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Environnement

Kirundo : les lacs du nord menacés

04-10-2017

Des mesures de protection mal ou peu observées, une exploitation incontrôlée, il y a nécessité de protéger les lacs de Kirundo. L’administration promet des mesures innovantes.

Les labours restent la principale cause de pollution du lac Rwihinda.

Arrivé aux abords du lac Rwihinda, on est frappé par de vastes étendues de labours et des champs d’oignons, aubergines, choux et tomates. Les labours vont jusqu’à toucher les bordures mêmes du lac. Des mottes de terre sont visibles sur le littoral du lac. La situation reste pareille sur le lac voisin Cohoha. Ces labours restent la principale cause de pollution de ces deux lacs.

Alors que la législation en matière de l’eau prévoit un recul d’au moins 50 mètres par rapport aux bordures du lac, la règle n’est pas ici d’application. M.V., un des cultivateurs rencontrés sur le lac Cohoha en train de défricher dans le périmètre interdit, explique les raisons de la non observation du code de l’eau par les propriétaires des champs : «Ce sont ces cultures se trouvant dans ces périmètres qui font vivre toutes les familles environnantes. Même en période de sécheresse, nous les exploitons. » D’après lui, c’est facile de les arroser étant sur les bords du lac. Si le gouvernement nous chasse d’ici, poursuit-il, ce serait synonyme d’expropriation et les gens vont mourir de faim.

Moïse Barindambi, un autre cultivateur interviewé sur les rives du lac Rwihinda est lui-aussi catégorique. Selon lui, il faut que le gouvernement les laisse cultiver autour de cette zone qui borde le lac. « Sur les hauteurs, on ne peut même pas y cultiver le haricot. Les pluies sont insuffisantes toute l’année. Il faut que les autorités pensent à nos familles avant de parler de la protection du lac. La pollution est là depuis des années. Le lac continue d’exister ».

Des sanctions sont prévues

Sur le lac Rweru par contre, la mesure de recul de 50 mètres est observée. Daniel Macumi, conseiller principal du gouverneur de Kirundo, précise que la sensibilisation pour faire comprendre aux cultivateurs le bien-fondé de cette mesure de sécurité a pris beaucoup de moyens. « Il y a eu des mesures d’accompagnement pour les inciter à la reconversion après l’abandon de la bande des 50 mètres. Ils ont par exemple reçu des pompes d’eau pour arroser des champs installés au-delà de la zone interdite. Ils ont également reçu un appui pour l’élevage des abeilles. »

Les pêcheurs rencontrés sur le lac Rweru se félicitent de la mise en application de cette mesure de protection du lac. Ils disent que la production de poissons a augmenté. « Actuellement, les poissons peuvent pondre des œufs sur les bordures du lac sans que les cultivateurs les détruisent », affirme Niyorugira, un pêcheur contacté sur le lac Rweru.

Daniel Macumi met en garde les cultivateurs qui continuent l’exploitation des aires protégées des lacs Rwihinda et Cohoha. Pour lui, des sanctions sévères leur seront désormais administrées. Il précise aussi que l’administration de Kirundo étudie des mesures supplémentaires de relèvement de la production de poissons sur les lacs du nord.

  4   Vos commentaires
  1. Jean Habonimana

    Il n’y a pas que les lacs du Nord, le lac Tanganyika est lui aussi menacé par l’ensablement et l’envasement du fait de l’érosion venue des hauteurs de Bujumbura dénudées. Toute la boue et les sables des hauteurs terminent sa course dans le lac. La plage aux romantiques Saga Vodo n’existe plus car c’est devenu des pâturages pour chèvres jusqu’à 300 m. La Prix Nobel kenyane Wangari Mathai (scientifique de renom) a prouvé comment le déboisement est une catastrophe pour la nature car le cycle pluies-infiltration-nappe phréatique-cours d’eau-lac-évaporation est coupée. Sans arbres l’eau des pluies ne s’infiltre pas pour reconstituer le tout cycle jusqu’à l’évaporation pour ensuite recommencer. Je me plais à rappeler ad nauseam que le lac Tchad a disparu alors qu’il était aussi grand que le lac Tanganyika. Le régime chrétien d’origine divine se focalise sur la haine et la destruction alors que l’essentiel est l’économie et la protection de l’environnement. Les hauteurs dénudées non seulement menacent le lac mais aussi la ville de Bujumbura qui est ainsi fragilisée face aux inondations et autres éboulement de terrain. Encore une fois, la ruine économique d’abord et la catastrophe environnementale ensuite seront pire que l’assouvissement de la haine contre la minorité honnie.

  2. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Oui, malheureusement, les lacs du nord n’échapperont pas au manque de leadership et de vision en matière de protection de l’environnement de la part du Gouvernement du CNDD-FDD au pouvoir depuis un peu plus de 10 ans. C’est triste.

    • Uwayo Béata

      @Rugamba Rutaganzwa
      Avant le pouvoir DD tout était rose au Burundi? C’était le paradis sur terre.

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