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Politique

Consultations Burundi-UE : un rendez-vous manqué

L’Union européenne et le Burundi ont entamé des consultations mardi le 8 décembre dernier à Bruxelles, pour connaître l’avenir de leurs relations, qui s’annonce sombre pour Bujumbura.

L’Union européenne considère que les éléments essentiels repris à l’article 9 de l’Accord de Cotonou n’ont pas été respectés par la République du Burundi

L’Union européenne considère que les éléments essentiels repris à l’article 9 de l’Accord de Cotonou n’ont pas été respectés par la République du Burundi

« Consultations décevantes », c’est la phrase lâchée sous couvert d’anonymat par un diplomate qui a participé à la rencontre. « C’est un communiqué très dur pour la délégation burundaise », explique J.M, journaliste accrédité à l’UE et rompu au langage, soft, très diplomatique de l’institution qui ne goûte guère aux déclarations fracassantes. Bujumbura a été invité pour démontrer à l’UE sa volonté de respecter ses engagements en matière de respect des droits de l’homme et des principes démocratiques, sous peine d’une rupture de la coopération entre les deux. Une délégation venue de Bujumbura, de 18 personnes, dont six ministres, conduite par Alain Aimé Nyamitwe, le patron de la diplomatie burundaise, s’est ainsi rendue à Bruxelles, avec l’aide de l’UE.

Ces consultations sont prévues dans l’article 96 de l’Accord de Cotonou signé en 2000 qui régit la coopération entre l’UE et les pays de la zone ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique). C’est une procédure qui est susceptible de conduire à la suspension de l’aide européenne « lorsqu’ une partie considère que l’autre manque à une obligation découlant du respect des droits de l’homme, des principes démocratiques et de l’État de droit ».

Des propositions non convaincantes…

Alain Aimé Nyamitwe : « Chaque fois que les lois de la République le permettaient, nous étions prêts à accéder à la demande de l’Union européenne. »

Alain Aimé Nyamitwe : « Chaque fois que les lois de la République le permettaient, nous étions prêts à accéder à la demande de l’Union européenne. »

A l’issue de ces consultations, l’Europe n’a pas été convaincue par les propositions de Bujumbura, et a annoncé qu’elle prendra des mesures appropriées. Apres plus de six heures de discussions à huis clos, un communiqué de l’Union européenne considère que les éléments essentiels repris à l’article 9 de l’Accord de Cotonou n’ont pas été respectés par la République du Burundi. « L’Union européenne considère que les positions exprimées ne permettent pas de remédier globalement aux manquements des éléments essentiels de son partenariat avec la République du Burundi. » Ni à ce dernier de s’engager rapidement sur la voie d’un dialogue « sincère et inclusif » réclamé par les Nations unies et l’Union africaine, ajoute ce communiqué.

Selon Bruxelles, cette décision ouvre la voie à des sanctions, des « mesures appropriées », pouvant aller jusqu’à une rupture de sa coopération. Mais à ce stade, la nature exacte de ces sanctions n’est pas précisée. En attendant l’adoption de ces mesures prévues courant janvier 2016, des mesures conservatoires pourraient être prises quant aux activités de coopération en cours et en limitant les nouvelles, à caractère humanitaire ou bénéficiant directement aux populations. Pour Bruxelles, l’engagement ferme et opérationnel du gouvernement du Burundi à participer dans les meilleurs délais au dialogue cité ci-dessus, comme d’ailleurs demandé par le Conseil de Sécurité des Nations Unies dans sa Résolution 2248 du 12 novembre 2015, constituera un signal positif.

Une issue prévisible

La réouverture des médias privés, la sécurité pour les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme, la nécessité d’une justice équitable, et d’enquêtes sérieuses sur les allégations de torture et/ou d’exécution extrajudiciaire…Tels sont les principaux points que l’UE veut traiter, conformément à l’Accord de Cotonou. Mais aussi, et surtout, la reprise d’un dialogue inclusif sous médiation internationale et la mise en place d’un plan de sortie de crise.

Entre 2000 et 2015, l’UE a investi globalement plus de deux milliards d’euros (environ 4 000 milliards de BIF) en soutien des efforts burundais. Pour la période 2014-2020, l’UE a par ailleurs signé avec le Burundi un Programme national indicatif dont le budget est de 432 millions d’euros, le double par rapport au Programme précédent (2007-2013). Des projets pour un montant global de 55 millions d’euros avaient déjà été approuvés en 2014 dans les secteurs de l’énergie et de la gouvernance, dont 8 millions pour les élections, mais suite au climat de violence qui s’est instauré dans le pays, ces fonds ont été en partie suspendus.

Bujumbura, qui n’a jamais changé sa position face à ces questions, devait donc convaincre sur sa bonne foi par des propositions de solutions. En effet le gouvernement du Burundi a mis les principaux dirigeants des médias et les leaders de la société civile dans un même panier avec les putschistes du 13 mai dernier. Quant au dialogue inclusif, le régime de Bujumbura a toujours prôné que c’est une démarche qu’il a toujours adoptée, et qu’une commission nationale a été mise en place pour l’organiser. Mais, n’a-t-il cessé de clamer, pas question d’y associer le Cnared et les putschistes. S’agissant de la sécurité, pour Bujumbura, elle est à plus de 90% sur tout le territoire burundais.

Logiquement, l’issue des consultations était donc prévisible, car au vu de l’entêtement de Bujumbura depuis quelques temps face aux demandes de ses principaux partenaires et bailleurs, il était quasi impossible qu’il ait changé de position en si peu de temps. Le gouvernement burundais, lui, s’est dit satisfait de la réunion qui a permis de relancer le dialogue avec l’UE. « Il est à noter qu’aucune sanction n’a été prononcée », s’est félicité le gouvernement tout en regrettant que l’Union européenne ait « fait fi » des propositions de Bujumbura. « Nous avons fait notre plaidoyer comme des représentants d’un gouvernement, d’un Etat, qui est uni par les lois et qui doit forcément, dans le cadre du dialogue avec ses partenaires donner des gages, rassurer en tout cas les partenaires »a souligné Alain-Aimé Nyamitwe, ministre des Affaires étrangères.


>>>Réactions

Pierre Claver Mbonimpa : « Nous sommes satisfaits »

Le doyen d’âge des militants des droits humains au Burundi, Pierre Claver Mbonimpa se dit « satisfait » de ce que les consultations se sont terminées presqu’en queue de poisson. « Il n’y a même pas un communiqué conjoint. De son côté, chacun a fait sa déclaration sur sa façon de voir les choses ». Pour lui, il ne pouvait en être autrement : la messe était déjà dite pour Bujumbura même avant la rencontre. « C’était des consultations de forme. Le groupe de Nkurunziza ne pouvait pas convaincre l’Union Européenne. Il a fait le déplacement pour simplement se plier à la procédure exigée ».

La position de l’UE, le Cnared s’en réjouit

« Nous saluons donc cette prise de position de l’Union européenne, particulièrement sa volonté de prendre des mesures appropriées visant à contraindre Nkurunziza à revenir à la table des négociations », réagit Jérémie Minani, porte-parole du Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha et de l’Etat de Droit au Burundi. « Seules les négociations pourront aider le Burundi à envisager le respect des éléments essentiels de l’Accord de Cotonou. »

Ce conseil se dit particulièrement choqué par la position de Bujumbura qui, semble-t-il, a choisi la voix de l’intransigeance et du mépris envers la Communauté Internationale dans son ensemble et les partenaires bilatéraux et multilatéraux du Burundi en particulier. D’après M. Minani, le Cnared va continuer à demander aux partenaires du Burundi dont l’Union européenne de prendre des mesures ciblées contre le cercle du pouvoir Nkurunziza pour l’amener à revenir à la table des négociations.

élase Ndabirabe : »No comment »

Contacté, Gélase Ndabirabe, porte-parole du Cndd-fdd, n’ose pas se prononcer tant que la délégation burundaise présente à Bruxelles pour ces consultations, n’est pas encore revenue : « Nous n’avons pas encore eu de rapport. » Et de conclure que ce qui se dit sur les médias étrangers sur les conclusions de ces consultations est faux.

« Que d’autres partenaires emboîtent le pas à l’UE »

Charles Nditije, président de l’Uprona, aile non officielle, apprécie la position de l’UE de maintenir la pression sur Bujumbura. « Depuis que Pierre Nkurunziza a décidé de faire un forcing électoral, il a opté pour la violence, le mensonge, la liquidation de toutes les voix opposées au 3ème mandat.»

Le pouvoir n’écoute personne que ça soit l’opposition, la Communauté régionale et Internationale. « Bref, il s’est enfermé sur lui-même. Une voie improductive.» conclut-il. Charles Nditije demande aux autres partenaires de renforcer les sanctions ciblées afin de contraindre le président burundais à rectifier le tir et privilégier le dialogue inclusif, le seul moyen de sortie de la crise. Mais, nuance-t-il, il faut éviter que le bas peuple en fasse les frais. Des aides humanitaires doivent continuer pour ne pas pénaliser la population, souligne l’opposant Nditije.

« Le Burundi sera isolé»

Léonce Ngendakumana, président de l’ADC-Ikibiri, parle d’une déception. Pour M.Ngendakumana, même les membres de cette délégation ne pouvaient pas rassurer l’Union européenne : « Il n’y avait pas de personnalités crédibles pour convaincre car ce sont des gens qui ont négocié des postes, par conséquent ne sont pas profondément attachés aux questions soulevées par l’union européenne. » D’après lui, cette délégation devrait être pilotée par Pierre Nkurunziza parce que c’est lui qui est à la base de ce qui se passe dans le pays.

Quid des conséquences ?

Le président de l’ADC-Ikibiri explique que le Burundi va s’isoler politiquement, économiquement et même socialement : «Ce sont ces pays membres de l’union européenne qui donnent au Burundi l’appui budgétaire et financent les projets de développement. » Il rappelle qu’il n‘y a pas encore eu de discussions pour le budget de 2016 jusqu’aujourd’hui à cause de ce malentendu. Ce qui risque, pour lui, d’aggraver la pauvreté et le chômage. «A cause de tous ces problèmes, le Burundi risque de s’enfoncer dans une guerre civile qu’il ne pourra pas gérer. » Comme solution, Léonce Ngendakumana propose de véritables négociations entre le « gouvernement de facto » et le CNARED pour le rétablissement de la paix et de la confiance afin de préparer les élections en passant par un gouvernement de transition.

  6   Vos commentaires
  1. umuzungo

    Quand la mangeoire est vide les chevaux se battent.
    Sans les aides financières, le gouvernement ne peut pas faire face aux besoins du peuple.
    Bientôt il ne pourra plus payer les salaires des fonctionnaires, les soldes des militaires ni pouvoir approvisionner le pays en denrées payées en monnaie étrangère.
    Les militaires trompés par le gouvernement , qui a volé l´argent de L´ONU destiné aux soldes , ne resteront pas inactifs.
    Historiquement, la preuve en a été faites plus d´une fois. On ne trahie pas son armée.

  2. dester

    A cause des manifestants, voilà le résultat, vous allez mourrir de faim!!! d’ailleurs le budet 2016 ne tient pas compte des aides de l’UE, vous allez payer l’OBR ou aller en prison, cet argent perdu ont va le recuperer via l’OBR, ceux qui ne vont pas payer, irons en prison

    • Yves

      « A cause des manifestants, voilà le résultat, vous allez mourrir de faim!!!  » … le commentaire le plus ridicule de l’année sur Iwacu, malgré une féroce concurrence… toutes mes félicitations ! Et tant que vous y êtes, n’oubliez pas de vous acheter un cerveau, à l’occasion. Vous verrez, cela peut avoir son utilité ^^

      • BURUNDI SANGWINTAHE

        Sauf que toi non plus tu n’est pas aussi different,,, tu viens de faire pareil, et tu n’est pas par conséquent mieux que lui malgré tes critiques sur ses capacités efficientes et de personnalité…

    • Munwa

      « Vous allez en prison »…..eurreur, non vous allez les tuer tout simplement!

    • Stan Siyomana

      @dester
      Le monde n’est pas si dupe que ca, il sait bel et bien que ce n’est pas « A CAUSE DES MANIFESTANTS, VOILA LE RESULTAT »
      « …quelques pays, comme la Belgique, qui aident le Burundi ont deja suspendu leur soutien financier pour protester CONTRE LES CRIMES ET LES VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMMES (PAR LES FORCES DE SECURITE DE L’ETAT BURUNDAIS)….
      L’Union Europeenne avait promis de donner au Burundi environ 450 millions d’euros dans les 5 ans a venir, jusqu’en 2020, mais elle va suspendre toute nouvelle aide, sauf pour des buts humanitaires et pour des projets dont la population beneficie directement…
      Le budget que le Conseil des ministres a adopte ce vendredi passe s’eleve a 1.200 milliards de francs burundais (=777 millions de dollars americains) pour 2016, alors qu’il etait de 1.500 milliards de francs pour 2015.
      L’AIDE ETRANGERE VA CHUTER DE 44% ET S’ELEVERA A 382,2 MILLIARDS DE FRANCS… »
      (Voir Reuters: « Burundi to slash 2016 spending, braces for aid cuts after unrest. », http://www.sabc.co.za, 14 December 2015).

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