a inventé ce truc, et qui en est spécialiste?

    Quant au leadership, les leaders s’appuie sur les idées et les conseils de ceux qui les supportent ou les suivent. Alors donnez vos idées pour un meilleur leadership. Sinon, vous aussi vous serez sans vision!

  3. Source du Nil

    @Gahungu:Vous avez absolument raison, le problème est qu’il y a pas d’alternative de leadership qui émerge dans cette opposition burundaise.Nous resterons dans cette misère jusqu’à 2034, au cas où le referendum constitutionnel passait en Mai 2018.Le situation actuelle du Burundi est comme un bateau qui navige sur l’océan sans destination connue.C’est regrettable.

  4. Gihugu

    Gacece le problème burundais est le problème de manque de leadership et d’ideologie de génocide dans la sous region.

  5. Gacece

    @Kabingo dora
    Amen, « de vous »!

  6. Kabingo dora

    @ gacece
    Et vous ? Vous êtes une lumière! Amen

  7. Gacece

    @Lambert & @Kabingo dora
    Le monde! Ne vous prenez pas pour de petits mâlins!

  8. markusweile

    Pour faire comprendre la réalité de la situation économique au lectorat, il la faudrait mettre en relation avec le taux de natalité par an, car les chiffres brutes n’expriment pas toute la vérité. En plus, un recul de production va toujours de paire avec une destruction des structures de réseaux d’echanges économiques qui, de leur tours, entament de nouveau un affaiblissement de la production – c’est un cercle vicieux.

  9. Kabingo dora

    @ Lambert
    Yes nice question

  10. Rurihose

    Cher Journal Iwacu de mon coeur
    Quelquefois; il faudrait nous donner oe cursus de nos ministres.
    Bize iki , hehe?
    Nkuwo mu ministre avuga surproduction du Haricot, patate douce et colocase.
    Abikuye hehe? Cette surproduction
    est st dûe à quoi? J AI PAYE L ENGRAIS EN AVANCE. CA FAIT 2 SEMAINES abandi bateye ibiharage. Mbajije muri commune bambwiye ko batazi aho izobinekera.
    (Mba commune Mbuye; Iwacu, vous pouvez vérifier mon assertion).
    La source et les chiffres, Mr le ministre.
    Walah twaragowe😁😁😁
    Qu’a t on fait au bon Dieu?

  11. Lambert

    @Gacece
    Pouvez-vous suggérer à Mr Domitien Ndayizeye les marchés potentiels pour la pomme de terre, haricot, patate douce…ainsi que d’autres produits à exporter?
    Votre suggestion serait plus appréciée.
    Merci.

  12. Jereve

    Produits exportables non diversifiés? Mais ma foi le régime actuel est là depuis plus de dix ans, et pendant tout ce temps ils n’ont rien fait – ou fait trop peu – pour diversifier les sources de devises. On ne peut pas récolter ce qu’on n’a pas semé. Sous d’autres cieux, ce genre de discours serait un aveu de faiblesse, lourd de conséquence sur le plan politique.

  13. Rurihose

    Mon Dieu
    Le ministre des finances est cr….ou I…(Censurez le mot SVP, …..merçi).
    Il dit, je cite le Bdi a d’énormes gisements. Parle t il du Zaire ou de l’Angola?
    Il en ajoute, nous allons exporter du haricot,de la pomme de terre et du mais et nous aurons des devises. Azobishora aux Usa, canke en Chine?
    Comparez les taux de change au Rwa da et au Bdi et posez vous la seule question qui vaille. Pourquoi cette énorme différence?
    Le Burundi est le pays le plus corrompu et le plus pauvre au monde.
    What about Rwanda?😥😥😥
    Les 2 pays ont la même population et même superficie?🙄🙄😏Good News :The president of South Africa and the Ethiopian premier Ministre resigned yesterday
    Reason:Corruption

  14. Gacece

    @Kabingo dora

    Vous connaissez le Mexique? Là-bas, il y a des cartels criminels qui sont parfois plus armés que l’armée mexicaine elle-même! C’est à dire qu’ils disposent de véhicules de guerre comme des blindés ou chars d’assaut. La mitrailleuse, pour eux, n’est qu’un accessoire!

    Le Rwanda exporte « Ifu y’uburo », « ifu y’imyumbati », etc. Il paraît (amatwi ansumira ) que toutes ces denrées ne sont pas toutes « totalement » des produits réels du Rwanda : ils les importent (à moindre coût) des pays limitrophes du Rwanda (dont le Burundi), les transforment (au Rwanda) et les exportent comme des produits du Rwanda.

    Il n’y a rien de mal à cela. L’important est que ce soit de vrais « Ifu y’uburo » ou « Ifu y’imyumbati ». Mais… il serait tout aussi important de mentionner que c’est « Fabriqué au Rwanda » à partir de produits naturels importés de pays « voisins »!

    Tout est subjectif et relatif! Ce n’est pas parce que les pays limitrophes disposent des mêmes produits que le Burundi qu’on ne peut pas les exporter. Il y a d’autres marchés que les pays limitrophes.

  15. kabingo dora

    Le ministre des finances fait du verbiage stérile lorsqu’il évoque l’idée d’exportation des haricots , de la pomme de terre et du mais pour amener les devises au Burundi . D’abord exportation vers ou ? Les pays limitrophes du Burundi produisent plus de haricots et de pomme de terre que nous ! Le mais de même. S’il y a une bonne production de ces denrées – il faut qu’on me le démontre- je m’en réjouis car les prix vont chuter.
    Et puis le Doing Business qui placerait le Burundi à la 164 eme position sur une liste de 190 pays en matière d’attrait des investissements! Ce n’est pas terrible et puis ce classement ne procure rien en termes d’apport de devises!
    Osons parfois dire la vérité et cessons de plaire à je ne sais qui . Ceci me rappelle ces déclarations bidons des responsables de police ou des porte parole comme ” Dans l’ensemble , la sécurité est bonne…” ou ” quelques groupes isolés de bandits armés ont attaqué une position militaire…” Et en l’occasion on met la main sur “une mitralleuse” . Hmm des bandits armés disposant d’une mitrailleuse!!!!

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