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Kampala : « Quand austérité rime avec prospérité »

Les commerçants, qui importent leurs marchandises de Kampala, affrontent des défis sérieux. Mais ce n’est pas demain la veille qu’ils vont cesser de s’y approvisionner.

Les passagers se détendent au poste frontalier de Gasenyi (Kirundo)

Les passagers se détendent au poste frontalier de Gasenyi (Kirundo)

Chantal Nahimana, une vendeuse de tissus et d’habits au marché Bujumbura City Market dit communément « chez Siyoni » témoigne : « Comme j’ai vécu huit ans à Kampala, je ne rencontre aucun challenge sérieux quand je vais importer les marchandises. Cela n’est pas toujours le cas pour les autres importateurs. »

La commerçante indique que le seul défi est la fatigue. Elle retrace le parcours Buja-Kampala, une distance de 850 Km. Selon elle, le bus Gaagaa dans lequel elle s’embarque souvent quitte le parking « chez Siyoni » à 6 heures. « Il s’arrête d’abord au poste frontalier de Kanyaru Haut. Nous descendons pour faire tamponner nos documents de voyage ». Une fois sur le territoire rwandais, le bus s’arrête encore à la gare routière de Kigali et à Gatuna (frontalière avec l’Ouganda). Les passagers remplissent les formalités d’usage pour entrer en Ouganda. « La fatigue commence alors à se faire sentir et je subis des crampes d’estomac », raconte-t-elle.

Le bus fera le dernier arrêt à Mbarara pour faire le plein de carburant. Les passagers en profitent pour détendre les muscles ankylosés par le long trajet, pour s’envoyer un croissant et pour aller se soulager.
Vers 22 heures le bus arrive à l’agence. « Les passagers débarquent et rejoignent les hôtels de leur préférence. Moi, je loge à Bamako Hotel, à quelques pas de l’agence Gaagaa ».

Un bref repos, puis la course contre la montre

La commerçante raconte qu’elle se repose suffisamment pour 30 mille shillings ougandais (plus ou moins 20 mille Fbu) dans une chambre pour deux, ce qui allège la facture. Vers 9 heures, elle prend une douche à l’eau chaude avant de retourner à l’agence Gaagaa pour l’achat du ticket retour. Puis elle file vers un bureau d’échange pour convertir les dollars en shillings ougandais. De là, elle rejoint ses fournisseurs. Les achats terminés, elle rejoint le bus. Le grossiste ougandais se charge de l’emballage des marchandises et c’est le même grossiste qui se charge de les expédier à l’agence Gaagaa.

Vers 15 heures, les portefaix commencent à entreposer les colis dans les soutes du véhicule. « Des fois, tous mes colis ne trouvent pas de place dans les soutes. Ils sont embarqués les jours suivants. »
19 heures, heure de Kampala, c’est le retour. Nous arrivons à Bujumbura le lendemain vers 9 heures ou 10 heures au plus tard.

«J’arrive à Bujumbura bien éreintée. Une fois chez moi, je me mets sous la douche. J’ingurgite un litre de lait et je vais m’étendre sur le lit. Je sombre alors dans un profond sommeil ».

Des commissionnaires et transporteurs véreux

Anatolie Mvuyekure, une commerçante de chaussures, raconte qu’elle s’est faite avoir la première fois qu’elle s’est rendue à Kampala. Elle indique qu’un Burundais résidant dans la capitale ougandaise lui a offert ses services. Il l’a alors conduite auprès d’un commerçant à qui il a fait un clin d’œil. « J’ai fait mes achats. J’ai payé sa commission. Arrivée à Bujumbura, je me suis rendue compte que j’ai importé mes marchandises sur le prix pratiqué par les détaillants de Kampala, » regrette-t-elle.

André Sahabo, un commerçant d’article divers au marché de Ruvumera (commune urbaine de Buyenzi) dit, quant à lui, qu’une fois, il a confié ses marchandises à un transporteur qui a mis plus de deux semaines pour arriver à Bujumbura. Il apprendra plus tard que le transporteur a déchargé les colis dans un hangar pour charger les marchandises vers Juba (Soudan du Sud) avant de les recharger pour Bujumbura.

Autres défis

Vénérand Bakevyumusaya, un commerçant de chaussures de Ngozi, dit que, parfois, les colis chargés dans les véhicules Fuso se perdent au déchargement. « Certains commerçants prennent des colis de leurs confrères. Pour régler la question : une amende d’un million est infligée à tout commerçant tricheur. »

Quid de l’engouement pour Kampala ?

Juma Ndikumana : « L’OBR cherche toujours  à gagner plus sur n’importe quelle marchandise. »

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Pourquoi malgré tout les commerçants préfèrent importer des marchandises depuis Kampala ? Les opérateurs économiques oeuvrant au Burundi, sont-ils incapables d’importer des containers entiers de marchandises des pays asiatiques pour proposer les mêmes prix que ceux pratiqués à Kampala ?

Antoine Muzaneza, le président de l’Association des commerçants du Burundi fait d’abord cette mise au point : les prix sont moins élevés à Kampala qu’à Dar-Es-Salam qui est pourtant une ville portuaire ! « Une seule explication : les frais de dédouanement sont peu élevés en Ouganda, ce qui n’est pas le cas au Burundi et en Tanzanie ».
Selon lui, l’Ouganda encourage les importateurs regroupés en associations. Et par conséquent, le volume des importations s’accroît. Bien plus, les importateurs ougandais réalisent une marge bénéficiaire faible mais gagnent en quantité de marchandises vendues. Enfin, il trouve que ce n’est pas pour rien que la monnaie ougandaise est la plus faible de tous les pays de la sous-région.

Juma Ndikumana, un déclarant, trouve, quant à lui, que de grands commerçants qui vont en Chine ou à Dubaï ne pratiquent pas pourtant les prix les plus bas. Chantal Nahimana explique : « Ils veulent gagner plus en livrant leurs marchandises à nos propres clients. S’ils proposaient des prix abordables, nous nous approvisionnerions chez eux et nous ne retournerions plus à Kampala. »

Tous les deux jettent le tort à l’OBR « qui cherche toujours à gagner plus sur n’importe quelle marchandise. »
Il est à noter cependant que si l’on en croit Mme Nahimana, certains produits comme les chaussures et les vêtements prêt-à-porter sont à bon marché à Ngozi. « Certains commerçants de Bujumbura commencent à bouder Kampala au profit du « Dubaï du Burundi ». Ngozi serait-elle en passe de devenir une alternative à Kampala ?

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