Politique

Eviter à tout prix un vide institutionnel ?

06/03/2018 Félix Nzorubonanya 13

Le projet de révision constitutionnelle prévoit un septennat pour le mandat présidentiel et un quinquennat pour le Parlement. D’aucuns s’interrogent sur cet écart.

Térence Ntahiraja : «Eviter le danger qui résulterait d’un vide institutionnel. »

«Le législateur veut que les deux institutions ne puissent pas terminer en même leurs mandats», observe Térence Ntahiraja, porte-parole du ministère de l’Intérieur. C’est pour éviter, explique-t-il, le danger qui résulterait d’un vide institutionnel. Et de citer l’exemple de 2015, période qui, selon lui, a failli plonger le pays dans un vide institutionnel.

M. Ntahiraja précise que c’est le président de l’Assemblée nationale qui assure l’intérim en cas de vacance du poste ou de cessation des fonctions du président de la République. « Si les deux institutions achèvent en même temps leurs mandats, le président de l’Assemblée nationale n’aura plus cette légitimité. »

De plus, poursuit-il, le législateur veut donner un temps raisonnable au président de la République pour qu’il puisse exécuter son programme. Et au Parlement de bien jouer son rôle de contrôle de l’action gouvernementale.

Interrogé sur l’hypothèse d’une perte de la majorité parlementaire du président en exercice à l’issue des élections de 2025, M. Ntahiraja se veut optimiste : « Cela peut arriver et montrera une maturité politique des électeurs.» Et d’espérer que le parti gagnant ne va pas se prévaloir de cette majorité parlementaire pour mettre des bâtons dans les roues lors du vote des lois. «Nous pensons que le président de la République va adopter une politique de cohabitation avec le parti vainqueur des législatives ».


>>Réactions

«Nous vivrons dans un cycle répétitif d’élections»

Phénias Nigaba, porte-parole du Frodebu, fait savoir que cet écart est praticable dans les démocraties avancées et stables. « Comme la démocratie burundaise est embryonnaire et en perpétuelle crise, cette rotation n’aura pas d’assises solides ».

Pour lui, l’argument de vouloir stabiliser le fonctionnement des institutions ne tient pas. «La stabilité d’un pays dépend de la maturité politique et démocratique de ses dirigeants. C’est un alibi. » Il estime que c’est une façon de nier l’Accord d’Arusha qui limite à deux quinquennats le mandat du président de la République.

M. Nigaba indique que les Burundais seront toujours dans une fièvre électorale. Des propagandes qui n’en finissent pas. Des tensions socio- politiques empêchant la population de vaquer à ces activités ou les contraignant à l’exil. « Nous vivrons dans un cycle répétitif d’élections ». Ces élections seront budgétivores dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde.

« Eviter le risque d’un vide institutionnel »

Kefa Nibizi, président du parti Frodebu Nyakuri, fait savoir que l’écart ne va pas empiéter sur les fonctions de l’une ou l’autre institution. Le législateur veut éviter le vide institutionnel. Cependant, M. Nibizi reconnaît lui-même le caractère répétitif et budgétivore des futures élections.

Selon lui, à partir de 2025, il y aura toujours des élections dans un intervalle de deux à trois ans. Tantôt les législatives, tantôt la présidentielle. Alors que le pays traverse une crise financière sans précédent.

Interrogé sur la perte de la majorité parlementaire à l’issue des élections législatives de 2025, Kefa Nibizi se veut rassurant : «Le président de la République aura à recomposer son gouvernement. » Et d’enchaîner : «Il va créer des alliances pour avoir une majorité parlementaire.»

« Continuité dans le contrôle de l’action gouvernementale »

Selon Abdoul Kassim, président du parti Upd, le législateur a voulu éviter le risque d’un vide institutionnel. De plus, il veut diminuer les élections qui se passent en même temps.
Ainsi, il pense que la séparation des deux pouvoirs sera nette. Le législatif sera renforcé. « La continuité dans le contrôle de l’action gouvernementale sera assurée. »

«Stabiliser les institutions »

Olivier Nkurunziza, secrétaire général de l’Uprona, soutient que le législateur veut plus de stabilité dans le fonctionnement des institutions. Il affirme que c’est un élan vers la maturité politique et le renforcement de la démocratie. « Si les élections présidentielles et législatives se passent en même, il y a risque que les unes influencent les autres. » Pour le Parlement, cet écart sera, poursuit-il, un espace propice pour bien contrôler l’action du gouvernement.
Enfin, il fait savoir que ce qui est recherché est la stabilité politique. « Celle-ci entraînera sans doute l’essor économique ».

Forum des lecteurs d'Iwacu

13 réactions
  1. Aristide

    Il faut équilibrer l’information. Sur 5 interlocuteurs, 4 ont la même lecture et les presque les même arguments. Cela risque d’orienter le débat aux yeux des lecteurs. Cependant, je trouve qu’il n y a pas de problème à ce que la constitution soit modifiée ou que les échéances présidentielles soient revues (ca se fait dans d’autres pays de l’EAC et partout dans le monde). C’est une question de politique nationale-qui se réfère toujours à la politique mondiale du moment. Le problème est comment gérer politiquement et économiquement ces processus. S’il y a une démocratie participative avec les mêmes droits et libertés (de sorte qu’à chaque niveau, si petite soit elle, les dirigeants représentent réellement l’électorat-parce que qui dit électorat dit aussi intérêts politiques, économiques, idéologique qui vont avec), s’il n y a pas de favoritisme, de discrimination quelle qu’en soit la forme, de détournement de fonds publics ou leur usages à des fins non essentiels, s’il y a un esprit patriotique(cet esprit n’est pas inné ou l’apanage d’un individu ou d’un groupe d’individu), s’il y a la confiance dans les autorités (laisser celui qui a gagné les élections accomplir son programme dans l’intérêts général de tous-cela ne signifiant pas qu’il doit nécessairement s’aligner à chaque intérêt individuel ou sectaire),si vraiment il n y a pas de faim, de corruption, de chômage (même atténué),les changements peuvent apporter du fruit. Mais si avec les élections, c’est pour voir les même personnes faire des rotations dans les différentes institutions du pays, voir les même riches, voir les même pauvres, voir les mêmes élus, voir les même contestataires(pour autant que ce qu’ils conteste soit vrai,…ca ne vaut pas la peine de changer les échéances.

  2. KOMEZAMAHORO

    Les francais disent que “ceux qui se ressemblent s’assemblent”. Quel autre “exemple” le pouvoir de Bujumbura pourrait-il donner que celui de ces pays qui ont des presidents a vie?

  3. Banza

    @Django jango
    Je suis un peu d’accord avec vous sur une chose: ambiance permanente de campagne électorale. Et surtout que les élections restent un luxe pour les pays pauvres. En effet pour les organiser on demande de l’aide. Ce n’est pas normal! Et si cette aide servait à acheter un équipement pur un hôpital ou construire un tronçon de route…?
    Par ailleurs il semble que tout ce que fait le pouvoir vous rebute!

  4. Znk

    @harimbari
    On dirait que vous n’aimez trop le foot. Que vous a t-il fait?

  5. Rurihose

    Un vide institutiinel
    Laisses mou rire.
    La chaise de notre président est soit vide ou soit occupée par une autre personne lors des rencontres de chefs d Etst
    Walah mbwira aho aheruka kuja hamwe n abandi?
    Pourquoi Ntirahaja parle à la place du ministre de la Justice?
    La constitution est du domaine du ministre de la Justice, que je sache.

  6. Munyangeri

    Murantunga. Je voulais écrire Ministres des finances…..et le moment venu.

  7. Munyangeri

    Dans le cadre de notre souveraineté nationale, je pense que les ministres de finances et de l’intérieur veillent au grain et que, dans le moment venu, ils vont nous inviter à contribuer”volontairement” pour le financement des élections législatives tout comme cela se fait pour l’élection présidentielle.

  8. roger crettol

    Un président d’une année …

    Effectivement,en Suisse, chaque année un des sept membres de l’exécutif collégial occupe, en plus des ses fonctions de “conseiller fédéral”, le poste de “président de la confédération”.
    Les membres du “conseil fédéral” sont élus ou réélus par le parlement.
    Le poste présidentiel est essentiellement représentatif, ce pourquoi la limitation à une année ne pose aucun problème.
    Les institutions de la Suisse et du Burundi ne sont pas organisées de manière comparable en ce qui concerne la tête de l’exécutif.

  9. Django unchained

    M. Nigiba est le plus lucide. C’est un choix calamiteux qui ne conduira qu’à créer deux cycles électoraux distincts. Le Burundi vivera désormais dans une situation de campagne électorale (enfin, pour ceux qui sont autorisés à y participer…) quasi permanente. Là où les pays européens ont très majoritairement réglé leur calendrier électoral aux élections européennes afin de ne conserver qu’un seul cycle commun, le Burundi va bien évidemment… en sens inverse.
    Est-il encore permis d’en rire ?

  10. SENYAMWIZA Jean Claude

    Eviter le vide insitutionnel? Mais quelles insttitutions? Aucune, sauf celle des Imbonerakure et du SNR qui font la pluie et le beau temps, ne marche en ce moment. Voilà la triste réalité du Burundi embourbé dans les mandats présidentiels inutikles et non productifs du tout depuis avril 2015

  11. Arsène

    On serait à se demander pourquoi le mandant présidentiel n’a pas été réduit à 4 ou 3 ans (ou même plus court) contre une augmentation de celui du parlement à 5 voire 7 ans.
    Un président pendant une année (du 31 décembre à minuit au 31 décembre suivant) en Suisse et ça fonctionne à merveille.
    Un chose intéresse nos dirigeants: copier tout ce qui a échoué ailleurs. On se rappelle Albert Shingiro (aux Nations Unies) qui défendait les intentions du pouvoir de Bujumbura par des comparaisons. Il citait le Zimbabwe, l’Ouganda, le Tchad, le Congo (Brazza), …
    Les arguments du pouvoir ne sont pas de nature à convaincre; de toute façon, ces manoeuvres ne sont là que pour tenter de légitimer une dictature qui n’avance plus masquée.

  12. Jereve

    C’est bien dit que le législateur a voulu éviter un vide institutionnel, qu’il a voulu fixé ceci ou cela, que sais-je encore. Le doute est permis, car dans notre cher Burundi, derrière le législateur se cache un politicien qui veut surtout assurer ses arrières et sécuriser ses acquis. Des calculs qui sont la source des tous nos malheurs.

  13. harimbari

    Quel vide institutionnel ? Le Burundi n’a jamais connu le “plein institutionnel” depuis 2015, meme avant cela. Les institutions se sont toujours occupe de la gabegie et de la corruption. Apres avoir renfloue les poches, elles vont “prier” pour la continuite et jouer au foot.

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