Justice

Comparution d’Agathon Rwasa : démonstration de force de ses militants

Bujumbura a assisté médusée ce lundi 15 décembre à une grande manifestation inattendue. Agathon Rwasa, le leader historique des FNL, devait comparaître au Parquet général près la Cour d’Appel de Bujumbura pour interrogatoire sur le massacre des 166 Banyamulenge. Il n’a pas été entendu. Ses militants en ont profité pour manifester leur attachement à leur leader.

Au domicile d’Agathon Rwasa, militants et sympathisants n’attendent que son discours d’apaisement pour rentrer  ©Iwacu

Au domicile d’Agathon Rwasa, militants et sympathisants n’attendent que son discours d’apaisement pour rentrer ©Iwacu

12 décembre 2014. Richard Ndayisaba, substitut général, sort une convocation. Le lundi, 15 décembre à 9 h, Agathon Rwasa, se réclamant toujours président des Fnl, doit comparaître dans son bureau, le N° 7.
Très tôt le matin, des groupes de jeunes se forment dans les environs du Parquet général près la Cour d’Appel de Bujumbura. Ce sont des fidèles et sympathisants d’Agathon Rwasa, venus lui manifester leur soutien.
Vers 8 heures, le groupe dominé par des jeunes se renforce. Des chansons comme « Tuzomutora (Nous voterons pour lui) ; Gorora igoti igihugu ni rwawe (Apprêtez votre costume, vous êtes le futur président) ; Fnl hungenga ou Fnl danse, Fnl waratabaye ou Fnl le sauveur, etc. sont entonnées.

Sur des dépliants et des affiches on peut voir la photo d’Agathon Rwasa et lire des messages tels : où sont les assassins des déplacés de Bugendana, de paisibles citoyens de Teza, Kivyuka, etc.

Pendant que les uns chantent, les autres sympathisants ou militants passent dans les rangs pour remonter le moral. Tenant une bible à la main, un militant se revendiquant pasteur prêche: «Le sang des innocents a tant coulé. Il est grand temps que Dieu vienne au secours de son peuple. » Selon lui, M. Rwasa est comparable à la pierre angulaire dont les architectes avaient rejetée qui est devenue la principale du coin.

A 7 h 30min, une dizaine des policiers sont sur place. Deux personnes dont Thierry Nkurunziza, professeur au Lycée communal Kirombwe, sont arrêtées. Cependant, le co-arrêté de M. Nkurunziza parviendra à s’échapper.
Vers 8 h 30, certaines personnalités de la nouvelle alliance dont M. Rwasa est membre arrivent au Parquet général près la Cour d’appel de Bujumbura pour le soutenir : Domitien Ndayizeye, ancien président de la République, Charles Nditije, se réclamant président du parti Uprona, les élus du peuple Ryahama Pasteur et Bonaventure Gasutwa, Issa Ngendakumana, secrétaire général du Sahwanya Frodebu Iragi rya Ndadaye, Evariste Ngayimpenda de l’Uprona, etc.

Au même moment, le cortège du deuxième vice-président de la République, accompagné d’un dispositif sécuritaire très renforcé, quitte le siège de son bureau se trouvant en face du Parquet général près la Cour d’appel de Bujumbura.
Tout semble organisé. Apparemment, les militants et sympathisants de M. Rwasa, ont reçu un mot d’ordre : éviter toute confrontation avec la police. Toute l’équipe est sous contrôle. Les militants surveillent pour qu’il n’y ait pas d’infiltration.

L’arrivée de M. Rwasa agite

A l’arrivée d’Agathon Rwasa, ses militants et sympathisants étaient en liesse ©Iwacu

A l’arrivée d’Agathon Rwasa, ses militants et sympathisants étaient en liesse ©Iwacu

8h45min, les chansons d’animation s’intensifient. Des jeunes, avec des lunettes fumées, ont déjà donné le signal de l’arrivée de leur leader. Du coup, la circulation s’arrête à la Chaussée du Prince Louis Rwagasore. L’Avenue de la JRR, menant au Mess des officiers est également bloquée.

Il est 9 heures, quand le véhicule de M. Rwasa, escortée de six autres voitures arrive. Mais la police ne lui permet pas d’entrer au Parquet.

On apprend que le ministre de l’Intérieur vient de contacter le leader historique des Fnl : il ne comparaîtra pas.
Des centaines de militants et sympathisants envahissent alors son véhicule, sa jeep de couleur grise. Après un tour à l’Avenue de la JRR, le leader historique des FNL rebrousse chemin jusqu’à sa résidence à Kiriri. Toute la foule alors le suit. En cours de route, une vielle maman de Musenyi, en province de Bubanza, confie : « Nous allons voir si notre vieux se porte bien. Qu’on lui laisse la liberté. »

La police se renforce mais ne parvient pas à empêcher ces jeunes, hommes, femmes, femmes enceintes, vieillards, etc. d’escalader Kiriri jusqu’au domicile d’Agathon Rwasa. Ses proches demandent à la foule de rentrer, et la réponse est directe : « Nous attendons qu’il prononce son discours. »

Vers 11 heures, Agathon Rwasa se présente à la clôture de sa parcelle. On dirait le 6 août 2013 lors de sa réapparition sur la scène politique. Son discours sera le plus bref : « Merci de m’avoir soutenu. Pour éviter que nos détracteurs n’inventent n’importe quoi pour vous arrêter, rentrez dans la paix et que Dieu vous bénisse. » Sur ces mots, la foule prend calmement le chemin du retour.

Toutefois, en cours de route, des policiers et la foule ont échangé quelques mots de menace. Un policier a même tenté de tirer et certains jeunes l’ont intimé l’ordre de ne pas commettre cette erreur. Il échappera de justesse à un lynchage populaire.

Enervée, la police arrête quatre militants dont un certain Jonas, habitant de la commune urbaine de Bwiza, 9ème avenue no 9.
Un véhicule de marque Noah transportant des jeunes militants fidèles à M. Rwasa a été poursuivi par trois pic up de la police jusqu’à Nyakabiga. Le véhicule a cogné un motard qui se trouve actuellement, selon des sources fiables, dans un état critique. Le véhicule a été à son tour saisi et deux fidèles de M. Rwasa arrêtés et détenus à la Police de Sécurité Routière (PSR).

 

>>> Réactions

Agathon Rwasa : « Les juridictions burundaises ne sont pas compétentes »

DSC_0347Dans une correspondance qu’Agathon Rwasa a adressée au procureur général de la République, il déclare que sa convocation est émaillée d’irrégularités en violation de la loi et de la procédure.
Le ministère public et les juridictions ordinaires du pays, ajoute-t-il, ne sont pas compétents à statuer mon cas. « Je jouis de l’immunité provisoire. »

Il renvoie le procureur général de la République à la loi no 1/18 du 15 mai portant création, mission et fonctionnement de la CVR : « La mission de la CVR est d’enquêter et d’établir la vérité sur les violations graves des droits de l’Homme et du droit international commises entre le 1er juillet 1962 et le 4 décembre 2008… »

L’ancien chef rebelle persiste et signe que par primauté de la loi nouvelle, aucun texte ne peut se substituer à la loi ci-haut mentionnée. Par ailleurs, M. Rwasa fait savoir que cette même loi abroge en son article 77 toutes les dispositions qui lui sont contraires. Et entre autres, la loi du 8 mai 2003 portant répression du crime de guerre, crime de génocide et crime contre l’humanité. Il fait remarquer que cette dernière se retrouve dans le code pénal du 22 avril 2009, en vigueur aujourd’hui. Or, ce code reste inopérant en raison du principe sacrosaint de la non rétroactivité de la loi pénale.

L’ancien chef rebelle va plus loin. Il mentionne les articles 2 alinéa 2 de la loi no 1/022 du 21 novembre 2003 et celle no 1/32 du 22 novembre 2006. Celles-ci portant immunité provisoire de poursuites judiciaires en faveur des politiques et des membres du dernier mouvement rebelle signataire de l’accord global de cessez-le-feu. En effet, pour Agathon Rwasa, ces deux textes excluent de leur champ d’application tous les crimes internationaux. Il en est de même de la loi du 3 juin 2014 portant code électoral. Selon lui, elle prescrit que les personnes ayant bénéficié de l’immunité provisoire continue à jouir de tous leurs droits civils et politiques jusqu’à la mise en place de la CVR.

M. Rwasa s’insurge que l’action du ministère public constitue non seulement une violation de l’accord de cessez-le-feu mais aussi une immixtion dans les compétences de la CVR. Cette justice, lâche-t-il, milite en faveur de la violation des accords et balaie du revers de la main tous les textes y relatifs : « La justice burundaise n’a qu’à tirer les conséquences qui peuvent en découler. » → Lire la suite

  9   Vos commentaires
  1. Jean-Pierre

    Rwasa siwe yasheshe amaraso wenyene. Nkurunziza nibaza ko atobidehako nimba yibuka ivyo yavugiye muri Eglise Bon berger mu Ngagara. Reka ndabimwibutse kuko yagize ati ikintu canse kumva mumutwe numwana yaje anyirukira yibaza ngo ndise nkamwakiriza bayiyonetel. Sinzi ko aho abereye perezida yoba yararondenye umuryango wico kibondo agasaba ikigongwe. Mugabo rero, ubucmanza nubwokora kuri bose. Aha sinsubiyemwo ivyo umugambwe wamushize kuntebe yicayekowagize za teza, Bugendana, Buta n’ahandi.

  2. Bizos

    J’avais dit qu’ils se rendraient compte qu’ils ont fait une erreur, ils croyaient qu’après autant de persécution personne n’oserait aller le soutenir. Qu’ils en tirent la leçon, Uburundi bugona buri maso. Ce ne sont pas les imbonerakure ou les policiers qui empêcheront le peuple quand la colère atteindra son comble.

  3. phil

    asha uwavuze kwabarundi bapfa ubwoko yarabeshe pe….j’espere ko 2020 ivy’akanyarigabo bizoba vyaheze abarundi bakagwanira gutora imigambi myiza..sinon 2015 ndayibona nka bras de fer entre adolescents

  4. RWAMIGABO P.CLAVER

    En politique, ce qui compte, ce ne sont pas les menaces comme celles régulièrement proférées par S.E. NKURUNZIZA et son Ministre de l’Intérieur, ce qui compte ce sont les rapports de force qu’il ne faut jamais avoir peur d’exhiber chaque fois que nécessaire comme vient de le faire Mr RWASA. Mais pourvu que ça dure…. ! L’autre angle d’attaque que l’opposition n’exploite pas assez par un matraquage médiatique, c’est la violation probable de la constitution par une éventuelle candidature de Mr NKURUNIZA en 2015. En effet, il faudrait rappeler au monde entier que la constitution empêche à NKURUNZIZA de se présenter en 2015 et que toutes les manœuvres pour se présenter via sa cour constitutionnelle serait une violation de la loi fondamentale, donc un coup d’Etat consititutionnel. Il faut absolument le mettre en difficulté par rapport à la loi fondamentale qu’il s’apprête à violer allègrement alors que le Parlement à qui il demandait d’amander en sa faveur l’article gênant en mars 2014 a refusé de le faire. Samatha POWELL, l’émissaire spéciale du Président OBAMA auprès de Mr NKURUNIZA l’a d’ailleurs martelé et répété au Burundi en mai dernier, rappellez-vous…!

  5. Ken

    Donc si j’ai bien compris, Vital Nsh. ,Nditije, Domition Nd., tous soutiennent Agathon Rwasa? Moi je vous parie que ce monsieur risque d’être le prochain président du Burundi. Songa mbele…le Burundi a besoin de changement! Mais si tu ne fais pas d’efforts, une fois élu, nous les militants n’auront aucune difficulté à voter pour quelqu’un d’autres en 2020!

    • you dreams, la population de Bujumbura n’est pas representantive. Wait and see. Seulement j’espere qu’il n’ y aura pas des pleurs et des grincements de dents. Que le meilleur gagne et ne cherchez pas surtout surtout a avoir des postes sur ce qu’on n’a pas seme.

      • Ken

        @ Pepe:

        Tu l’as bien dit! Que le meilleur gagne. Si Rwasa perd,ce n’est pas la fin du monde « haburana babiri hagatsinda umwe gusa » , donc il faut bien qu’il y en ait un qui perde. Et mon ami, je ne cherche aucun poste, je mène une très belle vie en dehors de la politique. Merci de ta compréhension

        • Bakari wa Bakara

          Salut Ken,
          Moi je suis un peu comme toi, à part que je ne mène pas nécessairement une belle vie comme toi le veinard! Mais je n’ai rien à cirer des postes politiques!!!

  6. Bernard

    Mr Rwasa, vos partisans doivent savoir que pour le cas du massacre des Banyamulenge à Gatumba en 2004, vous avez revendiqué le crime. Par conséquent, pourquoi impliquer la CVR alors que la vérité est connue? Ce qui reste est une affaire que la justice est compétente pour expédier.

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