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Le Burundi chante

Ballade à travers l’histoire de la naissance de la musique moderne burundaise

08-08-2014

De l’Inanga à la guitare classique, une histoire de la naissance de la musique burundaise moderne (1960-1985), écrit par  par Mgr Justin Baransananikiye, est une mine d’or. Rempli de récits, d’anecdotes et de photos d’anciens musiciens qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs, c’est l’indispensable outil pour ceux qui s’intéressent à la musique burundaise.

Monseigneur Justin Baransananikiye interprète Incuti irahumuriza avec son fils ©Iwacu

Mgr Justin Baransananikiye interprète « Incuti irahumuriza » avec son fils ©Iwacu

Auteur-compositeur d’ »Incuti irahumuriza », « Ngira mpere udusiga », « Mpaye umukenyezi », « urukundo ni intagerwa », Mgr Justin Baransananikiye est l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. De l’Inanga à la guitare classique, une histoire de la naissance de la musique burundaise moderne (1960-1985). Pourquoi l’Inanga? «Parce qu’il représente le parent, le grand-parent de tous les instruments musicaux burundais.», répond l’auteur. Et pourquoi pas l’Ingoma (tambour) ? « Je crois que dans notre pays, le tambour joue un rôle que nous respectons beaucoup. Il est le symbole de la royauté. Pour nous autres musiciens, nous gardons l’Inanga comme symbole.»

L’auteur indique que ce livre vient montrer comment les musiciens burundais sont partis de leur musique traditionnelle vers la musique moderne. Et d’ajouter qu’il a trouvé bon d’éclaircir certains coins sombres dans ce domaine. « J’avais tellement été découragé de l’attribution de certaines œuvres musicales à des personnes qui n’en sont ni les auteurs ni les compositeurs.» Le livre vient mettre les choses en ordre.

Huit chapitres en tout, une lecture palpitante

Le premier chapitre parle de la naissance des premiers musiciens modernes burundais représentés par l’Abbé Marc Barengayabo, le père de « Burundi Bwacu », l’Abbé Jean-Baptiste Ntahokaja et ses deux collaborateurs Joseph Rugomana et Karabagega. Dans ces années 60, la musique évolue dans les écoles secondaires. L’influence de la musique congolaise est remarquable. «Chaque jeune de Bujumbura désirait ardemment apprendre à gratter de la guitare et pouvoir jouer «Mokolo nakokufa» de Rochereau », écrit-il. Petit à petit, des groupes comme «Vox Burundi», «Amical Jazz Burundi» et «Soul collection» commencent à naître.

Le livre est plein d’anecdotes. L’auteur raconte comment le président Micombero voulant une chanson pour mobiliser la population à suivre le changement qui venait de s’opérer, recruta alors un chanteur congolais du nom de Joseph Kabasele dit « le Grand Kallé ». Ce dernier composa deux chansons en lingala et en Kirundi. L’une à la gloire du chef de l’Etat et l’autre pour le parti unique. Une autre anecdote est la révocation de David Nikiza alias Niki Dave de l’orchestre AMABANO. « On évoque souvent une question de refus de signature de contrat avec la Radiodiffusion nationale. C’est faux.» Son ancien compagnon écrit que la raison est que la chanson «Umugore w’ubu ni temba ntereke» avait, semble-t-il, blessé moralement une certaine grande dame très influente auprès des autorités du ministère de l’Information.

Des souvenirs, on ne s’en lasse pas. Au fur des chapitres, on découvre à travers sa plume nos grands musiciens : Canjo Amissi, Niki Dave, Shungura Pancrace, Kirundo Gérard, Africanova, Léonce Ngabo, Jean Berchmans Hakizimana, Sylvestre Ciza, etc. Et en appendice, on s’émerveille devant leurs belles photos inédites et les paroles de leurs chansons qui font encore chavirer les cœurs des mélomanes.

Il n’est pas tendre avec la jeune génération de musiciens

«Notre langue est bafouée dans les chansons d’aujourd’hui. Les musiciens ne consultent plus les vieux sages qui possèdent la langue. C’est pour cette raison qu’ils produisent des chansons dont les paroles sont superficielles.» Selon Mgr Justin Baransananikiye, ce livre réoriente les musiciens vers la recherche de l’inspiration au sein de la culture burundaise. La jeune génération a perdu ses repères, d’après lui. « Cet ouvrage pousse les musiciens à intégrer les écoles de musique pour être formés afin de produire une musique de qualité.»

Signalons que ce livre coûte 50.000 Fbu. Pour ceux qui pensent qu’il est cher, l’auteur n’est pas de cet avis. «A part qu’il contient des photos qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs, les recettes vont soutenir l’Institut de musicologie de Gitega.» Le livre sera vendu au Musée de Gitega, à l’Alliance franco-burundaise de Gitega. A Bujumbura, vous pourrez le trouver au Musée Vivant, à la Libraire Saint-Paul, etc. Excellente lecture.

  3   Vos commentaires
  1. Mgr. Justin BARANSANANIKIYE

    Merci à vous tous, chers amis, qui m’envoyez vos bonnes appréciations et vos encouragements pour cet ouvrage. Je viens d’ouvrir « l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA » qui formera les futurs musiciens Burundais ainsi que les enseignants du cours de musique dont le Burundi a tant besoin après trente ans de suppression de cette discipline dans nos écoles. Il me faut absolument trouver des sponsors pour cette école. Entre temps, c’est par la vente de ce livre que je tente de trouver quelques maigres fonds. Quiconque souhaiterait collaborer dans ce sens, soit en nous aidant à promouvoir la vente de ce livre, ou à intéresser d’éventuels donateurs est le bienvenu. Soyez libres de me contacter au tél: 79877097 ou au 77758123, ou par Email à : jbaransananikiye@yahoo.fr.
    Merci infiniment. Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, auteur du Livre.

  2. J-PK

    Une nouvelle qui me va directement au coeur. J’ai hâte de lire ce livre plein d’anecdotes. Parle-t-il des concours de la chanson « Pirogue d’or »(73 ou 74 je crois) ? J’ai plusieurs anecdotes là-dessus. J’étais un fan de la musique et des théâtres. Comme j’étais trop jeune et sans un sous (les quelques pièces reçues ici et là servant à acheter les beignets), je savais comment me faufiler dans la clôture de la « Province » jusque dans la la Grande Salle. J’ai raté peux de spectacles des années 73-76. Les gendarmes généralement me laissaient … souriaient même de mon audace. Comme j’atterrissais souvent à l’avant de la salle, je prenais ma chaise dans les rangs VIP. Un jour qu’on voulait m’expulser, un homme apparemment chinois ou coréen prit ma défense … Un autre jour quelqu’un, un officier je crois, voulu me frapper, nca mbesha ko ndi le petit frère d’un ministre yari yicaye deux chaises avant, aca arandeka. Je savais qu’il n’allait pas oser vérifier . Le malheur voulu qu’on moment ou, tout le monde débout, l’on applaudissait, je touchai par mégarde dans sa poche de chemise style « Retroussons » aca arancakira akaboko yibaza ko nshaka kumwiba … Narishituye nca ndiruka et à part nous deux personne, personne n’a rien remarqué …

    Bref, je vais acheter au moins un exemplaire de ce livre. Uyomusenyeri aragahorana Imana. Ariko arafasha gutea imbere notre culture.

  3. Seke

    Sublime! Je ne connaissais pas l’auteur des chansons très poétiques comme « Ngira ntere agasiga » et « Urukundo ni intagerwa ». Les originaux, je veux dire. Elles ont bercé mon enfance dans les années 1980. Elles font partie de mes 5 meilleurs titres de la chanson burundaise. Ringard, peut-être?
    Quant à l’auteur, il nous livre sa sagesse. C’était un ouvrage attendu. Je m’étais toujours demandé qui écrira un tel livre. Le coût? Oui, c’est cher au regard de l’état de pauvreté ds burundais. Mais il faut penser aux coûts de l’édition. A moins que l’on soit subventionné. Or, il ne faut pas attendre d’être subventionné pour écrire un livre. Je dirais que c’est le prix normal d’un livre. Merci, Mutama!

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