Rendre un peu ce que j’ai reçu. Que donner à  la ville de son enfance? Gitega, c’est chez moi,  c’est là dans ce que l’on appelait alors « le Centre Culturel Français » que j’ai appris à lire. C’est là que mes yeux se sont ouverts sur le monde.

À l'entrée du Centre Culturel de Gitega ©Iwacu

À l’entrée du Centre Culturel de Gitega ©Iwacu

Des BD, des romans, m’ont ouvert sur la culture. Ceux qui connaissent Gitega se souviennent j’imagine de cette bibiothèque, cette petite maisonnette blanche, fraîche, même aux pires heures de l’été, aux rayons garnis de romans et de BD. C’est une autre époque. Aujourd’hui les jeunes lisent peu. Mais je me souviens, dans ces années là, tous les jours le Centre était rempli. On s’abreuvait de littérature, on voyageait grâce aux livres. Là, j’ai découvert des auteurs, d’autres pensées.Mais avec la crise, le Centre a fermé. Les livres se sont perdus dans la nature. Moi-même, à un moment je me suis perdu dans le vaste monde.  C’est une autre histoire. Une longue histoire.

Des années plus tard, je suis retourné au pays, à Gitega. La bibliothèque de notre enfance tombait en ruine. La maison qui appartient à la commune menaçait de s’écrouler. J’ai eu une idée folle: demander le bâtiment aux autorités et collecter des livres d’occasion en Europe. Surprise, le bâtiment est accordé, gracieusement.  Et avec des amis de Belgique, Joseph Ntamahungiro, Claude Zubatse, Manu Wauthier, et bien d’autres, nous allons  organiser des spectacles  dont le droit d’entrée est  un livre! Et les gens vont venir non pas avec un  livre, mais des cartons.

Signature de la convention de subvention du CCG par l'Ambassade des États-Unis au Burundi ©Iwacu

Signature de la convention de subvention du CCG par l’Ambassade des États-Unis au Burundi ©Iwacu

Mieux, nous allons vider caves et greniers de Bruxelles et la Wallonie. Des gens enthousiastes , séduits par notre projet se laissent « piller » tous les livres qu’ils n’utilisent plus. Je passe sur les difficultés  de les  envoyer au pays. L’OBR qui veut taxer ces livres d’occasion! je passe sur les paperasses, le calvaire administratif… Mais nous étions tous transportés par l’envie  de faire ce centre. Tenez-vous bien: ce sont 80.000 livres  qui sont aujourd’hui à Gitega. Un grand merci au ministère des Affaires Etrangères belge pour le transport. Aujourd’hui, nous avons dû déménager, louer une maison plus grande au coeur de la  ville. Une belle maison  de l’époque coloniale.

 Le 17 mai dernier, de nombreux invités sont venus nous soutenir: le ministre de la Culture, plusieurs ambassadeurs( celui de Belgique, des Etats-Unis, l’Ambassadeur de l’Union Européenne, le représentant de la Coopération suisse, de l’Ambassade d’Allemagne, de la France), des artistes, etc. Voir les images de cette belle journée sur http://on.fb.me/19tJax0

Nous n’avons pas beaucoup de moyens, mais nous avons mieux: une immense conviction. Nous savons que nous pouvons bâtir un vrai Centre Culturel à Gitega.Tous mes amis impliqués dans le projet sont des bénévoles.Notre passion est notre meilleur atout. Signe de cette  confiance, comme l’a déclarée Mme l’Ambassadeur Liberi , l’Ambassade des Etats-Unis va ouvrir « un american corner » dans notre Centre Culturel de Gitega. Là, les jeunes vont pouvoir lire des livres en anglais, avoir un accès à l’internet haut débit.   Un grand merci à tous ceux qui nous soutiennent dans ce projet.

La semaine prochaine, je vous parlerai de « l’Espace Canjo », un bel  espace, construit dans les enceintes du Centre Culturel. Comme vous le voyez, l’aventure continue. Vous pouvez même vous joindre à nous dans ce beau projet…