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Kabonga/Kagunga : un poste de l’OBR n’est pas pour demain

L’OBR juge non opportune la création d’un poste à Kabonga contrairement à une recommandation du Forum pour le renforcement de la société civile (Forsc).

Une vue du marché de Kabonga/Kagunga ©Iwacu

Une vue du marché de Kabonga/Kagunga ©Iwacu

Situé à l’extrême sud-ouest du Burundi, à 20 km du chef-lieu de la commune Nyanza-Lac (Makamba), Kabonga est un des ports de pêche au bord du lac Tanganyika. Il se prolonge en territoire tanzanien et porte alors l’appellation de Kagunga. C’est à Kabonga/Kagunga qu’est planté le poteau n°1 qui sert de démarcation de la frontière burundo-tanzanienne depuis le sud-ouest jusqu’au nord-est du Burundi, à Rumandari en commune Giteranyi de la province Muyinga.

Une visite à Kabonga/Kagunga à la fin décembre 2014 aura permis de constater qu’il existe un petit marché « commun » sur la plage du lac, de part et d’autre du poteau de démarcation de la frontière.

Le commerce du poisson est la principale activité florissante. Des caisses de poissons frais sont directement acheminées par vélo, moto ou par minibus au marché de Nyanza-Lac ou dans les différents marchés du sud voire de Bujumbura. Après la pêche, le poisson peut aussi être séché. Comme le pied de la colline Kagunga s’enfonce dans le lac et que la plage tanzanienne est étroite (là où elle existe), les pêcheurs tanzaniens étalent le poisson sur des séchoirs se trouvant sur la partie burundaise. A ce port se vend aussi le poisson sec ou fumé amené par bateau de la Tanzanie.

La même solution de lutter contre la fraude par la création des postes de l’OBR concerne aussi le marché dit « Kwa Buhinja » en commune Kibago de Makamba (Sud-Est du pays sur la rivière Maragarazi). La non rentabilité de l’investissement par rapport aux rentrées de fonds est la raison majeure de repousser sine die cette proposition. Mais l’OBR reconnaît la nécessité pour les populations de ces localités d’être éduquées au civisme fiscal.

La fraude maritime se développe

Selon les témoignages des habitants de la localité, la fraude se fait sur la plage de Kabonga/Kagunga. Des bateaux déchargent du haricot, du riz et de la farine sur l’étroite plage de Kagunga. Ces articles sont évacués vers les marchés du Burundi à la faveur de la nuit. Dans ce cas, il y a facilitation de la fraude par la position de police de la localité de Kabonga.

Certains commerçants affirment que la police « perçoit les taxes » au grand jour. Cela se fait quand les fonctionnaires de l’OBR basés à Nyanza-Lac n’ont pas fait le déplacement sur les lieux. Cela est aussi confirmé par le Forsc.

Deux autres places de marchés qui s’étendent sur les territoires burundais et tanzanien sans aucune frontière naturelle pour séparer la partie qui revient à chaque pays : le marché de Rumandari (commune Giteranyi, extrême nord-est du pays en province Muyinga) et celui de Gasenyi II dit « Mpuzamakungu » (commune Gisagara, est du pays en province Cankuzo)

Des militaires de la marine burundaise indiquent aussi que des marins fraudeurs peuvent aussi accoster sur les plages non gardées par la police. Ils déchargent leurs cargaisons en même temps que des passeurs s’activent à les évacuer dans un endroit sûr sous le couvert du feuillage des palmiers à huile.

Comme solution à cette situation, le Forsc propose la création des postes de l’OBR et de Tanzania Revenew Authority (TRA) respectivement à Kabonga et à Kagunga. Au meilleur des cas, les deux pays pourraient construire des bâtiments communs à l’instar des postes à arrêt unique sur les frontières avec le Rwanda et la Tanzanie (Kobero à Muyinga). Cela ressort du rapport de la mission des commerçants et administratifs burundais à Kigoma le 21 novembre 2014, sous l’égide du Forsc.

Eclairage de l’OBR

Ange Dany Gakunzi : « La création d’un poste à Kagunga n’est pas une priorité pour le moment »  ©Iwacu

Ange Dany Gakunzi : « La création d’un poste à Kagunga n’est pas une priorité pour le moment » ©Iwacu

« La création d’un poste à Kagunga n’est pas une priorité pour le moment », révèle Ange Dany Gakunzi, porte-parole et chargée du protocole à l’OBR. Reprenant une mise au point faite à l’endroit des opérateurs économiques de Ngozi ce lundi 5 janvier par Domitien Ndihokubwayo, le commissaire général de l’OBR, elle indique que la création d’un poste demande au moins un milliard de Fbu. Cet argent sert à la construction des infrastructures, à la sécurité des lieux, à l’équipement, au paiement des travailleurs, etc.

Elle précise que pour le moment, il n’y a que le projet de réhabilitation de sept postes de l’OBR déjà fonctionnels (et non à créer) qui sera financé par les partenaires techniques et financiers de l’OBR dont Trade Mark. Là aussi, l’OBR devra attendre la concrétisation du projet.

Par ailleurs, l’OBR ne peut pas se permettre d’implanter un poste là où les rentrées de fonds risquent d’être en-deça des moyens engagés pour le paiement des fonctionnaires qui y seraient déployés.
Pour le mement, le port de Kabonga/Kagunga doit se contenter des visites des fonctionnaires venus de Nyanza-Lac ou de Mabanda.

Au sujet de l’état des lieux de la fraude maritime, la porte-parole indique que la frontière maritime est aussi perméable que la frontière terrestre. Bien plus, ajoute-t-elle, cette pratique déloyale n’est pas seulement une réalité au port de Kabonga/ Kagunga. Elle se manifeste aussi tout le long du lac Tanganyika. La preuve est que l’OBR et les différentes polices saisissent des marchandises fraudées transportées par bateau jusque même au niveau de Kibenga en mairie de Bujumbura.

Il est à rappeler que lors de la rencontre de novembre 2014 à Bujumbura avec les commissaires généraux chargés de l’administration fiscale dans les pays de l’EAC, M. Ndihokubwayo avait annoncé que c’était une occasion de demander au partenaire JICA (Japan International Cooperation Agency) qui a financé l’unité d’intrvention rapide de l’OBR de donner des moyens financiers pour lutter aussi contre la fraude maritime.

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