Économie

De la cendre pour conserver les tomates

12-10-2017

En commune Gisuru, province Ruyigi, Vital Nduwimana, un agriculteur a mis au point une technique de conservation des tomates. «Une découverte salutaire », se réjouissent les agriculteurs.

Avec cette technique, beaucoup d’agriculteurs espèrent mieux conserver leurs récoltes.

«C’est le fruit du hasard », reconnaît cet agriculteur. «En fait, j’avais eu une bonne production et une grande partie a pourri. Chaque fois, raconte-t-il, je rassemblais de la cendre dans un coin de la cuisine, pour être utilisée plus tard comme fumier. Et c’est dans la même pièce qu’il stockait les tomates.

En 2015, quatre mois après la récolte de tomates, il a voulu utiliser de la cendre dans ses champs. Par hasard, relate-t-il, je suis tombé sur une vingtaine de tomates, dans un tas de cendre. «Elles étaient intactes. Le reste avait été vendu à bas prix pour éviter qu’elles pourrissent.»

Cet agriculteur indique que sa famille les a consommées. «Il n’y a pas eu de conséquences sanitaires.» Il assure que cette découverte improvisée lui a servi de déclic.

La production de la saison suivante sera alors consacrée à l’expérimentation : «J’ai soigneusement récolté mes tomates. Je les ai déposées dans un carton rempli de cendre, en prenant soin de les séparer pour qu’elles ne se touchent pas. Au bout de huit mois, elles étaient presque toujours intactes. Un miracle.»

Il s’est alors concentré sur la qualité de la cendre. Au bout du compte, Vital Nduwimana, la quarantaine, souligne qu’il a réalisé qu’il faut enlever les débris, les résidus. «Le tamisage doit se faire plus d’une fois pour se débarrasser de tous les corps étrangers.»

Et d’avertir : «Le produit final doit être conservé à l’abri de toute humidité. » Au cas contraire, poursuit-il, la cendre doit être séchée au soleil pendant un certain temps avant son utilisation. «Si toutes ces procédures sont suivies, c’est possible de conserver les tomates pendant plus de huit mois.»

Aujourd’hui, il affirme qu’il n’a plus de soucis de conservation de sa production. Certains agriculteurs de Ruyigi, Cibitoke et Bubanza ont déjà été formés en la matière.

Avant d’arriver à ce résultat, explique cet agriculteur, j’ai fait plusieurs essais, tenté plusieurs techniques de conservation. «J’ai utilisé de l’argile, de la terre et même du sable, sans succès.»

Les agriculteurs jubilent

A Kabuyenge, à moins de dix kilomètres de la Tanzanie, les tomates y sont cultivées abondamment. «C’est vraiment salutaire. Durant les mois de récolte d’août-septembre, nous étions obligés de jeter une partie de notre production ou de vendre à vil prix nos tomates», témoigne Cassien Sendegeya, un cultivateur.

Après avoir eu écho de cette technique, indique-t-il, les pertes ont sensiblement diminué. Ce que soutient Libère Birarama, chef de colline Kabuyenge. Il plaide même pour la construction d’une usine de transformation des tomates.

Une agricultrice de tomates à Gihanga, province Bubanza qui a déjà bénéficié d’une formation en cette technique témoigne : «Je perdais la moitié de ma production à chaque saison. Mais après avoir côtoyé M. Nduwimana, ma production est écoulée à 100% et au moment voulu.» Selon elle, d’autres agriculteurs attendent impatiemment d’être formés en la matière.

Et Elyse Muhorakeye, coordinatrice de l’«AgriProFocus», un réseau de promotion de l’entrepreneuriat agricole, de renchérir : «C’est vraiment une bonne chose parce que la conservation des produits agricoles est problématique.»
Il reste que l’Institut des Sciences agronomiques du Burundi (ISABU) homologue cette découverte afin qu’elle soit vulgarisée. Par ailleurs, elle trouve que cet agriculteur de Kabuyenge mérite d’être primé afin de motiver les autres chercheurs.

Côté Isabu, Nicolas Niko, chercheur confie que cette technique y est déjà connue et est sous analyse pour être validée. Et de rassurer que l’utilisation de la cendre n’est pas dangereuse pour la santé humaine.

  6   Vos commentaires
  1. Fofo

    Félicution pour cette invention. Il fallait penser à protéger son invention et en obtenir le brevêt d’invention auprès du Departement de protection industrielle au Ministère du Commerce. Malheureusement, il a déjà révélé la formule.

  2. NTAKABURIMVO

    Vraiment félicitation et merci à ce brave agriculteur.

  3. Prophète

    Bonne nouvelle
    Ntitwokwama mu politique yaba dd gusa

  4. Stan Siyomana

    « Cote ISABU, Nicolas Niko, chercheur confie que cette technique y est deja connue… »
    DEJA EN JANVIER 2009, une bloggeuse faisait mention d’une newsletter « From garden to kitchen » publiee par l’UNICEF (a Suva sur l’ile de Fiji?) et qui expliquait comment en Philipines (Asie du sud-est) on parvenait a preserver des tomates dans des cendres de bois pendant 3 mois/Fresh tomatoes can be preserved in wood ash for up to three months.
    (Voir Preserving tomatoes in wood ash.www.huerto-de-Altamira.blogspot.com, January 31, 2009).

  5. MISHA

    « Côté Isabu, Nicolas Niko, chercheur confie que cette technique y est déjà connue et est sous analyse pour être validée. » Mais c’est ce brave agriculteur qui l’a démontré en premier ! Science sans conscience n’est que ruine de l’âme !

  6. PCE

    Il est étonnant que l’ISABU n’ait encore fait aucune déclaration à ce sujet , lui qui est censé avoir des connaissances et un budget pour ce type d’éclairage.
    Mais je peux vous réveler que les cendres de bois ( attention le bois doit être non traité )a des propriétés anti bactériennes ce qui permet de protéger les fruits et légumes à bulbes fragiles, les tomates y compris. De plus grace à ses propriétés d’aération les cendres permettent de chasser l’humidité, or l’humidité est le premier ennemi des produits frais . Il se fait justement que les legumes comme les tomates produisent le phénomène de condensation et donc l’humidité.
    Conclusion donc : éviter la condensation et l’humidité permet de conserver plus longtemps les légumes et fruits .
    Mais il faut une fois de plus faire attention à ce type de conservation car les cendres de bois contiennent justement des minéraux comme le calcium , le phosphore, la potasse et la silice , des substances pouvant servir comme engrais . Il faut peut être eclaircir l’éventualité de contamination des tomates par ces substances. La tache des biologistes et de l’ ISABU peut alors commencer. Espérons cher Ndabshinze Rénovat que nous aurons une suite à cet article

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