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Culture

Kigingi le nouveau roi du rire

Durée du règne : quatre mois. Principaux faits d’armes: avoir réussi à s’imposer comme « la » référence actuelle du one-man-show à Bujumbura, sans véritable publicité. Et avoir la capacité de plier de rire autant la retraitée de Mutanga Sud que le jeunot de Kanyosha. Portrait d’un électromécanicien qui a « mal tourné ».

Kigingi, lors de son spectacle au Centre Islamique de Bujumbura ©Papy J.

Kigingi, lors de son spectacle au Centre Islamique de Bujumbura ©Papy J.

« Mais où étais-tu durant tout ce temps ? » Impossible de ne pas lui poser la question, juste après les présentations habituelles. Son nom ? Alfred Aubin Mugenzi. Et Kigingi  dans tout cela? « Bah !, c’est le surnom hérité de l’école primaire. J’étais assez épais du corps. »
N’eût été l’œil alerte du bonhomme qui fête ce jour de décembre 2013 ses 30 ans, on se croirait en face d’un vieux pote perdu depuis … Soudain, il te cueille : « Sais-tu pourquoi les enfants de la capitale ne respectent plus leurs pères ? » Tu bafouilles, il te fait mariner un peu, puis la confidence tombe : « Figure-toi qu’avec les obus qui tombaient sur Bujumbura y’a quelques années, des gosses se sont retrouvés à se recroqueviller dans des bassins avec Papa … » fait-il penché, sérieux. Le rire assuré, au bout.

Voilà celui qui est depuis l’été dernier l’humoriste incontournable de la capitale, sans publicité derrière, ou presque. Bon, c’est vrai que ses amis d’enfance font marcher à merveille le bouche à oreille. Et puisque ses premières marches furent dans les cabarets, il y’a moyen de comprendre son succès fou. Jusqu’au spectacle annoncé salle du Centre Islamique, quelques semaines avant la fin de 2013. « Je voulais voir réellement ce que je vaux, car le rire est plus difficile à traquer dans une salle où les gens n’ont pas de bière et brochette à la main … » Malgré une honteuse affiche publicitaire sur laquelle l’artiste roule un œil malicieusement rouge (« J’avais un peu forcé de la fête, la veille de la prise de l’image »), voilà que les deux tiers des 500 places disponibles sont occupés. C’est le soulagement, l’assurance qu’il peut continuer.

Au commencement …

Car Alfred n’est pas à l’origine fait pour égayer les soirées moroses de Bujumbura. Sa formation scolaire, classique, le mène des classes de l’école primaire de Mutanga Sud, sa commune natale, au respectable Lycée Vugizo où il s’illustre plus par son jeu au basket et ses animations des fêtes scolaires que ses notes.
Ooh !, c’est vrai qu’alors écolier, « même les aînés de la 6ème suspendaient leurs cours quand ils apprenaient que j’allais passer mon test de chant  », se rappelle Kigingi. Une passion qu’il gardera, puisqu’il est choriste chez les Dominicains. Son engagement au sein du mouvement scout campe aussi l’adolescent facile d’accès et volontiers bavard qu’il est resté.

Mais le papa s’inquiète de l’avenir de son joyeux second enfant (sur quatre), peu brillant aux cours. Il lui conseille alors une formation technique pour se tirer d’affaire. En 2002, Kigingi débarque à l’École Technique Secondaire. « J’y découvre un tout autre monde, loin de l’ambiance feutrée des quartiers Nord de la capitale », insiste-t-il sur une période qui alimente souvent ses spectacles. Un des camarades de classe est un sous-officier déserteur, ex-taulard à Mpimba pour vol. « Il y avait aussi cette jeune fille qui allaitait son bébé entre deux cours … »

Kigingi lors de son spectacle au Vuvuzela ©dr

Kigingi lors de son spectacle au Vuvuzela ©dr

Survivre

Deux ans après, le père décède. 2006 : le voilà avec son diplôme de technicien-électromécanicien en poche. Petits stages chez Savonor, Metalusa … Il n’est retenu nulle part. Pour survivre, Kigingi se convertit dans un business alors florissant : le montage-vidéo. Il l’exerce jusque début 2013. Mais le métier est très fatigant, les commandes aléatoires, la concurrence rude. Aussi, pense-t-il tout faire pour quitter le pays, « jusqu’à ce qu’un ami me demande mystérieusement de rester. Il m’a dit qu’il avait un bon projet pour moi. Je temporise mes envies de partir …»

Mi-2013, c’est le patatras : « Je veux que tu offres un spectacle d’humour au bar La Reine. Tu en es capable. » C’est Aimé, son ami et mentor de toujours. Kigingi est incrédule. C’est vrai qu’entre potes, il fait un tabac les soirs où il y’a un verre à partager. Mais de là à « affronter » des inconnus …

Toujours est-il qu’il se retrouve sur les planches, le 2 août dernier, entouré par des amis, « juste pour le test selon Aimé. ». 2h30 à raconter ce qui lui passe par la tête, le public se tient les cotes de douleur. « Je n’y croyais tout simplement pas ! » Le lendemain, rebelote : cette fois-ci, « ceux qui étaient là la veille reviennent avec maman et papa, je découvre des inconnus qui louchent vers moi, avant de monter sur scène », se rappelle-t-il.

La Reine

Tant qu’à jouer gros : le voilà racontant les malheurs des vendeuses du marché de Bujumbura dépouillées par l’incendie de janvier 2013, jouant aux vieux retraités de l’armée surpris par un hold-up dans un bar, mimant les belles de la capitale s’essayant en sous vêtements au vu et au su des passants, ou encore la peur rampant dans une église au temps de la crise … Le public rit, pleure et en raffole. Une première, lui qui était plutôt habitué aux saillies dominicales de Mashoke sur la RPA ou encore à Michou, le célèbre imitateur dont la légende veut qu’il ait reçu des baffes d’un ancien président peu content qu’on l’imite si aisément.

Deux mois à peine, c’est le succès assuré. Kigingi, qui avoue s’inspirer entre autres du franco-marocain Gad Elmaleh, s’en prend allègrement aux manies et mœurs citadines, sans tabou, prenant à partie autant les jeunes que leurs parents. Son interpellation fétiche pour garder le public éveillé, « Gira effort ! » ((Fais un effort)), passe de La Reine aux conversations anodines de Bujumbura. YouTube accueille avec joie ses performances. Et un petit couac : « Alors que j’anime une soirée privée au soir du 24 décembre, une mère s’emporte et arrête mon spectacle, arguant qu’en tant que défenseur des droits de la femme elle ne peut me laisser raconter des hérésies sur les Burundaises ! » La scène le rendra plus prudent. Mais aussi plus déterminé à « peindre une société où le rire sans pudeur ni arrière-pensée n’est finalement pas si fréquent que cela … »

Mais, jure-t-il, « je fais une pause d’au moins un mois pour le moment.» Avant de soupirer : « Tout cela semble parfois irréel. »

  6   Vos commentaires
  1. karayenga

    Aho rero! Duhimvye frustrations za leka ya Nkuru! Where is the next show?

  2. Tuvugukuri

    GIRA EFFORT!!!

  3. kirato

    Ndakwibutse kwa Juge Rouge wadutwengeje birengeje!! komera k’umuheto fiston!!

  4. lousa ncuti

    oh cher kigingi toutes mes felicitations hama ino mumahanga le rire numwuga muyindi nogusaba de perfectionner chaque jour hama ubishoboye ubishire mu gifaransa jew ndakwemerey kukumenyakinisha aho mpererey courage ariko ntiwibagire yamana yakijije les israeliens muri misiri bref ton évengilisation a travers la musique ni tr important courage et bne chance

    • lousa ncuti

      hama turarindiriye ico giterama uheruka kugira kuri youtube merci a tr bientot

      • Mwaro

        komera ku mwuga brother

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