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Économie

Gitega : les constructions coloniales en ruine

Les maisons construites par les colons s’effacent lentement mais sûrement.

Le Boma  (bureau du résident) abritant aujourd’hui les cachots de la police judicaire

Le Boma (bureau du résident) abritant aujourd’hui les cachots de la police judicaire

Réputée pour avoir été la première capitale du Burundi sous la colonisation allemande, Gitega abrite de nombreux locaux qui,au départ,étaient le fer de lance du tourisme. Erigés pour la plupart sur la colline Musinzira, ils présentent un visage d’ensemble peu reluisant. Vu de près comme de loin, l’endroit frise la désolation. Enceinte décatie, murs délabrés, portes rouillées et fenêtres défoncées. Ces lieux touristiques donnent l’impression d’un endroit abandonné. Hormis le sanctuaire des tambourinaires de Gishora, les touristes ne fréquentent plus la ville de Gitega. A la question de savoir pourquoi, Pascal Ndayisenga, conservateur du musée national de Gitega déclare :
« En plus des préjugés sur la situation politico-sécuritaire que les étrangers collent sur le Burundi, les lieux touristiques deviennent de plus en plus rares.»

Conséquence, précise-t-il, « ceux-ci ne viennent qu’au compte-goutte. Sur des milliers de touristes qui visitaient la ville de Gitega, seuls 64 ont fait un détour par Gitega au cours de ce deuxième trimestre. » D’après lui, le patrimoine architectural colonial burundais est ignoré, délaissé ou détruit. « Celui qui reste encore debout a été subtilisé. Il faut une politique nationale pour remettre en état et préserver cette richesse historique.»

Ainsi aux bureau du Résident, domicile du Résident, bar des colons et leurs collaborateurs, cimetières des blancs, ont régulièrement succédé les cachots de la police, bureaux administratifs, maison d’habitation, etc.
« Géré correctement, il aurait pu devenir un musée classé au patrimoine national », suggère toujours Pascal Ndayisenga.

Selon le conseiller principal du gouverneur de Gitega, au lieu de laisser ces bâtiments à l’abandon, on préfère les utiliser pour d’autres fins administratives.

« Qu’est-ce qu’il y a d’anormal si un ancien bureau du résident abrite aujourd’hui un service du gouvernement ! »,s’exclame Gérard Nibigira.

Plus de devises pour les artistes

Pascal Ndayisenga : « Il faut une politique nationale pour remettre en état et préserver cette richesse historique. »

Pascal Ndayisenga : « Il faut une politique nationale pour remettre en état et préserver cette richesse historique. »

Selon un artiste de Gitega, même si ces bâtisses ont été longtemps considérées comme la preuve d’un asservissement qu’il fallait absolument effacer, ce patrimoine architectural colonial a souvent été la source des revenus pour les personnes de l’art. Pour lui, le tourisme oblige sa préservation. D’abord parce qu’il s’agit de bâtiments qui ont marqué notre histoire, d’où l’envie des touristes à venir les visiter. Partant, ils achètent en devises étrangères nos objets artistiques et les emportent chez eux. Pour ces différents acteurs, le tourisme meurt également de l’absence d’accompagnement des autorités étatiques.

Et de préciser : « Il faut que les autorités compétentes développent une stratégie de promotion du tourisme et cela devrait passer par des mesures qui soutiendraient les artistes.»

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