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Diplomatie

« Il peut y avoir un effet domino… »

Le Pr Niyonizigiye, spécialiste des relations internationales, analyse les raisons de la visite en RDC du représentant spécial du président américain dans la région des Grands Lacs, et ses répercussions éventuelles chez les pays voisins.

Pascal NiyonizigiyeComment interprétez-vous la récente visite de Russ Feingold à Kinshasa ?

Les USA ont toujours manifesté leur attachement aux principes démocratiques, réitéré lors de la dernière conférence Afrique-Etats Unis. Aujourd’hui, il est clair que le mot d’ordre reste. Si Russ Feingold vient en RDC en cette période et demande le respect de la Constitution et du nombre de mandats présidentiels, c’est une manière de faire qui doit s’appliquer à tous les gouvernements de la sous-région et même au-delà, jusqu’en Europe de l’Est. Car il est clair que la politique étrangère des Etats-Unis met en exergue la nécessité de la démocratisation, une politique qui a commencé avec l’implosion du bloc communiste.

Quelles sont les conséquences de cette visite dans la sous-région ?

En RDC, la visite du représentant spécial du président Obama dans la région des Grands Lacs a eu un effet direct : la déclaration de Joseph Désiré Kabila qu’il ne se représentera pas pour un autre mandat présidentiel. Cela peut avoir un effet domino chez ses voisins, mais il est possible qu’on assiste à une certaine résistance. Mais je crois que la pression des Etats Unis va continuer, avec le soutien de la société civile et des autres forces actives qui interviennent pour le respect des Constitutions.

Les Etats-Unis sont-ils seulement intéressés par le respect des règles démocratiques ?

Dans la sous-région, on s’attend à beaucoup d’élections dans les trois prochaines années. C’est une région délicate, considérée comme une zone très marquée par les rébellions et les guerres civiles. Mais aussi une région avec des ressources considérables, comme en RDC, et partant beaucoup d’opportunités qui intéressent le monde. Il est donc primordial d’y éviter la guerre pour permettre le libre échange et les investissements.

Quid de la géopolitique ?

L’intérêt américain pour la sous-région peut-être également motivé par le souci de juguler l’influence chinoise. L’avance de la Chine, deuxième puissance mondiale, fait peur aux Etats-Unis et à l’Union Européenne. C’est une question de concurrence et de lutte pour ne pas se faire devancer par l’autre. Les accords win-win entre Pékin et Kinshasa pour la construction des infrastructures en échange de contrats d’exploitation de certaines ressources minières n’ont pas été vus d’un bon œil par les institutions de Breton Woods. Aujourd’hui, l’Occident et la Chine veulent chacun maintenir leur influence dans la sous-région, surtout en RDC.

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