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Droits Humains

Commune Isare : un règlement à l’amiable aux allures de forcing

05-07-2014

Plus d’une trentaine de personnes battues, dans la zone Nyambuye, par des Imbonerakure sont sur le point de régler l’affaire à l’amiable. Certains y voient une pression. D’autres saluent la démarche.

Quelques unes des victimes ©Iwacu

Quelques unes des victimes ©Iwacu

G.M., l’une des victimes rencontrée près du chef de poste de la commune Isare affirme que ce qui s’est passé le 14 juin est de l’histoire ancienne : « Nous sommes venus faire la paix avec nos bourreaux et nous comptons retirer la plainte que nous avions déposée en justice. »
Le règlement à l’amiable, dont parle ce jeune homme de vingt ans, a été, confie-t-il, initié par Jean-Claude Ntamarerero, chef de zone Nyambuye, Mossi Havyarimana, président du Cndd-Fdd sur la colline Gishingano et l’ancien député Ezéchiel Nibigira. Notre source indique qu’ils les ont convaincus d’abandonner la plainte et leur ont promis que ce qui s’est passé dans la nuit du 14 juin ne se reproduira plus.
Pourtant, une source du Frodebu Nyakuri à Isare indique que ce n’est pas de gaieté de cœur que ces victimes acceptent un règlement à l’amiable : « Ils ont été menacés de représailles si l’affaire se poursuivait en justice. »

Et de se demander pourquoi une telle initiative en l’absence des bourreaux et de l’administrateur communal, alors que même les factures médicales des soins subis par les victimes ont été payées par elles-mêmes. Pire, 10 jours après, les auteurs n’ont pas été inquiétés, alors qu’ils sont connus de tous.

Bureau communal d'Isare ©Iwacu

Bureau communal d’Isare ©Iwacu

Passage à tabac

L’affaire remonte au samedi 14 juin vers 22 heures. Les habitants des collines Nyambeho et Gishingano passent une nuit paisible sur les collines Gishingano, Nyambeho, de la zone Nyambuye. « J’étais en train d’écouter les informations de 21 h à la radio nationale lorsque j’ai entendu des bruits de chaussures », raconte un sexagénaire, victime de cette attaque, habitant la colline Gishingano,
Des Imbonerakure ordonnent à tout le monde de sortir. « J’ai refusé d’ouvrir », se souvient encore le sexagénaire. Suite à son refus d’obtempérer, ils défoncent la porte : « Ils étaient armés de gourdins et se sont mis à me frapper. »

Tous ceux qui ne sont pas du parti Cndd-Fdd subissent le même sort. En tout 22 hommes, 12 femmes et 4 filles sont frappés sans distinction. Alors que des coups continuent à tomber, leurs bourreaux leur demandent pourquoi ils ne veulent pas adhérer au parti au pouvoir.
Plus grave, au même moment, raconte l’une des victimes, d’autres Imbonerakure en possession de pistolets et grenades arrivent sur place. Après avoir réveillé un nombre important de personnes, ils ont ligoté quelques-uns.

L’ultimatum

Tout le monde est conduit dans la vallée Nyabagere vers minuit. Ces Imbonerakure leur ordonnent de s’asseoir sous un oranger. Un certain Philbert, signalent les mêmes sources, apporte un papier et demande l’appartenance politique de chacun. « Ibipinga tugiye kubipingurura » (Les récalcitrants seront redressés de gré ou de force), leur lance-t-il. Un certain Fabrice, un autre Imbonerakure, apporte des bâtons.
A ce moment, racontent les victimes, un certain Adolphe – visiblement chef de ces Imbonerakure – prend la parole et un ultimatum leur est fixé : « Vous devez adhérer au parti Cndd-Fdd avant le 29 juin 2014, date de l’ouverture de la permanence du parti Cndd-Fdd à Rushubi. »
Des coups de bâtons reprennent. D’après les victimes, en plus des bastonnades, ces Imbonerakure se servent dans différents ménages : téléphones portables, chaussures, caisses de bière, argent, poule. Tout y passe. C’est vers l’aube que les victimes sont autorisées à regagner leur domicile. Certains ont des blessures au visage, aux bras.

Pontien Batungwanayo, administrateur de la commune Isare appelle la population à mettre en avant la bonne cohabitation ©Iwacu

Pontien Batungwanayo, administrateur de la commune Isare appelle la population à mettre en avant la bonne cohabitation ©Iwacu

Ce n’est pas nouveau

Pontien Batungwanayo, administrateur de la commune Isare, signale que de tels cas ont existé. Mais, souligne-t-il, par des réunions de conscientisation, ces cas de violences politiques se sont estompés.
Selon lui, il faut un travail en synergie entre la population, la police et l’administration pour juguler ce phénomène. Sinon, raconte-t-il, les gens peuvent prendre la décision d’assurer leur sécurité avec des risques de vengeance.

Par ailleurs, il souligne qu’« avant, ils n’avaient pas d’armes à feu. Mais, aujourd’hui, ils possèderaient des fusils, pistolets et grenades ».
M. Batungwanayo appelle la population à mettre en avant la bonne cohabitation. Aux dirigeants des partis politiques, il leur demande d’éduquer leur jeunesse aux fondements de la démocratie dont le respect du pluralisme politique.
Concernant ce règlement à l’amiable, Pontien Batungwanayo estime que chacun est libre de porter ou retirer une plainte.
Iwacu a contacté, sans succès, le nommé Adolphe et l’ancien député Ezéchiel Nibigira pour qu’ils s’expriment. Interrogé, Jean-Claude Ntamarerero, chef de zone Nyambuye, n’a pas souhaité réagir.

  4   Vos commentaires
  1. Pioneer

    1. Une revelation importante pour la defense, dans le procès PC Mbonimpa:
    Pontien Batungwanayo, administrateur d’Isare, déclare ce qui suit aux journalistes Christian Bigirimana et Renovat Ndabashinze d’Iwacu (lisez mot par mot): « AVANT, ils n’avaient pas d’armes à feu. Mais, AUJOURD’HUI, ils possèderaient des fusils, pistolets et grenades ». Parution du 05/07/2014.
    2. Question: Sera-t-il lui aussi poursuivi pour atteinte a la surete interieure de l’Etat? Sinon, pourquoi pas?

  2. Muntu wibaza ko noba ndiko mbesha,ushima ari INTEGURO y’iterabwoba y’umugambwe uri k’ubutegetsi,washaka n’abanyacubahiro bo hejuru bari mu babitegura n’uko ,kiyo hagize aho imbonerakure ziranza urugero bikamenyekana abategetsi,abapolisi,abajejwe ubutungane imvugo n’imwe:hariko hakorwa amatohoza,kandi uwubitikwagira azohanwa kugiti ciwe.None ko haheze imyaka 3 ivyo biba mumaze kwumva bangahe bamaze gukubitwa intahe mu gahanga!?Canke n’iyo bishitse hakaba abafatwa (ibitaba kenshi) bamara mugasho akanya urume rumara.Ivyo vyose nibiza vyemeza ko inzego zose zibifisemwo uruhara.Abakuru b’imbonerakure n’abarongora cndd-fdd ntagihe batavurwa ko uwukora ikosa agomba guhanwa kugiti ciwe.N’ibangahe bamaze guhanwa?

  3. Abantu bama babivuga,abari mumugambwe uri k’ubutegetsi bakama babihakana na ntaryo,ariko bobihakana boreka bame bibuka ko n’igihe c’ihonyabwoko mu Rwanda,umugambwe wari k’ubutegetsi be n’abategetsi batigeze bemera ibiriko biraba canke ngo banemere basi ko n’ukubaho bibaho.Jewe ndemeze 100 kw’100 ko ivyo imbonerakure zikora ari INTEGURO y’umugambwe cndd-fdd.Babihakane canke bareke ivyo birazwi kuko hari ibimenyetsi vyinshi bivyerekana kandi bamwe muribo baranabivuga ataguhishira.

  4. Voilà décidément la tache et le rôle des imbonerakures pour cette période pré-électorale. Ils sont entretenus, armés, soutenus (et même craints) par l’administration, les forces de l’ordre et la justice pour justement terroriser et maltraiter la population qui n’adhère pas au CNDD FDD.
    Cela prouve à suffisance que ce parti n’est pas du tout sure de l’emporter loyalement en 2015 et que tous les moyens sont bons pour contraindre la population à adhérer de gré ou de force.
    Finalement il n’ya plus besoin de faire des campagnes et meeting couteux il suffira de disponibiliser les gourdins et autres armes pour matraquer intumva et ibipinga comme ils disent.
    Et dire que ces voleurs de téléphones portables, chaussures, caisses de bière, argent, poule (comme mentionés dans l’article) sont la jeunesse et l’avenir du parti. Et bien l’avenir est vraiment rose pour ne pas dire le contraire et on verra bien aho bazoja kwiba nibabura abandi biba.
    Uwuramvye urabona basi!

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