Économie

Interpetrol tire la sonnette d’alarme

19/04/2018 Parfait Gahama Commentaires fermés sur Interpetrol tire la sonnette d’alarme
Interpetrol tire la sonnette d’alarme
Centrale thermique de la société Interpetrol en face de la Brarudi.

Après six mois d’exécution du contrat de fourniture d’énergie thermique de 30 MW à la Regideso, la société Interpetrol Burundi menace de suspendre sa production d’ici la fin du mois. Le ministère de l’Energie tranquillise.

« Les factures impayées échues totalisent actuellement 15 130 489 493 Fbu. Celles non échues mais bientôt exigibles s’élèvent à 3 499 807 986 Fbu», a déclaré, Munir Bashir, directeur général de la société Interpetrol Burundi, le 23 mars dernier. Dans une correspondance adressée au ministre de l’Energie et des Mines, le patron de l’Interpetrol dénonce le non-respect des délais de paiement par la Régie de production et de distribution de l’eau et d’électricité (Regideso). «Ce non-respect des délais entraîne des retards dans le paiement de nos fournisseurs. Et par conséquent engendre l’ébranlement progressif de notre crédit ainsi qu’un risque de coupure des livraisons des pièces de rechange et des consommables.»

M. Bashir déplore également le manque à gagner dû au l’échelonnement de la consommation de la Regideso.

Elle ne sollicite qu’une fourniture moyenne journalière inférieure à 20 MW alors que le prix de vente convenu avec cette société suppose une production de 30 MW par jour. « Ceci fausse tous nos calculs de rentabilité et exerce un impact néfaste sur nos coûts d’investissements dès lors que les charges prévues et contractuelles ne changent pas.» Et par conséquent, entraîne une perte nette incommensurable non récupérable.

Le directeur général d’Interpetrol fustige aussi les retards inexpliqués de la Regideso dans l’établissement des procès-verbaux de l’énergie produite. Il fait remarquer que jusque vendredi 23 mars dernier, les procès-verbaux du mois de février n’étaient pas encore établis. « Cela constitue un blocage pour l’émission de nos factures et nous empêche de valider la facture du mois de février 2018.»

Le patron d’Interpetrol dénonce, par ailleurs, l’attitude de l’administration fiscale. « Ses barrières de compréhension et d’interprétation du projet de la centrale thermique, notamment au niveau de l’OBR, se répercutent sur l’acheminement des pièces de rechange et des équipements dont les exonérations sont claires et limpides.»

Là où le bât blesse, regrette-t-il, les services de cet office ne l’entendent pas de cette oreille. « Ils considèrent nos pièces de rechange et équipements importés comme des produits nationaux par la seule entrée sur le territoire burundais. Ils oublient que la loi fiscale du pays autorise la réexportation notamment en cas de panne ou de remplacement des équipements défectueux.» Et il exhorte le ministre de l’Energie et des Mines d’intervenir auprès de son collègue des Finances pour clarifier à l’OBR le régime des exonérations accordé à ce projet.

Problème de devises

M. Bashir accuse la Banque de la République du Burundi (BRB) de n’avoir pas honoré ses engagements conclus dans le cadre de l’exécution de ce projet. « Six mois après le démarrage de la production de l’énergie, nous n’avons pas encore accédé aux devises pour honorer nos engagements auprès de nos fournisseurs alors que la BRB avait donné une lettre de confort.»

Pourtant, explique-t-il, le contrat spécifie que la Banque centrale met à notre disposition 30 % du montant de la facture en dollars pour faciliter le paiement de nos fournisseurs des équipements, des pièces de rechange et des consommables nécessaires et indispensables au fonctionnement de la centrale thermique. Si tous ces problèmes ne sont pas vite réglés, prévient-il, ils pourront conduire inéluctablement à l’arrêt de la production d’énergie d’ici la fin de ce mois.

Agenda caché

« Actuellement, Interpetrol vend un KWh à 0, 24 USD alors que le prix convenu avec la Regideso est 0,2198 USD», a déploré un cadre de cette entreprise publique qui a requis l’anonymat. Là où le bât blesse, s’étonne-t-il, les termes du contrat précisent que ce prix est ferme et non révisable.

Selon lui, les accusations l’Interpetrol ne sont pas fondées. «Elles révèlent, au contraire, un agenda caché des responsables de cette société qui veulent que la Regideso tombe en faillite. Ils augmentent le prix de l’énergie sans le moindre consentement de la Regideso. Ceci occasionne des pertes financières énormes.» Avec une offre annuelle énergétique de 174 960 000 KWh, explique-t-il, ce différentiel de prix de 0, 0202 USD par KWh entraîne une perte annuelle de 3 534 192 USD à la Regideso, soit 6 220 177 920 Fbu aux taux de change officiel. Si la Regideso continue à payer à ce tarif, prévient-il, ses caisses seront asséchées avant l’échéance du contrat qui est de 10 ans.

Il reproche également à Interpetrol d’avoir délibérément cessé l’alimentation en carburant de la centrale thermique de la Regideso d’une capacité de 5 MW au profit de de la sienne.

Ce cadre de la Regideso estime, par ailleurs, que le contrat qui lie sa société et l’Interpetrol présente plusieurs imperfections. «Il ne tient pas compte des pertes techniques de 30 % de l’énergie acheté, soit 52 488 000 KWh. Cela coûte annuellement à la Regideso 2 304 877 000 de Fbu.» De plus, le prix d’achat (0,2198 USD par KWh) excède le prix de vente (0, 20 USD par KWh), soit une perte nette de 6 158 592 000 de Fbu par an. « Ce qui est inacceptable pour une entreprise commerciale.» Les modalités de paiement prévues dans le cadre de ce contrat supposent des compteurs prépayés. Ce qui n’est pas au Burundi.

Il soutient par ailleurs, que les clauses du contrat permettent à la Regideso l’échelonnement de sa consommation notamment pendant la saison pluvieuse et la saison sèche pour mieux gérer sa production moyenne mensuelle.

Léonidas Sindayigaya : «Tous les problèmes seront résolus dans deux semaines.»

L’administration fiscale se défend

Audace Niyonzima, commissaire général de l’Office Burundais des Recettes (OBR), a fait savoir, mardi 10 avril, que son administration n’a aucun problème avec la société Interpetrol. « Nos services doivent vérifier que tous les produits importés par cette société figurent sur la liste des pièces de rechange et des équipements exonérés.» Ceux qui ne sont pas prévus par cette liste, doivent faire l’objet d’une enquête pour s’assurer sur leurs usages dans la centrale thermique. Dans ce cas, précise-t-il, le ministère de l’Energie et des Mines doit informer l’OBR.

Quant au problème de devises évoqué par la société Interpetrol, les responsables de Banque centrale se refusent à tout commentaire. Ils indiquent que cette question est actuellement gérée au niveau du ministère de l’Energie et des Mines.

Les responsables du secteur énergétique tranquillisent. Léonidas Sindayigaya, porte-parole du ministère de l’Energie et des Mines a indiqué ce mardi 10 avril, que son ministère a entamé des négociations avec la société Interpetrol. Et il a précisé que tous les problèmes seront résolus dans deux semaines.

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