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Opinion

Cndd-Fdd vs Uprona : échec, mais certainement pas encore échec et mat

Un prince doit n’avoir d’autre pensée ni d’autre Art que celui de la guerre et de l’organisation qui s’y rapporte1Nicolas Machiavel

Depuis le mois d’octobre 2013, le Gouvernement du Burundi formé par le parti Cndd-Fdd (ci-après, « le Gouvernement ») a montré ses couleurs dans son exposé des motifs quant à son projet de modification de l’actuelle Constitution du Burundi (ci-après «projet»). Ne détenant pas à lui seul le seuil requis pour modifier la Constitution, le Gouvernement devra donc composer avec au moins un des autres acteurs présents à l’Assemblée nationale (AN) soit l’Uprona, Frodebu Nnyakuri ainsi que les Twa, qui ont respectivement 17, 5 et 3 députés chacun.

Récemment, une crise de leadership (appelez-la selon votre lecture de la chose) a éclaté au sein de l’Uprona engendrant, pour une courte période, une paralysie de l’exécutif causé par le limogeage du 1er Vice-président ainsi que la démission de trois ministres, tous issus de l’Uprona. D’entrée de jeu, j’informe le lecteur que je ne m’attarderai pas sur la crise que traverse l’Uprona à savoir qui détient légalement et légitimement sa direction et sur la part supposée de l’implication du parti Cndd-Fdd dans tout cela.
L’objet de mon papier porte surtout sur ce qui se cache derrière cette crise (déstabilisation pour certains par le Gouvernement) que traverse l’Uprona, car à mon humble avis, la genèse de tout cela est la sauvegarde du pouvoir à travers la volonté du Gouvernement de modifier l’actuelle Constitution du Burundi.

Tel un joueur d’échec, le Gouvernement positionne ses pions, ses cavaliers, ses fous du roi, ses tours, dans le but d’atteindre son ultime objectif : modifier la Constitution et espérer conserver le pouvoir. Ce positionnement (provocation de la crise de leadership au sein de l’Uprona) permet au Gouvernement, pour le moment, de déstabiliser l’un des obstacles à l’atteinte de son objectif en tirant profit des faiblesses de l’un de ses adversaires politiques.

Avant de poursuivre, gardons à l’esprit le chiffre 4 : Ce sont 4 députés, autres que ceux du Cndd-Fdd, qui manquent au Gouvernement pour atteindre le seuil requis de 4/5 à l’AN pour espérer faire adopter son projet. Dans cette optique, ces 4 députés proviendront ou bien de l’Uprona ou bien de Frodebu Nyakuri ou bien parmi les Twa.

Donc, si réellement le Gouvernement veut faire passer son projet, il est légitime de se demander comment va-t-il s’y prendre vu que tous ses adversaires politiques siégeant à l’AN se sont déjà positionnés en faveur du Consensus de Kigobe des 19 et 20 décembre dernier.

C’est ainsi que, dans ce jeu d’échec/guerre qu’est la conservation du pouvoir par la modification de la part du Gouvernement de l’actuelle Constitution du Burundi, j’anticipe le prochain positionnement du Gouvernement avant le coup de grâce. En se rappelant le sort qui a été réservé aux 22 députés pro Hussein Radjabu et en lisant de plus près l’actuel règlement d’ordre intérieur (ROI) de l’AN ainsi que la loi n°1/22 du 18 septembre 2009 portant révision de la loi n°1/015 du 20 avril 2005 portant Code Électoral (ci-après «Code Électoral»), on commence à y voir clair.

Le 3e paragraphe de l’art.15 du ROI ainsi que le 2e paragraphe de l’art. 112 du Code Électoral stipule que le mandat d’un Député peut prendre fin quand il quitte volontairement le parti pour lequel il a été élu ou s’il en est exclu après avoir exercé toutes les voies de recours devant les juridictions compétentes. Donc, cela signifie que si l’actuelle direction de l’UPRONA est de connivence avec le Gouvernement sur son projet, elle peut décider d’exclure, pour quelconques raisons, les députés qui ne sont pas acquis à sa cause et les remplacer par ceux-là qui seront acquis aux orientations de la direction actuelle de l’Uprona (nul besoin d’exclure les 17 députés, rappelez-vous du chiffre 4). Par ailleurs, je trouve qu’il y a contradiction entre les articles décrits précédemment et l’art.7 du ROI, l’art.117 du Code Électoral ainsi que le 1er paragraphe de l’art.149 de la Constitution qui stipulent que le mandat d’un député a un caractère national et que tout mandat impératif est nul. Autrement dit, si le mandat d’un député est national pourquoi l’exclure de l’AN lorsqu’il est exclu de son parti? Bref, c’est un autre débat…

Le remplacement des députés déchu est stipulé à l’art.115 du Code Électoral. Globalement, il est dit que le député déchu est remplacé sans délais par le suppléant en ordre utile sur sa liste conformément aux dispositions de l’article 125. À cet égard, une question peut se poser : Et si tous « les suppléants en ordre utile » n’adhéraient pas aux orientations de la direction actuelle de l’Uprona ?

N’étant pas le seul à anticiper qu’il est fort probable que la suite de l’affrontement entre le Gouvernement et l’Uprona se poursuive en suivant la trajectoire décrite précédemment, les députés actuels du parti en rouge et blanc devraient éviter d’être pris dans ce piège.

Il est d’une importance suprême dans la guerre d’attaquer la stratégie de l’ennemi (…) Attaquez le plan de l’adversaire au moment où il naît. – Sun Tzu, l’Art de la guerre2

D’une part, j’inviterai les députés de l’Uprona à éviter de se retrouver dans une situation qui justifierait, d’une façon ou d’une autre, leur expulsion du parti ou du parlement (i.e. absences injustifiées à plusieurs séances d’une session de l’AN).

D’autre part, je les inviterai à commencer une bataille de tranchées pour convaincre tous les suppléants en ordre utile de ne pas adhérer aux orientations de la direction de l’Uprona actuellement reconnu par la Gouvernement. Cela leur permettra de recenser et de bien connaître « les suppléants en ordre utile » qui pourraient leur causer du tort.

Connais ton ennemi et connais-toi toi-même; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux;
Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales;
Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. – Sun Tzu, l’Art de la guerre

Certes, il est vrai que, dans cette guerre qu’est la conservation du pouvoir par la modification de l’actuelle Constitution du Burundi, toutes batailles engagées ont été gagnées par le Gouvernement. Mais, la guerre se poursuit et elle est loin d’être finie car « la prudence et la fermeté d’un petit nombre de gens peuvent venir à bout de lasser et de dompter même une nombreuse armée »3

  1. À interpréter au second degré, i.e. prince= homme politique; guerre= affrontement politique []
  2. Là aussi, à interpréter au second degré, i.e. prince= homme politique; guerre= affrontement politique; ennemi= adversaire politique. []
  3. Sun Tzu, l’Art de la guerre. []

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