Opinions

Génocide : une expérience qui isole du reste de l’humanité

Le terme « génocide », une fois accolé à un massacre établi dans l’histoire, les victimes de celui-ci tendent le plus souvent à en maintenir le souvenir pour que les générations à venir ne l’oublient point. Pour que l’humanité entière s’en préserve à jamais : « Nunca mas ! », « Plus jamais ça ! », « Never again ! », « Ntibigasubire ! », etc… Mais est-ce suffisant pour en guérir et rejoindre en toute fraternité le concert des nations ?

Si l’entretien du souvenir, de l’analyse de l’idéologie génocidaire, de ses mécanismes générateurs et opérationnels méritent promotion et pérennité, l’on peut se demander en retour quelle place réserver à autrui. Quel statut donne-t-on « aux autres » qui n’ont ni souffert du génocide, ni perpétrer ce mal absolu ? Les rituels de commémoration poussent à l’introspection, au retour sur soi ; à une sorte d’enfermement dans un univers non enclin à toute forme d’empathie avec le reste des misères du monde.
Si tout génocide est une réalité horrible à ne jamais oublier, le Juif est-il à son tour prêt à « vivre » les tourments des peuples alentours ? L’Arménien va-t-il s’intéresser au sort des Kurdes ? Le Tutsi rwandais se préoccupera-t-il de l’avenir des Hutu et des Twa dans son univers mental et géographique?

Face aux tueries et à l’oppression anglaise, Gandhi et les siens ont lutté pour l’indépendance de leur nation, mais aussi – et peut-être surtout ! – pour une fraternité retrouvée dans la dignité et le respect mutuel entre l’Inde et la Grande Bretagne. Mandela et ses compagnons ont combattu avec acharnement l’apartheid qui tuait, torturait et opprimait les Noirs, mais pour aboutir à une société réconciliée et fortifiée par la justice et le pardon mutuel entre Blancs et Noirs. En d’autres termes, pour s’en sortir les victimes des autres formes de crimes contre l’humanité reconnaissent leur part négative ou tout au moins leur faiblesse inhérente à toute humaine condition. Après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945 par les Etats-Unis, les Japonais ont reconnu leur défaite, leurs crimes, puis ils ont décidé de se réconcilier avec les ennemis d’hier et de reconstruire un Japon nouveau et prospère.

Pour guérir de leurs traumatismes, les victimes d’un génocide gagnent à entreprendre une thérapie individuelle et collective qui les réconcilie avec le reste de l’humanité n’ayant pas subi le même sort. Un des témoignages de guérison qu’il m’a été donné de lire ((J’ai malheureusement oublié le livre et son auteur, mais je me demande s’il ne s’agit pas de La Mort ne veut pas de moi de Yolande Mukagasana.)) est celui d’une dame rwandaise qui au sortir d’un long et pénible parcours vers la rémission s’est entretenue avec un thérapeute Européen. Celui-ci lui demanda ce qu’elle comptait faire, maintenant qu’elle voulait vivre en Europe. Elle répondit qu’elle souhaitait vivement s’occuper de thérapie des adultes. Son interlocuteur lui posa alors la question suivante : « Vous qui avez perdu vos enfants et pratiquement tous les membres de votre famille, êtes-vous prête à écouter de vieilles dames qui viendront pleurer dans vos bras pour un chat mort ou très malade ? »

La réponse que donnera la dame rescapée du génocide attestera de sa guérison ou non. Si elle arrive à soigner les « bobos » de ces Européennes vivant un tout autre monde que ce qu’elle a vécu, c’est qu’elle aura récupéré ou acquis une capacité d’empathie qui lui fasse admettre que quelle que soit l’horreur de son histoire et de l’histoire de son groupe elle fait partie entièrement d’un ensemble plus grand à part entière : l’humanité.

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