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Politique

Le Burundi à la croisée des chemins

27-10-2015

Un dialogue interburundais inclusif, qui répond, en partie, aux demandes de la communauté internationale, une volonté d’extradition de certains « dialogueurs », une mésentente avec la médiation…Bujumbura tiendra-t-il ses promesses ?

Valentin Bagorikunda veut les voir à Bujumbura

Valentin Bagorikunda veut les voir à Bujumbura ©Iwacu

Dans un document signé le 12 octobre 2015, mais rendu public le 20 0ctobre, le procureur général de la République demande l’extradition de 12 Burundais se trouvant sur le territoire belge.

Selon Valentin Bagorikunda, c’est dans le cadre de l’instruction du dossier RMPG 697/MA (ouvert à charge de ceux qui ont tenté de changer le régime constitutionnel en date du 13/05/2015).

Il demande au ministre de la Justice d’user de la voie diplomatique pour exhorter les autorités belges à extrader ces personnes recherchées par la justice burundaise.

En tête, viennent les défenseurs des droits de l’homme, Pacifique Nininahazwe, président du Forum pour la Conscience et le Développement (Focode), Vital Nshimirimana, président du Forum pour le Renforcement de la Société civile (Forsc) et Marguerite Barankitse, patronne de la maison Shalom.

Sur la même liste, des leaders politiques regroupés au sein du Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha et de l’Etat de droit au Burundi. Il s’agit d’Alexis Sinduhije, président du parti Msd, Chauvineau Murwengezo, président d’honneur de l’Upd, Pancrace Cimpaye, porte-parole de l’Adc (diaspora) et Catherine Mabobori, ancienne porte-parole à la première vice-présidence de la République.

Des frondeurs également du système Cndd-Fdd à l’instar de Gervais Rufyikiri, ancien deuxième vice-président de la République, Pie Ntavyohanyuma, ancien président de l’Assemblée nationale, d’Evariste Nsabiyumva, ancien directeur de cabinet au ministère de l’Intérieur et Félix Ndayisenga, ancien ambassadeur du Burundi en Belgique. L’ancien ministre de la Défense nationale, Pontien Gaciyubwenge est également concernée par cette mesure du 12 octobre 2015.


Réactions :

Cnared : « Prolongement de la répression »

Jérémie Minani

Jérémie Minani

« Cette requête du Procureur Général de la République du Burundi s’inscrit dans le prolongement d’une vaste campagne de répression des leaders de l’opposition et de la société civile opposés au 3ème mandat de Nkurunziza », réagit Jérémie Minani, porte-parole du Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha et de l’Etat de Droit au Burundi (Cnared). Une preuve également que le pouvoir ne veut pas un dialogue inclusif pour mettre fin au chaos occasionné par ce 3ème mandat. Ainsi, le Cnared compte approcher les autorités Belges pour leur demander de ne pas coopérer avec Bujumbura. M.Minani rappelle que cela a été fait lorsque le pouvoir ‘’illégal’’ a demandé à l’Interpol d’arrêter certains membres du Cnared.

Uprona : « Saboter le dialogue en vue »

Tatien Sibomana

Tatien Sibomana

« Il s’agit d’une fuite en avant pour estropier les négociations en vue », déclare Tatien Sibomana, cadre de l’Union pour le Progrès national (Uprona), aile dirigée par Charles Nditije et non reconnue par Bujumbura. Selon lui, la demande du Procureur général de la République est invalide parce qu’elle ne précise pas l’infraction qui pèse contre ces différentes personnalités. Tous les opposants en exil ne peuvent pas être mis dans un même sac. M. Sibomana donne l’exemple de Pie Ntavyohanyuma, ancien président de l’Assemblée nationale, exilé après avoir aidé le Cndd-Fdd à remplacer les démissionnaires de la Ceni ou de la Cour constitutionnelle. C’est donc une preuve que la justice est inféodée à l’exécutif. Cet opposant reste convaincu que la Belgique ne prendra pas en compte cette demande.
Car, rassure-t-il, ce pays est au courant des injustices, des violations des droits humains, des assassinats ciblés, etc, dont est victime le peuple Burundais.

Bujumbura en quête du soutien de l’UA pour traquer les putschistes

Philippe Nzobonariba

« Le gouvernement attendait de l’UA l’appui nécessaire pour que les auteurs de putsch manqué du 13 mai, en fuite, soient extradés et jugés », lit-on dans une déclaration de ce mardi 20 octobre, signée par Philippe Nzobonariba, secrétaire Général et porte-parole du gouvernement. Un soutien jugé indispensable pour traquer également les instigateurs de l’insurrection qui ont enrôlé des enfants dans les violences armées. Bujumbura rappelle que cette infraction est considérée comme un crime contre l’humanité partout dans le monde. Une fois extradés, le gouvernement leur garantit un procès équitable.


Dialogue interburundais : entre inclusif et exclusif

Le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine a notamment demandé la convocation rapide d’un dialogue, à Kampala ou à Addis-Abeba, impliquant tous les acteurs burundais, y compris ceux qui se trouvent à l’extérieur du pays.

Le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine a notamment demandé la convocation rapide d’un dialogue, à Kampala ou à Addis-Abeba, impliquant tous les acteurs burundais, y compris ceux qui se trouvent à l’extérieur du pays.

En demandant l’extradition d’une douzaine de Burundais se trouvant en Belgique, le gouvernement burundais semble nager à contre-courant d’un dialogue politique inclusif préconisé par l’Union Africaine.

Le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine a pris position sur la situation au Burundi, le 17 octobre dernier. Il a notamment demandé la convocation rapide d’un dialogue à Kampala ou à Addis-Abeba, impliquant tous les acteurs burundais, y compris ceux qui se trouvent à l’extérieur du pays. Une position soutenue par les Nations Unies, l’Union européenne, la Belgique, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

A Bujumbura, la réaction est mitigée. Pour le ministre des Relations extérieures et de la Coopération internationale, Alain Aimé Nyamitwe, « on est en droit absolument de se poser la question de savoir si cette décision n’a pas été dictée ou inspirée tout au moins d’ailleurs. » Il accepte ce dialogue, mais précise que le choix de la ville doit être négocié : « Nous sommes prêts à rencontrer tous les Burundais, qu’ils soient au Burundi ou à l’étranger, pourvu que le but recherché soit la paix. Nous sommes absolument désolés qu’on impose une ville. Ça ne se fait pas. Parce qu’ici, même la ville est objet de discussions, de négociations. »

De son côté, le Cnared (Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha et de l’Etat de Droit au Burundi) se réjouit de cette décision de l’UA. Il soutient sans réserve la proposition de négociations inter-burundaises sous la médiation du président Yoweri Museveni à Kampala ou à Addis-Abeba et auxquelles il se dit prêt à participer activement.

Alain Aimé Nyamitwe : « Ce qui se fait sans nous, se fait absolument contre nous. »

Rendez-vous à Kampala…

Kampala annonce la reprise de ce dialogue en novembre 2015 dans la capitale ougandaise. Selon le porte-parole du gouvernement ougandais, des réunions préparatoires en vue d’établir une liste de participants sont en cours depuis lundi 19 octobre. Pourtant, Bujumbura se dit surpris, d’autant plus que le gouvernement burundais a contacté la médiation ougandaise qui n’a pas évoqué lesdites réunions. « Nous avons toujours voulu travailler dans la transparence. Ce que nous faisons au niveau interne doit être le plus large et le plus inclusif possible, y compris avec les gens à l’étranger. Mais cela se fait sans cachoteries » a souligné le patron de la diplomatie burundaise, avant d’ajouter : « Ce qui se fait sans nous, se fait absolument contre nous. » Et dans la foulée, le procureur général de la République a demandé l’extradition de certains Burundais qui se trouvent en Belgique pour être jugés au Burundi.


>> Analyse

Une volonté gouvernementale démentie par la tactique

La bonne foi du gouvernement burundais quant à ce dialogue inter burundais inclusif semble n’être qu’une vue de l’esprit. En effet, dans un communiqué vraisemblablement antidaté du 12 octobre 2015, rendu public au lendemain de cette position de l’Union Africaine, le procureur général de la République a demandé au ministre de la justice de demander, par voie diplomatique, l’extradition d’une douzaine de Burundais qui sont en Belgique. Or, la majorité de ces personnes visées par Valentin Bagorikunda sont des membres du Cnared. A se demander avec qui le régime Nkurunziza va dialoguer si demain dialogue il y a.

Bujumbura veut-il réellement exclure l’opposition qu’il qualifie de radicale de ce dialogue politique inclusif ? L’hypothèse la plus probable est que Bujumbura veuille surenchérir avant même de dialoguer. En effet, en demandant une extradition inacceptable pour les autorités belges compétentes – elle vise une partie au dialogue -, le régime burundais compte obtenir une contrepartie. Et pourquoi pas la levée de la mesure de suspension des projets de coopération avec le gouvernement burundais par la Belgique. En ce cas, le gouvernement burundais et le parti au pouvoir devraient renoncer à leur rhétorique anti-belge en vogue depuis quelques jours…

  16   Vos commentaires
  1. hat

    La plupart des questions doivent être résolues par la voie du dialogue mais personne ne peut enfreindre une règle fondamentale pour en rediscuter. Je ne pense pas que la communauté internationale nous aide en ne se prononçant clairement contre le 3e mandat. La loi est claire et suffisante. Ce sont les contorsionnements de certains qui ont fait espérer à certains de passer outre la loi. Ces négociations interminables nous coûteront cher alors que nous sommes les plus pauvres de la planète. Certains disaient :tunasonga mbele.

  2. Le CENARED represente les interets Belges kandi nta Dialogue bakwiye kuronka kuko bahenze abana bata amashure birirwa guturira abantu hamwe n’ibintu hamwe nogutera za grenades. Leur place c’est la prison seulement kandi bitebe bitebuke bazotaha hama tubabaze ico bamariye uburundi uretse kwirirwa bavuga nabi igihugu cabavyaye. Quelle honte?

  3. Verite Guess

    Mais bien sur que le gouvernement de Bujumbura veut exclure l’opposition, la Societe Civile et toute personne opposee au 3em mandat. C’est clair et c’est net. Seulement, may question est de savoir avec qui Nkurunziza et son gouvernement vont negocier. Normalement, on negocie avec une personne dont on n’est pas d’accord sur certaines choses. On negocie justement pour trouver un terrain d’entente, un voie de sortie et un cadre de collaboration . N’est-ce-pas? Qu’ils ne nous disent surtout pas que Rwasa et Concilie representent l’opposition. Personne ne va y croire, car Concilie Rwasa et leurs adeptes sont entierement d’accord avec Nkurunziza et sur toute la ligne.

    • nunu nado

      Rwasa et Concilie n’ont pas besoin de negociation. Ils ont eu ce qu’ils voulaient.
      « On ne parle pas la bouche pleine ».

  4. Jean-Paul

    Nyamitwe wéé, erega finalement wewe ntibakubwira vyose, uragabe, ouvre tes yeux. Dans la politique, il faut s’ajuster, ntuze ube nka les Bazombaza, largué comme un choux pourri. La saison ya foircing yaheze, ubu FUNGUWA MACO niwaba ushaka kuba efficace. Peter est imprévisible, tu l’as toi-même remarqué.

  5. Jambo

    Monsieur Tatien Sibomana a relevé un petit indice dans les mandats d’extradition.En effet,comment tout ce beau monde se retrouve t il dans le même dossier?Pour rappel,les ténors du cndd fdd sont arrivés au Burundi avec une immunité provisoire en poche et une garde rapprochée sud-africaine.Les leaders du CNARED,présumés innocents,pourraient rentrer de la même manière que leurs prédécesseurs ou rentrer en triomphe, sait-on jamais.

  6. Inyankamugayo

    « Et pourquoi pas la levée de la mesure de suspension des projets de coopération avec le gouvernement burundais par la Belgique. En ce cas, le gouvernement burundais et le parti au pouvoir devraient renoncer à leur rhétorique anti-belge en vogue depuis quelques jours… »

    Les africains! Tantôt, vous dites que les colonisateurs ont volé vos richesses, tantôt qu’ils vous ont enseigné la haine ethnique et en même temps vous leur tendez toujours une main mendiante. Les belges nous ont arraché nos héros d’indépendance.

    • l'histoire est en marche

      None Nkurunziza yakoze iki iyi myaka yose amaze ku butegetsi kugira tureke gusegerereza? Rapport iherutse gusohoka ya FMI ivuga ko turi igihugu ca mbere gikenye kw’isi, FMI nyene ibandanya ivuga ko tuzogira récession ya 7.2% uyu mwaka. Voilà le bilan économique de Nkurunziza. Canke na FMI ikorera ku mabwire ya opposition na société civile hahahaha…

      • nunu nado

        Il a bati les ecoles, la nouvelle presidence, le palais a Ngozi. Il a plante les ananas, les avocats…..et il a enseigne la parole de Dieu.
        Vous ne voyez pas qu’il a travaille fort.

  7. C’est un dialogue inter-Burundais seulement. Le CNARED ne represente pas tous les Burundais .

    • magufuri

      Ce n’est pas non plus Nkurunziza qui représente les burundais , il n’ en représente qu’une partie

      • nkuba

        Pourqoui avoir alors recouru a un coup d’état au lieu d’aller aux elections si l’autre parti etait representative des burundais?

      • Je n’ai pas mentionne Nkurunziza. ces opposants radicaux devraient comprendre maintenant que c’est le peuple qui va definer les lignes directrices de notre societe. Non pas une poignee de gens corrompus par ces Occidentaux. Dans le dialogue inter-Burundais et non pas inter-policiticiens , le peuple va s’approprier de son destin.

        • Baobab

          @Pepe
          « Non pas une poignee de gens corrompus par ces Occidentaux.  »
          Dommage que les corrompus ne soient pas que d’un côté!
          Nos ancêtres disaient avec pertinence: « akari mu mpene niko kari mu ntama »! Ce qu’on retrouve chez la chèvre se retrouve décidément aussi chez le mouton!
          Sinon nous n’en serions pas là où nous en sommes!

    • nunu nado

      Ils sont burundais je suppose, « dialogue inter-burundais »

  8. MANA

    M.MUGABARABONA m’excusera de reprendre ce qu’il a dit « Si nos politiciens passent par Paris, qu’ils quittent leur hôtel et le bistrot pour aller voir l’exposition Beauté Congo. Surtout qu’ils admirent le tableau « LES PARLE MENTEURS DES PARTIS POURRITIQUES ». »

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