Sécurité

Gihanga/ Eleveurs vs administration : épreuve de force

11-12-2014

Trois semaines après la destruction de leurs étables dans la réserve de la Rukoko par des militaires, les éleveurs se sont vus contraints par l’administration à déplacer leurs bétails sur la colline Mudubugu. Mais ceux-ci refusent d’obtempérer.

Des vaches errant le long de la route Bujumbura-Rugombo, après la destruction des étables par des militaires ©Iwacu

Des vaches errant le long de la route Bujumbura-Rugombo, après la destruction des étables par des militaires ©Iwacu

Jean-Baptiste Hatungimana, chef des éleveurs de Gihanga, n’y va pas par quatre chemins : « Il est hors de question que nous nous installions sur la colline Mudubugu car l’endroit nous réservé est désertique. »

Selon lui, une partie de cette colline a été transformée en champ de tir et une autre a été scindé en deux parties : l’une octroyée à l’église Rocher, l’autre située dans la localité de Kagwema appartenant à la population qui y possède des champs.

Tout remonte au 8 novembre 2014 lorsqu’une position militaire est attaquée à Mumariba entre la 6ème et la 7ème transversale par des « bandits armés ». Quatre jours après, des militaires brûlent, vers 16h30, 105 étables, accusant les gardiens des vaches d’être de mèche avec les assaillants.

Lors de cette opération, confie Jean Olivier Bandusha, secrétaire général de l’Asselgi Tworore, une association regroupant 275 éleveurs dans la commune Gihanga, les bergers sont battus, d’autres fuient. « Plusieurs génisses ont été brûlées vives dans les étables pendant que des troupeaux entiers s’égaraient dans la nature. » En tout, onze mille vaches se dispersent.

L’ultimatum des éleveurs…

Ce qui est choquant, renchérit Jean-Baptiste Hatungimana, c’est la brutalité des militaires alors que les éleveurs avaient tenu une réunion avec les autorités administratives, le 2 novembre dernier. Ils s’étaient convenus de confectionner des badges pour distinguer les bergers des autres personnes. « Nous l’avons fait, mais cela n’a pas empêché les militaires d’agir comme ils l’ont fait. »

Concernant l’accusation d’être de mèche avec des « bandits armés », le chef des éleveurs indiquent que ces vaches y étaient élevées depuis 10 ans et qu’il n’y a jamais eu de telles accusations. Pour lui, il y a des non-dits derrière cette décision, car des dignitaires et de hauts gradés y possèdent des plantations où ils cultivent le riz, le manioc et du maïs. « Peut-être que nos vaches ont brouté dans leurs champs, d’où leur colère. »

En outre, Jean-Baptiste Hatungimana indique que ces éleveurs ont déposé un préavis de grève de 8 jours à partir du 25 novembre. « Si, aucune solution n’est trouvée d’ici cette date, les éleveurs suspendront toutes leurs activités. »

« Nous devons protéger cette réserve… »

Quant aux pertes enregistrées suite à la destruction de leurs étables, M. Hatungimana fait savoir que les éleveurs comptent porter plainte contre l’Etat du Burundi auprès de la Cour Administrative. Actuellement, confie-t-il, 72 vaches manquent toujours à l’appel.

Pour Anselme Nyandwi, gouverneur de Bubanza, la décision est irrévocable. « Ces vaches ne retourneront plus dans la réserve naturelle de la Rukoko car nous devons la protéger. » Et de s’étonner que ces éleveurs prétendent que Mudubugu n’est pas viable pour leurs troupeaux : « Plus de 50 étables y sont déjà implantées, pourquoi le reste n’y irait pas ?» Et d’insister que si les éleveurs refusent de déplacer leurs bétails, la police et l’administration s’en chargera.

Concernant des dignitaires et hauts gradés qui y pratiquent l’agriculture, le gouverneur de Bubanza indique ne pas être au courant de cette information. « Il appartient au ministère de l’Environnement de vérifier et de prendre des mesures qui s’imposent. »

Au moment où nous mettons sous presse, nous apprenons que les éleveurs ont soumis leur problème à l’ombudsman. Cheikh Mohammed Rukara compte les recevoir, ce vendredi 28 novembre.

  3   Vos commentaires
  1. Amédé

    Ce gouverneur de Bubanza adore faire le bras de fer avec ses concitoyens. Quand ces derniers lui posent un problème,au lieu d’essayer de trouver avec eux une solution, il s’empresse de montrer sa fermeté . Tenez, concernant la stevia, « tant que je gouvernerai cette province, la stevia n’entrera pas », et ceci sans la moindre explication. Ce monsieur est persuadé qu’il est là jusqu’à la fin du monde et même après.

  2. KIRA

    « En outre, Jean-Baptiste Hatungimana indique que ces éleveurs ont déposé un préavis de grève de 8 jours à partir du 25 novembre. « Si, aucune solution n’est trouvée d’ici cette date, les éleveurs suspendront toutes leurs activités. » « Au moment où nous mettons sous presse, nous apprenons que les éleveurs ont soumis leur problème à l’ombudsman. Cheikh Mohammed Rukara compte les recevoir, ce vendredi 28 novembre. » L’article est rédigé le 11/12/2014, pas d’erreur dans ces dates publiées ?

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