Économie

Création d’entreprises : « Réforme nécessaire, mais pas suffisante »

03/05/2018 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Création d’entreprises : « Réforme nécessaire, mais pas suffisante »
Création d’entreprises : « Réforme nécessaire, mais pas suffisante »
Denis Nshimirimana :« Cette redevance a fait reculer le Burundi dans le classement du Doing Business.»

Les frais d’immatriculation des sociétés passent de 140 mille Fbu à 40 mille Fbu. La mesure n’assure pas la viabilité des sociétés créées.

Une ordonnance conjointe du ministère des Finances et celui de la Justice est tombée, le mardi 16 avril . Elle fixe la redevance unique pour toute société à immatriculer. « C’est dans le but de promouvoir la création des entreprises au Burundi», lit-on dans cette ordonnance. Désormais, cette redevance est fixée 40 mille Fbu alors que depuis décembre 2016 elle était de 140 mille Fbu.

« Cette redevance a fait reculer le Burundi dans le classement du doing business », regrette Denis Nshimirimana, secrétaire général de la Chambre Fédérale du commerce et d’industrie du Burundi(CFCIB).

Rappelons que pour le classement de Doing Business, le Burundi a régressé depuis 2015. Sur 189 pays, il est classé 155é en 2015, 157è en 2016 et 164è en 2017. Cet entrepreneur soutient que cette redevance constitue un vrai blocage aux entrepreneurs nationaux ayant un petit capital de démarrage. A titre d’exemple, celui qui a un capital 500 mille Fbu, ne peut pas décaisser une somme de 140000 Fbu, soit 30 % de son capital pour se faire enregistrer. Ainsi, ils préfèrent travailler au noir « Nous avons plaidé pour que cette ordonnance soit révisée.»

Denis Nshimirimana estime que cette mesure aurait deux effets directs : le Burundi serait bien coté par la Banque mondiale dans le cadre du doing business et les micros et petits entrepreneurs effarouchés par les frais d’enregistrement pourraient se lancer dans le business. Au Burundi, précise- t-il, le gros des entrepreneurs sont dans la catégorie de micros et petites entreprises. Aujourd’hui, le Burundi compte à peu près une centaine de grandes entreprises. Pour lui, le seul moyen de sortir les entrepreneurs de l’informel est de diminuer les redevances des sociétés à immatriculer.

D. Nshimirimana est confiant que cette réduction va encourager les petites entreprises informelles et de micros entrepreneurs à se faire enregistrer au grand jour. Ces derniers commenceront à créer l’emploi et déclarer les impôts.

Les entreprises ont besoin de crédits de long terme

Le secrétaire général de la Chambre Fédérale du commerce et d’industrie du Burundi(CFCIB) indique que cette réforme ne suffit pas pour assurer la viabilité des entreprises créées. D’autres réformes devraient être mises en place pour soutenir et encourager les sociétés créées. Il propose notamment la réduction de l’impôt des sociétés afin de permettre aux entrepreneurs de pouvoir tenir au début de leur activité. Signalons que l’impôt est de 30% du bénéfice réalisé.

« En outre, l’accès aux crédits est une contrainte majeure pour les sociétés naissantes.», précise Denis Nshimirimana. Elles ont besoin des crédits à long terme pour amortir leur investissement. Aujourd’hui, toutes les banques commerciales accordent des crédits de court terme, variant entre deux et trois ans. Elles limitent des crédits d’investissement sur sept ans alors qu’ailleurs ils s’échelonnent sur une période de trente ans. « Mais les banques ne sont pas responsables de cette contrainte.» Elles ont de placements à court terme, soit de moins de deux.

Plus les placements sont à court terme, plus les crédits accordés sont également courts. « Nous avons un taux d’intérêt qui varie entre 18 et 19% pour un crédit remboursable en moins de 3 ans. Aucun entrepreneur ne peut prendre le risque de demander un crédit », confie Denis Nshimirimana. Pour se faire, il donne l’exemple des pays européens où le taux d’intérêt ne peut pas dépasser les deux chiffres tandis que le Japon est au stade d’octroyer des crédits à 0% pour booster la création des entreprises et des emplois.

Selon lui, plusieurs entreprises créées sont mort-nées. Ces dernières naissent et meurent après trois ans. Cette vulnérabilité est liée à l’environnement financier et fiscal qui n’est pas incitatif à leur développement « Mais il y a aussi le manque de maîtrise de leur secteur d’activité. » A cause de leur manque d’informations suffisantes, certains entrepreneurs se lancent dans le secteur où le marché est saturé et travaillent à perte. D’autres n’ont pas de compétences techniques requises pour monter leur projet ; ils ont des plans d’affaires mal élaborés. Cela se répercute sur leur activité. Il y a aussi ceux qui tombent en faillite suite à une mauvaise gestion.
Les NIF délivrés confondus avec les sociétés créées

Signalons que les statistiques de l’Agence Burundaise pour la Promotion des Investissements (API) montrent que les entreprises créées n’ont cessé de croître depuis 2013. Plus de dix mille sociétés ont été créées.

Pour Denis Nshimirimana, la montée en flèche du nombre des entreprises créées ne suffit pas. L’API devrait faire le suivi pour savoir les entreprises qui fonctionnent. « Il suffit de voir la liste des entreprises qui ont déclaré leurs impôts et taxes à l’OBR à la fin de l’année.»

Pierre claver Nduwumwami, directeur général du Burundi Business Incubators trouve qu’il s’agit d’un abus de langage lorsque l’API déclare que dix mille entreprises ont été créées. Plutôt, nuance-t-il, elle pourrait dire que plus de dix mille numéros d’identification fiscale(NIF) ont été délivrés. Conscients qu’ils ne peuvent pas soumissionner aux marchés de fournitures lancés par le gouvernement, les banques, les entreprises et les organisations non gouvernementales sans tenir le NIF, révèle Pierre Claver Nduwumwami, certains individus s’enregistrent à l’API. Et préciser que les fournisseurs des biens et services doivent avoir un numéro d’identification fiscal et un registre du commerce. D’après lui, les personnes ayant le NIF peuvent gagner les marchés publics, livrer des commandes et empocher de l’argent. Mais ces individus ne sont pas des sociétés. Raison pour laquelle, les emplois créés ne sont pas nombreux.

>> Classement du Burundi par Doing Business (2008-2017)

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