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Droits Humains

La fin d’Iteka…

09-01-2017

Presque 26 ans après sa création, la Ligue Iteka vient d’être radiée par le ministère de l‘Intérieur, suscitant indignation et crainte dans une certaine opinion.

Anschaire Nikoyagize: « Nous n’allons pas renoncer à notre mission. Nous nous y sommes préparés et nous allons continuer à travailler dans la clandestinité. »

Anschaire Nikoyagize: « Nous n’allons pas renoncer à notre mission. Nous nous y sommes préparés et nous allons continuer à travailler dans la clandestinité. »

« La Ligue Burundaise des Droits de l’Homme « Iteka » est définitivement radiée de la liste des ASBL œuvrant au Burundi. » Tel est le libellé de l’ordonnance du ministère de l’intérieur du 21 décembre dernier. Selon cette ordonnance, l’association susvisée n’a pas cessé ses agissements pour lesquels elle avait été suspendue provisoirement. Pour le ministère de l’Intérieur, la ligue Iteka est suspendue définitivement parce qu’ « elle est récidiviste dans son action de ternir l’image du pays et de semer la haine et la division dans la population. » Une décision qui a suscité beaucoup de réactions, cette ligue étant la doyenne des organisations œuvrant pour le respect des droits humains au Burundi.

Depuis la publication en novembre dernier d’un rapport co-écrit avec la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) qui accusait le gouvernement de graves violations de droits humains, cette ligue était dans le collimateur du pouvoir. Suspendue provisoirement, elle n’a pas cessé de dresser chaque semaine la situation des droits de l’homme au Burundi.

Pas du tout surpris par cette décision, Anschaire Nikoyagize, président d’Iteka qui vit en exil, ne baisse pas les bras: «Nous n’allons pas renoncer à notre mission. Nous nous y sommes préparés et nous allons continuer à travailler dans la clandestinité.»

Pour lui, il est clair que le pouvoir de Bujumbura veut continuer ses exactions sans témoin : « Je tiens à rassurer que cette radiation ne va pas handicaper la mise en œuvre de notre mission d’informer même si le degré de menace augmente. »

Indignation…

« Nous demandons au gouvernement de revenir sur sa décision et de reconsidérer aussi les restrictions imposées à d’autres organisations de défense des droits de l’Homme et de la société civile sanctionnées depuis trois mois » a indiqué, dans un communiqué de presse de ce 4 janvier 2017, Farhan Haq, le porte-parole adjoint de l’ONU. Selon ce communiqué, « cette ONG, active depuis 1991, accomplit un travail essentiel pour surveiller et documenter les violations des droits de l’Homme commises au Burundi, un pays où la situation dans ce domaine est précaire. » Les NU sont, souligne ce communiqué, très déçues de la décision du gouvernement burundais.

« Il est évident qu’il s’agit d’une mesure de représailles. C’est en radiant la plus ancienne des organisations de défense des droits humains du Burundi que l’on ternit l’image d’un pays et non en attirant l’attention de la communauté internationale sur les exactions qui y sont commises », a déclaré Dimitris Christopoulos, président de la FIDH. Pour cette fédération, cette radiation est « une décision absurde et funeste ». Elle condamne ce nouveau coup porté à la société civile burundaise et appelle les autorités à mettre un terme à leur interminable campagne de harcèlement et de musellement des défenseurs des droits humains.

« En achevant de museler les ONG les plus reconnues pour leur travail de défense des droits humains, le Gouvernement burundais tente d’isoler encore plus la population burundaise qui continue de subir les pires violations », a ajouté Gerald Staberock, secrétaire général de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).


Des difficultés au début et à la fin…

Doyenne des organisations de défense des droits humains, la Ligue Iteka a été créée dans un environnement hostile. Un de ses membres fondateurs, sous anonymat, revient sur les débuts difficiles de cette organisation.

« Nous étions des jeunes qui voulions changer les choses » (De gauche à droite : Chrisostome Harahagazwe, Pontien Karibwami, Eugene Nindorera, Alphonse Rugambarara, Melchior Ndadaye, Antoinette Batumubwira).

« Nous étions des jeunes qui voulions changer les choses » (De gauche à droite : Chrisostome Harahagazwe, Pontien Karibwami, Eugene Nindorera, Alphonse Rugambarara, Melchior Ndadaye, Antoinette Batumubwira).

« La création de la ligue Iteka a été la conséquence d’une conjonction de plusieurs choses. C’est d’abord les événements de Ntega et Marangara en 1988. A partir de là, il y a à la fois un phénomène de contestation et un pouvoir qui se rend compte que, s’il ne s’ouvre pas un tant soit peu, la situation peut lui échapper et éclater », indique I.N.

La Ligue Iteka a été créée en 1991 et agréée officiellement par l’ordonnance N° 550/029 du 6 février 1991. Dans un premier temps, se souvient I.N., la diaspora hutu avait un mouvement émergeant, UBU, au Rwanda, donc pratiquement au Burundi. Ses membres disaient qu’il faut contribuer au changement, pacifiquement et de l’intérieur. «Ils ont commencé à envoyer très rapidement des gens au Burundi pour travailler dans les structures du parti unique, l’Uprona, pour comprendre et savoir par où passer. Mais aussi et surtout pour attirer les Tutsi dans leur mouvement. »

Une autre étape de cette volonté de changement fut la créationde l’ACCB, Association Culturelle pour le Progrès au Burundi, par des personnes de divers horizons, politiques et ethniques. I.N. se souvient notamment de Jean Baptiste Manwangari, Dr André Birabuza, Gilles Bimazubute, Pontien Karibwami, Melchior Ndadaye, Antoinette Batumubwira, Chrisostome Harahagazwe, Eugène Nindorera, Jean Marie Ngendahayo,…. Cette association avait pour but de débattre des grandes questions de l’heure, sans complexe ni préjugés. Notamment la question de la diaspora burundaise, hutu. Une mésentente pousse certains membres de l’ACCB à claquer la porte de cette association. C’était l’échec d’une première tentative.

Une volonté de changement

Ceux qui partent restent en contact pour discuter. Après la formation du premier gouvernement d’union nationale, le 1er ministre Adrien Sibomana annonce que le gouvernement va appuyer toute initiative qui consiste à renforcer les valeurs des Droits de l’homme. Le groupe décide de sauter sur cette occasion et de créer une ligue des droits de l’Homme. Parmi le noyau figurent Melchior Ndadaye, Eugène Nindorera, Léonard Nyangoma, Antoinette Batumubwira, Jean Marie Ngendahayo, Chrisostome Harahagazwe. « Si on veut créer une ligue et qu’on se positionne nous-mêmes, on risque de nous casser les reins », s’inquiètent-ils. Ils décident d’associer certains prélats de l’Eglise catholique du Burundi qu’ils jugent modernes. Ils s’accordent tous sur Mgr Bernard Bududira, et les premières réunions hebdomadaires commencent dans les locaux des presses Lavigerie.

Mgr Bududira épouse aussitôt l’idée et le groupe commence à travailler très systématiquement. Sur les statuts, les grandes valeurs à défendre, la philosophie de l’action, etc. Au moment de chercher l’agrément, Mgr Bududira décide de se retirer et propose Mgr Simon Ntamwana pour le remplacer. « Le groupe, d’abord réticent au départ à l’égard de ce prélat qu’il ne connaissait pas, finit par l’apprécier beaucoup car il est très engagé », se rappelle I.N. Au moment d’élire le président de la Ligue Iteka, certains sont pour Eugène Nindorera, d’autres pour Mgr Ntamwana. Le groupe décide que les deux favoris se concertent et c’est le prélat qui en sort gagnant. Mais dans la réunion suivante, Mgr Ntamwana leur annonce que le nonce apostolique, Pietro Sambi, voudrait d’abord les rencontrer.

Un gouvernement réticent

Dans une réunion de la ligue Iteka. Assis au premier rang, Gilles Bimazubute (3ème à partir de la gauche), assis derrière lui, Juvénal Ndayikeza, et Philippe Nzobonariba (2ème à partir de la droite).

Dans une réunion de la ligue Iteka. Assis au premier rang, Gilles Bimazubute (3ème à partir de la gauche), assis derrière lui, Juvénal Ndayikeza, et Philippe Nzobonariba (2ème à partir de la droite).

Le représentant du saint siège au Burundi leur dit qu’il est hors de question que le président de la ligue soit un membre de l’église, car celle-ci doit jouer un rôle d’arbitre sans parti pris. Les membres de la ligue lui expliquent qu’elle veut être un foyer de neutralité par excellence, et défend les valeurs chrétiennes à peu de choses près, mais l’ambassadeur du Vatican reste intransigeant. La ligue dépose donc son dossier d’agrément avec comme président Eugène Nindorera.

Le ministère de l’Intérieur, dirigé par François Ngeze à l’époque, tarde à agréer la ligue Iteka. Le gouvernement la trouve dangereuse, d’autant plus qu’elle a commencé à travailler avant son agrément, notamment en suivant les dossiers des prisonniers politiques. En effet, devançant Bujumbura, la fédération internationale des droits de l’Homme, FIDH, section Paris, a déjà agréé la Ligue Iteka. « Soit dit en passant, la collaboration entre la ligue et la FIDH est une histoire qui date de très longtemps et non pas du dernier rapport de la fédération condamnée par le gouvernement », souligne I.N. « Une des premières actions menées par la ligue Iteka est la traduction de la Déclaration universelle des Droits de l’homme en kirundi, et sa distribution dans les prisons du Burundi », indique, fièrement, I.N. Mais le ministère de l’Intérieur refuse d’agréer la ligue Iteka tant qu’il n’y en a pas d’autres. « Le gouvernement suscite donc la création d’une autre ligue, Sonera, dont les membres sont plus âgés que ceux de la ligue Iteka, et peut-être plus proches du pouvoir. Sonera est d’abord agréée, ensuite Iteka.»

Un certain parallélisme…

Dans une autre réunion de la ligue, on reconnaît Léonard Nyangoma (bras croisés) et le journaliste Mujiji (avec un carnet ouvert).

Dans une autre réunion de la ligue, on reconnaît Léonard Nyangoma (bras croisés) et le journaliste Mujiji (avec un carnet ouvert).

Mais la ligue continue son bonhomme de chemin. C’est ainsi qu’elle commence à s’occuper des dossiers des maisons spoliées dans certaines localités du sud du Burundi à des veuves de 1972 par des fonctionnaires ou le gouvernement. Iteka commence à acquérir ses lettres de noblesse, et beaucoup de personnes de différents horizons s’en remettent à elle.

Parallèlement au travail de la ligue Iteka, le vent de la démocratisation souffle. Certains membres de la ligue, anciens membres d’Ubu (Melchior Ndadaye, Léonard Nyangoma, Pontien Karibwami, Richard Ndikumwami…) avaient déjà créé clandestinement le parti Frodebu et sautent sur l’occasion pour l’officialiser. Ils décident alors, sur le plan éthique, de quitter la ligue, pour s’occuper du parti Frodebu. « Mais la réalité est autre. Il advient progressivement un phénomène d’entrisme des membres de l’Uprona et des autres partis politiques dans la Ligue Iteka, accusée d’être « frodebiste ». La ligue perd ainsi de sa pugnacité et sa neutralité pour être presque à la solde du pouvoir. » Elle reste dormante durant plusieurs années et ne se réveille qu’avec la période de démocratisation d’après Arusha. La ligue retourne alors dans les mains des personnes qui veulent réellement se battre pour de véritables valeurs des droits de l’Homme sans s’intéresser à la politique. « A l’époque nous étions des jeunes qui veulent en finir avec le système du parti unique pour un nouvel ordre fondé sur des valeurs basées sur les droits humains. C’est comme cela que je considère la nouvelle direction de la ligue Iteka, il existe un certain parallélisme. C’est bizarre que cette ligue soit radiée au profit d’autres organisations qui ne font rien, un peu comme à notre époque avec Sonera. »

  18   Vos commentaires
  1. Nahayo C.

    Je remercie Monsieur Edouard Madirisha pour ce riche article plein de beaucoup de révélations. Ce que j’ai retenu de cet article est le suivant:
    Ligue des Droit de l’Homme ITEKA a eu un bon début quand les membres fondateurs l’ont créée avec une ferme volonté de défendre la dignité humaine. Malheureusement, quelques temps après sa création, les vrais leaders de cette ligue l’ont quitté pour se consacrer à la politique, laissant l’espace ouvert à un nouveau leadership pro-Buyoya qui s’y étaient infiltré. Elle devint passive, impartiale est ethniquement penchant. La phrase « la ligue perd ainsi de sa pugnacité et sa neutralité pour être presque à la solde du pouvoir [de l’époque] » en dit long. Ainsi, les questions importantes comme celle les terres et maisons des hutus spoliées lors de la crise de 1972 sont tombées dans les oubliettes. Même au moment de l’assassinat de leurs anciens collègues (Melchior Ndadaye, Pontien Karibwami, Richard Ndikumwami…pourtant membres fondateurs de la ligue), cette ligue a gardé un silence complice et n’a pas dénoncé les auteurs de ces barbaries. Il a fermé les yeux aux atrocités commises par l’armée de l’époque et les milices Sans Echecs.
    La ligue ITEKA revenu en force quand les hutus ont repris le pouvoir (2005) [cfr la phrase » Elle reste dormante durant plusieurs années et ne se réveille qu’avec la période de démocratisation d’après Arusha »]. Mais il revient, cette fois-ci, avec un agenda caché: celui de contribuer à la destitution de ce pouvoir hutu. Sa tendance pro-Buyoyiste n’a jamais cessé. Des rapports mensongers, tendancieux, biaisés et ethniquement penchants sont produits pour déstabiliser le pouvoir de Nkurunziza. En plus, il était devenu instruments des politiciens soifs du pouvoir jusqu’à sa radiation.

    En conclusion : La Ligue ITEKA est mort quelques jours après sa création quand les personnalités qui l’avait créée et qui avaient la « volonté de changement » l’ont quittée pour se consacrer à la politique. En ce moment, la Ligue ITEKA originale s’est métamorphosée pour défendre, non pas les droits de l’homme, mais les intérêts sectaires. La ligue Iteka n’a pas été radiée, elle s’est effacée elle même par ses actions.

  2. Verstehen

    On peut informer et dénoncer, sans toute fois créer des buzz ,exagérer ,instrumentaliser ou stéreotyper. Je crois que c’est ce qui maintient Iwacu hors de la mélée,dis moins jusqu’ici.

  3. Micombero

    Iteka etait une association credible quand les Hutus etaient encore membres. Mais, quand Elle est devenue monoethnique, Elle a ete une pure association tres politisee et manipulee par les politiciens sans assise politique.

    • Ntazizana

      Il ya beaucoup de hutu membres de la ligue iteka. Il ne faudrait pas écrire des conneries.

  4. Congo

    Courage mr Nikoyagize , ils veulent réprimer sans qu il y ait de témoins. Ils ont fermé tous les médias indépendants ,mis en exil toute la société civile, sont contre toute médiation international qui n est pas complaisant avec eux. Pourtant ils savent très bien que l on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. Oui ils ont eu les officiers des ex fab ,eux qui avaient la cupidité d amasser des millions. Mais à coup de millions ils achèteront tout le monde ? Quel peuple ?

  5. Inyankamugayo

    Je conseillerait aux hommes et aux femmes dignes du nom qui veulent s’occuper des questions de droit de l’homme de se défaire avec les gens de mauvaises intentions ou des gens qui ont des propos calomniateurs. Les gens comme Maggy, Ntibantunganya qui acceptent de collaborer avec les Sinduhije et son clic ont diamétralement dévié à leur mission de notable! Il faut jouer la carte neutre et le médiateur comme un parent qui se met centre pour trancher les chicanes entre ses enfants. Maggy B. est allé plus loin en insultant le Président de la République en disant qu’il est possédé. Ntiba voulait acharnement se joindre aux manifestant qui brulaient les gens vifs n’eut été sa vieillesse. Comme umukozi w’Imana ou notable, ces gens devraient s’appuyer sur la parole de Dieu pour mieux réussir leur colis de réconciliateur:

    « Une réponse douce calme la fureur, Mais une parole dure excite la colère.
    La langue des sages rend la science aimable, Et la bouche des insensés répand la folie. » Bible, Proverbes 15:1-2

    « …ceux surtout qui vont après la chair dans un désir d’impureté et qui méprisent l’autorité. Audacieux et arrogants, ils ne craignent pas d’injurier les gloires,… » Bible, 2 Pierres 2:10

    Que les notables et ceux qui craignent Dieu agissent selon la volonté de Dieu.

  6. Kiranga Pierre Bacamurwanko

    Eeeee, Iteka iyo ryame n’ est pas le langage de Peter. Ca me rappelle la suppression de la JRR pour la remplacer avec UJRB!
    La nouvelle generation de Iteka s’appelle Peter et associes.
    Tolerance 0 s’applique a tous ceux qui tripotent dans les affaires sans qu’il soit dedans. Allelua, Imana ishimwe.

  7. Fofo

    Depuis sa création, la ligue Iteka était le modèle réussi de toutes les ASBL avec un leadership bien construit. A mon avis, elle était presque la seule organisation de Droit de l’Homme qui, dans ses publications, ses rapports étaient toujours équilibrés et impartiaux mais depuis le début de cette crise elle avait complétement changé. J’ai personnellement était étonné quand j’ai entendu que la Ligue Iteka avait cautionné un rapport qui affirme que le Burundi est au Bord d’un Génocide! Certes, au Burundi, il y a une crise qui a déjà causés des milliers des victimes mais c’est purement loin comparable à la situation du Rwanda de 1994. Comment une Organisation crédible comme la Ligue Iteka puisse tomber dans tel piège??? Peut être que son Leadership n’était plus fondé sur les bases de Ndadaye ou de Nindorera! Cela n’est pas du tout étonnant car l’UPRONA d’aujourd’hui n’est plus celle de Rwagasore et le FRODEBU d’Aujoud’hui n’est plus celui de Ndadaye.

    S’agissant de la décision de Mr Anschaire Nikoyagize de continuer à travailler dans la clandéstinité, je pense que ce n’est pas une bonne décision. Je lui conseillerais plutôt de ne pas se laisser manipuler ou se laisser dominer par ses sentiments! Il doit être fort et résister sagement. Au de faire un bras de fer, mieux serait d’évaluer ses rapports. S’il trouve qu’il y aurait des erreurs commises peut être dans la collecte d’information, il faudra les reconnaitre et demander pardon. L’erreur est humaine. Ou bien il pourra réclamer la reconsidération de la décision du Ministère par voie de consensus, diplomatique et/ou judiciaire.

    • Inyankamugayo

      Bon conseil Fofo!

    • Knz

      Par la voie judiciaire? Ah oui je vois encore des burundais qui croient en leur justice..courage fofo!

  8. jean

    Tout simplement la Ligue Iteka a été kidnappée et a dévié de sa mission.

  9. dodo

    enfin!!!!! ouffff quelle bonne nouvelle

    • roger crettol

      Faut-il comprendre « silence, on tue » ?

      • abruzi

        Non mr Roger.il faut comprendre : « un menteur en moins ! »

        • roger crettol

          Une vérité désagréable ne peut sortir que de la bouche d’un menteur. Tout le monde le sait.

          JerryCan

    • Yves

      @Dodo : un contre-pouvoir authentique, créé par des Burundais pour les Burundais, vient d’être rayé de la carte. Il n’y a que les affidés sans cervelle du gouvernement pour y voir une bonne nouvelle…

  10. Athanase Karayenga

    Chers amis,

    Permettez-moi de compléter ce rappel de la genèse de la Ligue Iteka, avec un fait historique qui peut aider à comprendre le contexte dans lequel la doyenne des ONG qui luttent pour le respect des Droits Humains au Burundi est née en 1991.

    Comme il est indiqué dans le texte, la guerre civile de Ntega – Marangara qui éclate le 15 août 1988, constitue effectivement, l’arrière fond historique qui permet de comprendre cette époque où le panorama politique burundais a basculé dans une ère véritablement nouvelle et inattendue.

    Parmi les éléments de gestion de cette crise brusque et aiguë qui éclate presque un an après son premier coup d’Etat en septembre 1987, Pierre Buyoya, à ma suggestion, a autorisé Boneka, une agence de communication extérieure du Burundi basée à Paris et dont j’assurais la gestion, à organiser un colloque à Bujumbura en octobre 1989.

    Ce colloque, inédit et audacieux dans ses objectifs, s’inscrivait dans le cadre de la commémoration de la Déclaration Universelle des Droits Humains et de l’anniversaire de l’Unesco qui fêtait ses 40 ans.

    Le titre du colloque organisé à Bujumbura et cofinancé d’ailleurs par l’UNESCO et l’ACCT, l’agence qui a précédé l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), a permis de faire venir à Bujumbura, M. John Humphrey, une des plus éminentes personnalités qui a œuvré, comme premier Directeur du Département des Droits Humains aux Nations Unies à New York, aux côtés de Mme Eleanor Roosevelt et M. René Cassin, dans l’élaboration de la Déclaration universelle des Droits Humains.

    Une autre éminente personnalité contre le régime d’apartheid d’Afrique du Sud, l’écrivain, poète et résistant, M. Breiten Breitnenbach, ainsi qu’un résistant noir sud-africain membre probablement de l’ANC, plusieurs juristes dont une avocate belge connue, des journalistes et des représentants de d’organismes internationaux ont participé à ce colloque.

    Participait également un médecin burundais hutu, réfugié et établi à l’époque en Suisse. Que mon ami Cannut Nkebereza m’autorise à citer son nom. Il n’était pas revenu au Burundi depuis la guerre civile de 1972. Sa famille burundaise pensait qu’il était mort et lui-même pensait notamment que sa mère était morte pendant cette guerre atroce dénommée Ikiza.

    Au cours de ce colloque, le ministre de l’Intérieur de l’époque, M. Aloys Kadoyi, a donné à Cannut Nkebereza, réticent, un véhicule pour aller voir, dans la région de Matara, près d’Ijenda, s’il y avait, dans sa famille, des rescapés de la terrible guerre civile de 1972. Quand Dr Cannut Nkebereza est arrivé, à la surprise générale évidemment, il a revu sa mère ainsi que ses sœurs. Inutile de décrire davantage l’effusion, les pleurs et les éclats de joie de ces retrouvailles.

    Le titre du colloque constituait déjà, en soi, tout un programme :  » Les droits de l’homme pour bâtir la paix ». Ce colloque a contribué, je pense, à décrisper quelque peu la situation et à convaincre quelques membres du gouvernement de l’époque, à accepter qu’enfin, au Burundi, on puisse aborder publiquement la question combien sensible des droits humains. Evoquer les droits humains au Burundi, à cette époque de Ntega-Marangara, revenait à parler d’une corde dans la maison d’un pendu.

    Pour l’histoire, je voudrais ici, rendre publiquement hommage à Pierre Buyoya qui a pris le risque d’autoriser la tenue de ce colloque dans la foulée de la guerre civile de Ntega-Marangara alors que les esprits étaient encore surchauffés.

    Je voudrais rappeler aussi que parmi les recommandations de ce colloque, figure effectivement, l’impérieuse nécessité d’ouvrir le débat sur le respect des Droits Humains au Burundi. Et d’ailleurs, les rendez-vous nombreux et « clandestins », organisés derrière les buissons du jardin de l’hôtel Méridien, actuel Hôtel Source du Nil, entre les journalistes étrangers participant au colloque et les animateurs du parti Sahwanya – Frodebu, encore en clandestinité, prouvent qu’une flamme s’est allumée à cette occasion.

    Plus tard, la création de la Ligue Iteka, par les éminentes personnalités citées dans l’historique de sa création, prouve bien que la décrispation politique, même poussive, la glasnost à la burundaise, avait commencé.

    La radiation de la Ligue Iteka par l’actuel gouvernement n’y changera rien. La défense des Droits Humains au Burundi est irréversible. Un gouvernement respectueux des libertés publiques et des droits humains fondamentaux succédera à l’actuel et rétablira la Ligue Iteka dans ses droits ainsi que toutes les organisations civiles persécutées. Pas de panique donc ! C’est juste une question de temps ! Le gouvernement actuel rame contre le sens de l’histoire.

    Athanase Karayenga

    • Yves

      Merci pour cet éclairage très instructif

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