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Société

Gitega : une viabilisation qui fait couler des larmes

14-02-2015

Sur la colline Zege, des travaux de viabilisation d’un nouveau quartier sont en coursdans un ancien cimetière. Ceux qui avaient enterré les leursdemandent du respect pour les morts.

L’une des tombes saccagées ©Iwacu

L’une des tombes saccagées ©Iwacu

Les tombes sont ouvertes, les restes des ossements sont éparpillés ici et là. La population assiste impuissamment.
Avant d’y arriver, on entend de loin des vrombissements des bulldozers qui s’activent à tracer les routes de ce nouveau quartier. Sur place, on observe une scène macabre : sous la puissance de leurs moteurs, les bulldozers avec leurs larges lames mobiles détruisent des tombes et exhument les ossements. Des squelettes, des crânes, des habits et couvertures sont déterrés. Plus choquant encore, la population à majorité jeune des alentours s’est lancée à l’assaut des tombes. Ces personnes s’en prennent à cœur joie pour se disputer les habits encore intacts sortis des terres et les tôles qui couvrent les tombes. Les autres ne se gênent pas de devancer ces engins pour ouvrir eux même les tombes à la pelleà la recherche des objets de valeurs ensevelis avec les morts. Des plaintes fusent de toute part : les ossements sont laissés sur place sans aucune autre précaution. D’après la population, il fallait d’abord déplacer les restes avant d’entreprendre les travaux de viabilisation. Caroline, une femme qui a enterré ses deux enfants dans cette place pendant la crise de 1993 est à bord de crise.

« C’est scandaleux, ils n’ont même plus de respect pour les morts. Je me demande s’ils avaient des enfants ou des parents qui se reposent ici, oseraient-ils faire de telles profanations ?» s’interroge-t-elle en pleurant à chaudes larmes. Devant ce spectacle sinistre, cette maman n’est pas la seule à se lamenter. Gabriel indique qu’il est dépassé par les événements. Selon lui, le développement ne devait pas se faire au détriment de la population. Il nous confie qu’il se pointe là chaque matin dans l’espoir de reconnaître les habits dans lesquels on a enseveli sa mère.

« Je ne me permettrai pas que les restes de ma mère soient mangées par les chiens. Si j’avais des indications exactes sur l’endroit où nous l’avons enterrée, je l’aurai moi-même. »

« Ces scènes peuvent engendrer des maladies psychiques ! »

Selon les spécialistes des maladies mentales, il n’est pas juste d’exposer les ossements. « Certaines personnes sensibles peuvent avoir des troubles psychiques ou attraper carrément la folie devant cette situation. Il serait sage de ne pas exhumer les corps sans qu’on ait l’intention de les enterrer tout de suite », a conseillé Francine Ndayirukiye, psychothérapeute à l’institut médico-pédagogique de Mutwenzi.

Quant au responsable des services de l’urbanisme et de l’habitat à Gitega, transformer un nouveau quartier dans un ancien cimetière n’est pas nouveau au Burundi. Néanmoins il reconnaît qu’il y a eu des erreurs surtout de la part de la population des alentours en manifestant des comportements qu’il qualifie de barbares.

« Ils ont saccagé les tombes alors que c’est interdit par la loi. L’entreprise qui a le contrat de viabilisation avait elle-même des consignes pour récupérer les restes et les enterrer dans un autre cimetière encore en activité », explique Aimé Irambona.

  6   Vos commentaires
  1. antiDDisme

    Je vous assure que nous sommes au comble de l’humiliation. Un gouvernement qui scandalise le peuple, qui met à bas la dignité humaine, qui peut tout pour le pire des maux,…… Que peut on attendre de bien?

  2. Jean

    Tout simplement c´est sauvage. Qu´en disent les membres du CNDD-FDD, eux, qui sont au pouvoir? Malheureusement, les autres ne peuvent rien faire. S´ils manifestent dans les rues, ils seront condamnés à perpétuité.
    C´est cela l´innovation du CNDD-FDD à la vieille des éléctions du fameux pasteur.
    Abarundi barayamaze: Agapfuye kabazwa ivu. Mais aujourd´hui « Agapfuye kabazwa les chauffeurs des buldozers et leurs employeurs.

    Vive le CNDD-FDD au pouvoir à vie.

  3. Jean-Pierre

    Bakiza bati dukora dusenga, dusenga dukora! None uwutubashe uruhafu azimko azoja mwivu nkabandi, aba akiri umuntu gute? Atandukaniyehe nigikoko kitagira ubwenge? Nukuri birateye isoni. Mubihugu tubamwo bafise ico basonera cimetière nikintu cubashwe cane. Mugabo ahatari ubutwari ntihagire ubutungane hayagwa ubuhimbiri.

  4. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Un pays qui n’a plus ni âme ni cœur…!!! Un pays qui ne respecte plus rien y compris les morts…! Je crains que d’ici peu nous n’aurons plus aucune valeur morale…! C’est triste et nos leaders politiques du moment y sont pour beaucoup….eux qui ne pensent qu’au remplissage de leur ventre après avoir muselé la presse, brimait la société civile et harcelé voire tué tous ceux qui ne pensent pas comme eux…! Il est temps, grand temps, à mon humble avis, qu’un nouveau leadership politique émerge pour que ce pays puisse relever la tête car un pays qui déterre et pille les mort n’a plus aucune dignité humaine… !

  5. Mahweza

    Dis donc, ceux qui disent que ce pouvoir est fatigue ont peut-etre raison! Ou sont le gouverneur et l’administrateur donc? C’est choquant non? Comme toujours, des mensonges: Mr. Aime Irambona parle de « consignes ». Est-ce un consigne ou les clauses du contrat? Si l’entreprise a ignore une des clauses, le contrat peut-etre resilie tout court! Et puis, comme ca se fait partout (inclus Nyabaranda a buja), on deplace d’abord les morts, et puis comence le travail des engins. Qu fait la police pour proteger la cimetiere? Non, la verite: termine vite la viabilisation pour que on se distribue les parcelles plutot, on ne sait pas si demain nous serons dans la meme position!

    • baobab

      Cimetière est au masculin je parie!!!

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