Éducation

Des écoles privées dans l’œil du cyclone

20-04-2017

Une correspondance émanant du ministère de l’Eduction met en garde des établissements privés qui auront moins de 20% au prochain concours national. Un expert dénonce une mesure inappropriée.

Des écoles privées qui auront moins de 20% au concours national  verront leurs portes fermées.

Des écoles privées qui auront moins de 20% au concours national verront leurs portes fermées.

« J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que toute école privée dont les résultats seront inférieurs à 20% audit concours sera fermée après la clôture de l’année scolaire 2016-2017 », a mis en garde Janvière Ndirahisha, la ministre de l’Education, dans une correspondance.

La ministre y souligne que la visibilité d’une école se manifeste à travers les résultats obtenus aux évaluations nationales. «Moins de 20% s’avère un indice de l’incapacité pour l’école à atteindre le seuil minimal de la qualité souhaitée des enseignements. »

Parmi ces établissements scolaires dans le collimateur du ministère de l’Education, le lycée Newton sanctionné par une note de 9% au concours national de 2016, le lycée William Thomson avec 0% de réussite, etc.

Antime Mivuba, expert en question de l’éducation, s’étonne que cette mesure tombe au moment où certains de ces établissements ont une vingtaine d’années d’existence. Il rappelle qu’il existe des critères pour l’agrément des écoles. Entre autres, précise-t-il, des classes viables, une superficie d’un ½ ha, une équipe de direction qualifiée, etc. Il ajoute que le plus important est le critère pédagogique : « Il faut que les manuels, les planches, les matériels didactiques ou des laboratoires, les cartes murales… soient au complet.»

M. Mivuba regrette que des écoles privées aient été laissées à elles-mêmes : «Elles ne sont pas encadrées correctement. Des défaillances ont été signalées et rien n’a été fait.» Pour lui, certains de ces établissements sont devenus de vraies boutiques, des lieux de business et non de formation. «Il faut que le ministère produise et donne au moins des matériels didactiques aussi bien dans le privé que dans le public. »

Une réponse pédagogique inappropriée

M. Mivuba pense que le mieux serait de trouver des solutions à cet échec et non de brandir des menaces.
Quant à Ladislas Muyuku, ancien inspecteur principal de l’enseignement public et privé, il a fait ce constat : «Nous avions remarqué que des élèves avaient de bonnes notes à l’interne, mais que lors des évaluations externes, elles dégringolaient.»

Selon cet ancien cadre du ministère de l’Education, des rapports ont été faits sans que des réponses appropriées ne soient appliquées. L’indisponibilité des professeurs est, selon lui, l’autre difficulté qui mine les établissements privés. « La plupart des professeurs sont des vacataires alors que les élèves ont besoin d’un suivi continu.»

François Ngeze, président de l’Union pour la promotion de l’enseignement privé au Burundi, dit être au courant de cette correspondance. Il dénonce une réponse pédagogique inappropriée : « Quand un élève est faible, on ne le chasse pas, on s’occupe de lui.» Et de renchérir : «Le fait qu’une seule classe de 9ème échoue au concours national ne devrait pas conduire à la fermeture de tout un établissement.» Toutefois, il salue cette initiative du ministère : «Nous y voyons évidemment le souci de l’Etat de promouvoir un enseignement de qualité.»

M.Ngeze en appelle à une concertation avant de penser à fermer ces établissements : « Il faut que tous les partenaires soient impliqués ». Pour lui, le sort des élèves en provenance de ces établissements devraient préoccuper plus d’un. « Les élèves du secteur privé sont autant que ceux du publics sous la responsabilité de l’Etat.»

  6   Vos commentaires
  1. Gacece

    Quelque chose ne colle pas ici. Les écoles privées sont censées dispenser un enseignement de qualité supérieure à celui des écoles publiques. C’est pour cette raisons que leurs clients, parfois plus nantis financièrement, choisissent d’y inscrire leurs enfants plutôt que dans l’école publique.

    Quand on dit que la responsabilité de mauvais résultats incombe au gouvernement, c’est se tromper de cible. Il faut que le personnel de direction de ces écoles revoient leurs stratégies. Qu’ils s’asseoient avec avec le personnel du ministère pour définir ensemble les objectifs, les correctifs des carences et des engagements de performance qu’ils doivent suivre et/ou remplir pour améliorer leur sort et celui de leurs élèves.

    Arrêtez cette chasse aux sorcières et mettez-vous au travail! Les victimes dans tout cela sont sûrement les parents et leurs enfants qui doivent se sentir négligés.

  2. Rocher Shalom

    Je voulais ici porter mon opinion sur la decision du ministre. Je pense qu’il est important pour le gouvernement et en particulier le ministère de l’éducation de soutenir les écoles privées, de les encadrer et surtout de les faciliter pour sa contribution aux efforts du gouverment de promouvoir l’éducation au Burundi. La decision du ministre m’apparait contradictoire dans le cadre du partenariat du secteur public et privé. Nous devons nous rappeler que les écoles privées ont jouées un grand rôle positif pour beaucoup des burundais dans des années passées lorsque l’accès à des écoles publiques n’étaient pas donnés à tout le monde. Combien des leaders aujourd’hui dans les institutions publiques et privées sont passés sur les bancs des écoles privées? ils sont très nombreux. Nombreux parmi eux n’ont pas réussis aux concours nationaux de ce temps, mais font la fierté du pays aujourd’hui. Nous ne devons pas oublier que depuis des années, les écoles privées étaient toujours marginalisées et oubliées. La plus part de ces écoles recevaient à bras ouverts les enfants rejettés des écoles publiques. nombreux parmi eux avaient des très mauvaient résultats. Les écoles privées fonctionnaient comme des endroits de recyclage des rejetons du système éducatif national. Il est aujourd’hui inconcevable et injuste que la ministre veut fermer ces écoles aujourd’hui au lieu de les aider. Je n’ai pas de confirmation sur les cas des écoles dites communales, mais il ya des informations que certaines de ces écoles n’atteignent pas aussi le 20% de resultats souhaités par la ministre. Curieusement elles ne sont pas concernées par cette decision. Si cela est vrai, cela sera vu comme injuste. Nous appelons la ministre de réconsiderer cette decision, et de venir en aide aux écoles qui remplissent le minimum des conditions exigé par le ministère, et posseder au néttoyage des écoles privées opérant dans de mauvaises conditions, et ne remplissant pas le minimum des conditions et ne font que du businness au lieux de l’éducation des enfants, ces écoles font la honte des écoles privées.

  3. mike

    Mike

    Quand on parle uniquement de la proportion de 20%, cela sème la confusion aux vrais pédagogues. S’agit-il de 20% comme taux de réussite ou de 20% comme moyenne de la classe? La différence est de taille car les deux n’ont pas une même interprétation pédagogique.

  4. NDAVUGA

    D’où les écoles privées sous contrat avec l’Etat ! Ce dernier doit valider les enseignements dispensés et chaque professeur doit être inspecté avant sa titularisation. N’en déplaise aux indépendantistes, ni ukuja kurahura ubwenge ahandi où l’enseignement privé appuie l’Etat là où il ne peut pas tout faire.
    Il en est de même dans l’administration où le public-privé collabore étroitement.
    L’expérience des autres peut servir à condition de l’adapter intelligemment à notre situation socio-économique du moment puis l’évaluer après un certain temps pour avancer.

    • Bakari

      @NDAVUGA
      C’est vrai! Il ne faut pas à chaque fois ré-inventer la roue. Mais il faut faire gaffe car les intérêts du privé ne coïncident pas toujours avec ceux du secteur publique.
      En effet l’objectif unique d’une boîte privée est de maximiser « son » profit; et pas celui de la population (surtout paupérisée) en général.

      • @Bakari
        Il faut faire la part des choses. On ne peut pas comparer l’enseignement des maths ou d’une autre matière dans une école privée avec la vente des ordinateurs par une entreprise privée. La maximisation du profit n’est pas sans limite.

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