Politique

La messe de Kayanza est-elle dite ?

13/08/2018 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur La messe de Kayanza est-elle dite ?
La messe de Kayanza est-elle dite ?
Des leaders politiques présents à Kayanza.

« Musumba Hôtel » de Kayanza a abrité la signature d’une « feuille de route » pour les élections de 2020 qui est loin de faire l’unanimité.

D’abord, un constat : les forces politiques en présence à Kayanza, pèsent-elles vraiment sur l’échiquier politique burundais ? Certes, 22 partis politiques sur les 32 agréés ont répondu à l’invitation du gouvernement. Une bonne participation apparemment.

Mais la question que tout observateur de la politique se pose  est l’impact, l’importance et la représentativité de toutes ces formations. En d’autres mots, combien pèsent-elles sur l’échiquier politique ? Pour rappel, lors des présidentielles de 2015, l’Uprona a eu 2,4 % des suffrages obtenus, le FNL de Jacques Bigirimana 1,01%, la COPA de Jean de Dieu Mutabazi 0,16%. Mis à part le parti de l’Aigle, les autres partis sur place pèsent peu sur la balance. Ceux qui mettent en avant « le nombre élevé » de partis présents pour la signature de cette feuille de route le font pour des raisons strictement politiques.

Florilège de quelques déclarations

A Kayanza, la balance penchait donc d’un seul côté. Mieux, tous ou presque ont parlé le même langage. A Kayanza « Ils parlent tous le langage «  DD » disait avec humour un politicien. C’est vrai que l’unanimité était de mise. Du secrétaire général du parti Uprona, Olivier Nkengurutse, au président du parti FNL, Jacques Bigirimana, en passant par des politiques à l’image d’Alice Nzomukunda, Jean de Dieu Mutabazi ou encore Kefa Nibizi…. Aucune divergence notable sur les grandes questions de l’heure.

Mais à Kayanza, une petite voix s’est élevée pour refuser, dénoncer, dire non. Un certain Phenias Nigaba, porte-parole du Sahwanya Frodebu.

Il a porté le poids de toute l’opposition. Il a déploré que ce document ait été discrètement préparé à l’avance, « On ne sait pas par qui. Et les acteurs politiques ont été exclus, comment voulez-vous que mon parti cautionne ça. » Cette voix dissonante a par ailleurs opté pour la non-signature, qualifiant la session de Musumba de non consensuelle.

En refusant de signer « la feuille de route », le Frodebu rejoignait la position des ténors de l’opposition interne qui n’avaient même pas pris la peine de se rendre à Kayanza. Le parti MRC et la coalition Amizero y’Abarundi avaient dénoncé dans un communiqué de presse « un forcing ne visant qu’à court-circuiter le dialogue externe mené par la facilitation et la médiation de la sous-région. » Pour eux, il est hors de question de contribuer à l’avortement du processus de dialogue sous la houlette de Mkapa.

En tout cas, le parti Sahwanya Frodebu a le mérite d’avoir pris part à la session et de protester sur place. Phenias Nigaba a assuré que son parti avait en horreur la pratique de la chaise vide et privilégier le dialogue.

Le maître des cérémonies, le ministère de l’Intérieur, n’a pas invité l’opposition en exil. C’est le contraire qui aurait surpris. Le Cnared a toujours été taxé par le gouvernement d’organisation belge non reconnue par le gouvernement.

Au final, nous avons une « feuille de route » élaborée par le parti au pouvoir en partenariat avec « son » « opposition ». La couleur de ces élections est déjà annoncée avec ce document déjà décrié, non consensuel qui est censé régir le grand rendez-vous des élections de 2020.

Interrogé, l’ancien président Ntibantunganya est pessimiste : « L’histoire du Burundi m’a appris que lorsqu’on veut régler une crise, il faut absolument s’assurer que tous les protagonistes sont associés.» Selon Sylvestre Ntibantunganya, il faut donc engager les opinions qui pèsent pour avoir une feuille de route crédible. Sinon le risque d’un échec est énorme.

Déception également du leader de la coalition Amizero y’Abarundi. Pour Agathon Rwasa, la priorité n’était pas cette « feuille de route ». Il y avait, d’après lui, d’autres questions à vider, notamment l’ouverture de l’espace politique, cette « Constitution qui favorise les uns et discrimine les autres, etc. »


Quelle marge de manœuvre pour la facilitation ?

La facilitation prépare un prochain round des pourparlers

Depuis quelques semaines, les facilitateurs tanzaniens s’activent pour convoquer un prochain round des pourparlers. Le problème : à l’agenda de Benjamin Mkapa figurait justement un débat sur « une feuille de route » pour les élections de 2020. Bujumbura semble avoir pris de vitesse Arusha pour que justement lors de la reprise du dialogue « la feuille de route » soit déjà actée.

Kayanza est donc « un bon tacle » sur la facilitation. Car comment Mkapa pourra-t-il remettre sur le tapis une question « épuisée par 20 partis politiques, » l’opposition comprise sans s’attirer les foudres de du CNDD-FDD ?  Car pour Bujumbura, concernant « la feuille de route », la messe a été dite à Kayanza. Elle ne sera pas redite à Arusha.

« Pourquoi aller chercher une feuille de route à l’extérieur du pays quand on peut la confectionner nous-mêmes ici ? » entendait-on à Kayanza. Allusion, à peine voilée du dialogue, menée par la facilitation de Mkapa.
Le patron du Cndd-Fdd a d’ailleurs déclaré que des sujets déjà débattus sur place ne pourront plus être abordés à l’extérieur. « Tuna songa mbele ». (Nous avançons) disaient fièrement des membres du Cndd-Fdd.

Pour le parti au pouvoir, la feuille de route pour les élections de 2020 a été donnée. La question a été « discutée », affaire classée.

A ce stade, que peut faire encore l’opposition, la véritable opposition, pour faire entendre sa voix ? Se mettre au pas et suivre la feuille de route et la cadence imposée par le pouvoir en place ? Jouer encore la chaise vide comme en 2010 ? L’opposition interne continue à dénoncer des actes de violence à répétions subies par ses membres.

L’opposition en exil vient de traverser des mois à gérer des guéguerres intestines et s’essaie actuellement à la réunification, pour espérer se mettre en ordre de bataille pour 2020.

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