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Gatumba : la deuxième désillusion

Un mois après Genève, les relations entre l’ADC Ikibiri et le pouvoir se dégradent. En témoignent les affrontements de dimanche dernier entre la police et les militants de l’ADC.

Dimanche 18 novembre 2012, le parti Frodebu-Sahwanya organise une réunion à Gatumba. D’après les responsables de ce parti, ils informent les responsables communaux de Mutimbuzi. Des membres de l’ADC-Ikibiri les accompagnent. Ils portent les couleurs de leurs différentes formations politiques.
A Kajaga, ils sont arrêtés par une barrière érigée par la police. Les membres de l’ADC garent leurs véhicules. Il est 9h40 quant la circulation est trouve paralysée. Ils entonnent les chansons pour attendre que la situation se décante.

Frédéric Bamvuginyumvira, vice-président du parti Frodebu-Sahwanya, essaie de négocier, mais des policiers leur refusent le passage. Léonce Ngendakumana, président du parti organisateur et de l’ADC, arrive. Il est accompagné d’Euphrasie Bigirimana, ancien ministre du Commerce, Marina Barampama, ex 2ème vice-présidente de la République…pour négocier. En vain.

Ils décident d’y aller à pied en passant à côté de la barrière. Après 20 minutes de marche, les policiers les arrêtent, lancent des grenades lacrymogènes et tirent des balles réelles en l’air. Marina Barampama est frappée, elle tombe et les policiers continuent de la rouer de coups de bâton et de bottine. Elle se relève, mais les coups pleuvent de partout. Elle essaie de courir avec une seule chaussure. Euphrasie Bigirimana est aussi battue. Elle est couchée à même le sol en pleurant. M. Bamvuginyumvira se cache dans un chantier en cours de construction. Personne n’a vu où était passé M. Ngendakumana. D’autres personnes surtout les femmes, qui ne peuvent pas courir, sont battues. Le commissaire de la PSR, Arthémon Nzitabakuze, est présent sur les lieux.

D’autres policiers arrivent en grand nombre avec des boucliers, des sapeurs- pompiers ainsi que des véhicules de la police de la protection civile. Pourtant, les blessés (9) ne sont pas vite évacués. Les membres de l’ADC sont poursuivis par des policiers partout où ils s’étaient cachés. Des chaussures, des insignes des partis sont laissés sur les lieux, des téléphones se perdent.

Difficile de quitter la vie du maquis pour la vie d’un pays organisé

Frédéric Bamvuginyumvira estime que l’acte posé par la police est lié à l’histoire de ce pays : « Il n’y a pas longtemps que les autorités de ce pays ont quitté le maquis. Ils ont tendance à tout mener par la force, oubliant qu’ils doivent privilégier les principes démocratiques.» Il leur est difficile, explique-t-il, de quitter cette vie de maquis pour la vie d’un pays organisé.
Frédéric Bamvuginyumvira constate que le régime du CNDD-FDD n’a pas la force de la pensée, mais celle des armes. Et partant, le même régime, déplore-t-il, fait feu de tous bois pour empêcher une alternance politique.

« L’épanouissement politique de la femme burundaise mis en jeu »

Alors que le monde entier prône l’implication de la femme dans la vie politique, Euphrasie Bigirimana souligne que « la présence de la femme dans les institutions ne reflètent pas la volonté politique du pouvoir de Bujumbura. » « Que des policiers envoyés par M. Nduwimana se ruent sur des femmes paisibles est inexplicable et contraire à l’Accord d’Arusha et à la Constitution », lance-t-elle indignée. Elle promet d’engager bientôt un procès devant la justice contre leurs bourreaux.

« Le parti Frodebu n’est pas constitué à 100% de femmes »

« C’est déplorable que des anciens dignitaires soient tabassés. C’est une humiliation », lance Hamza Venant Burikukiye, secrétaire général du Pisc. Cependant, il déplore que ces derniers violent la loi. Il refuse qu’Euphrasie Bigirimana se substitue à toutes les femmes burundaises pour défendre leur cause : « Le parti Frodebu n’est pas constitué à 100% de femmes et personne ne l’a mandaté pour dire que la femme est écartée dans les instances de prise de décisions. »

« Il faut éviter le piège tendu par l’ADC »

Jacques Bigirimana, secrétaire général du parti FNL (camp Emmanuel Miburo), ne mâche pas ses mots : « Il s’agit d’une provocation de la coalition illégale envers le pouvoir. » D’après M. Bigirimana, le ministère de l’Intérieur a déjà décrié la tenue de ce genre de réunion où un seul parti demande l’autorisation mais qu’en définitive, on voit la participation d’autres formations. Toutefois, il regrette que la police n’ait pas utilisé la force de la loi pour réprimer ce genre de comportement.
Quant au ministre de l’Intérieur, il estime que la police n’a pas exagéré comme le fait croire la coalition « illégale » : « C’était dans le but d’éviter le blocage de la route, comme à Minago (Rumonge), il y a trois semaines ».

Une guerre en préparation ?

Domitien Ndayizeye est catégorique : « A l’heure actuelle, il n’est pas possible de priver ce peuple de ses libertés. » Selon lui, quand le mouvement CNDD a pris les armes, il disait que l’espace politique était verrouillé. Cependant, l’ancien président constate que le parti CNDD-FFD se de rend coupable des mêmes torts vis-à-vis de son opposition. Le sénateur à vie affirme que le pouvoir mijote les ingrédients pour une rechute dans la guerre civile.

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