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« Je chassais les crocodiles aujourd’hui je chasse les punaises »

Mais qui est véritablement Patrice Faye ? Il faudrait un livre pour décrire son parcours et sa vie. Iwacu vous brosse un mini portrait de cet aventurier.

Presque les larmes aux yeux, B. raconte son ami Patrice Faye qu’il connaît depuis 15 ans : «  C’est un homme au cœur d’or, qui aime le Burundi et les Burundais. » Meurtri, traumatisé, B. comme « tous les expatriés ici », précise t-il, souhaite garder l’anonymat. « Avec cette affaire, les Bazungu (Blancs) nous nous sommes rendus compte que nous ne sommes pas à l’abri ; nous sommes comme les locaux, à la merci d’une dénonciation calomnieuse. » Aujourd’hui dans les affaires, B. souhaite tout vendre et partir.

Pour de nombreuses personnes, Burundais ou étrangers, Patrice Faye est un Muzungu étrange. Plombier, botaniste, guide touristique, spécialiste des serpents, acteur de théâtre, humanitaire, etc. Inclassable. Patrice traîne sa bosse au Burundi après avoir bourlingué un peu partout dans le monde. Très populaire à Bujumbura, notamment avec sa troupe « Pili pili », M. Faye est aussi l’ami des pauvres enfants, les orphelins du sida, les déshérités, les Batwa… Au dessus des clivages ethniques burundais, même au pire moment de la guerre civile, lui pouvait circuler dans tout le pays.

Plusieurs témoins pensent que Patrice Faye est un « grand naïf», un doux rêveur, fragile, romantique. Pour M. C, «  ce qui intéressait Faye, c’était les serpents, les fleurs, faire rire les autres. » Pour M.C, c’est ainsi que Patrice Faye est tombé dans « un traquenard. »

Mais d’autres témoignages évoquent un homme solide, avec une grande capacité d’adaptation. « C’est un homme qui ne connaît pas la peur, qui peut survivre dans n’importe quelle jungle ; il survivra bien à cette pénible affaire », raconte un ami du Français. Car l’homme est un aventurier dans l’âme. Il pouvait partir seul et passer la nuit dans la Kibira.
Né le 11 décembre 1953 à Lyon , Patrice Faye est le cadet d’une famille de 3 enfants. Après son service militaire et une formation au métier de plombier, il décide de quitter Lyon pour entreprendre un tour du monde à pied, en auto-stop, à bicyclette et en planche à voile. C’est en 1978 qu’il découvre le Burundi et dépose son sac à dos. Il ne le quittera plus.

Un sens de l’humour resté intact

Un ami qui lui rend souvent visite à Mpimba raconte que Patrice Faye tient le coup. « Au début le choc a été terrible, et puis il y avait des moqueries, des insultes, mais aujourd’hui il s’est inséré dans ce milieu ». L’homme qui chassait le redoutable crocodile Gustave n’a pas perdu son sens de l’humour, à un visiteur il a dit : « de chasseur de crocodile je suis devenu chasseur de punaises ». La prison de Mpimba est en effet connue pour abriter ces bestioles…

L’arrestation de Patrice Faye a créé une psychose dans la communauté expatriée, « on a la terrible conviction que la justice ici est là pour emprisonner et non pour chercher la vérité », regrette un Français sous anonymat. «  Ce n’est pas parce que l’on vous accuse de viol que vous êtes violeur », renchérit un Belge installé au Burundi depuis 20 ans, qui songe à partir, lui qui voulait plutôt finir ses jours ici : « C’est difficile de vivre dans un pays où tu n’es pas sûr d’être défendu, l’histoire de Patrice Faye nous a montré que personne n’est à l’abri dans ce pays ». Patrice Faye s’était mis en tête de prendre en charge les orphelins, les enfants qui erraient dans les rues sans père ni mère, les petits garçons qui volaient aux étalages et les petites filles qui se prostituaient pour manger. Ce sont cinq de ces enfants qui accusent de viol c’est homme qui crie son innocence au milieu des punaises.

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