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Bilan : l’insécurité persiste

18-07-2011

Deux mois après le lancement de la campagne de « pacification », Bujumbura Rural reste encore un foyer important d’insécurité. Cotisations forcées, collecte de vivres en faveur des groupes armés sont le lot quotidien de la population. Iwacu a fait le tour des collines de Bujumbura Rural.

E.M de la zone Ruyaga lâche avec colère: « Libérate Nahimana, une élue collinaire a été froidement assassinée par des hommes armés ce dimanche. Elle a reçu huit balles au niveau de la poitrine alors qu’elle se rendait à l’église vers 9 heures. Est-ce la sécurité promise par le Président? »

Sur la colline Burembo, un silence de cimetière règne. La peur se lit sur les visages des quelques rares personnes qui reviennent de leur refuge. Elles disent avoir fui vers les localités de Kamesa, Musave, Nkondo et Buhonga après l’assassinat de Libérate Nahimana.

D’après une femme qui était près du lieu du crime, trois hommes armés de fusils, machettes et bâtons ont débarqué chez la victime. Ils lui ont intimé l’ordre de les suivre : « Ces gens lui ont tiré dessus à trois cent mètres de chez elle devant un bar du coin. Les militaires ne sont arrivés sur les lieux que trois heures après ». Pour cette mère de six enfants, le discours du Président n’a eu aucun effet sur la situation sécuritaire dans leur localité depuis des mois.

Kanyosha, cotisations obligatoires

En plus des cas d’assassinats, les habitants de Kanyosha parlent d’hommes armés qui circulent la nuit et collectent de l’argent : « Chaque ménage donne obligatoirement deux mille Fbu. »Et c’est dans ce contexte que Dieudonné Mpitavuma, directeur de l’école primaire de Buhonga 1, est détenu dans un endroit non encore connu depuis deux semaines. Il est accusé de n’avoir pas averti les autorités policières d’une collecte d’argent par ces groupes de bandits sur son école. Ses proches se disent très inquiets car il souffre d’une hypertension: « Ça fait deux semaines que notre frère a été conduit à Bujumbura après une convocation de la police. Nous avons fait le tour de tous les cachots de la capitale ; mais nous ne l’avons pas trouvé pour lui donner, au moins, ses médicaments.»

L’affaire remonte à mi-juin quand des tracts sont retrouvés dans quatre établissements scolaires de Buhonga 1, 2, 3 et 4. Ces tracts somment tous les enseignants de donner une contribution de deux mille Fbu chacun. Selon une source sur place, une semaine après, deux personnes armées de grenades et de pistolets débarquent à l’école primaire de Buhonga 1, et intiment l’ordre aux enseignants de vider leurs poches. Les quatre écoles sont toutes « visitées » ce jour là, se souvient notre source.

Le lendemain, les trois directeurs sont convoqués par le commandant de la police à Ruyaga, chef-lieu de la commune Kanyosha. Après plusieurs interrogatoires, ils sont relâchés, sauf Dieudonné Mpitavuma qui sera conduit dans un lieu non encore connu jusqu’aujourd’hui.

« Nous avons vu les autres rébellions se former »

Pour certains habitants de la commune Muhuta en province Bujumbura, la cotisation pour les groupes armés est une consigne impérative pour sauver sa vie. D’après H.C de Gitaza, chaque ménage est contraint de payer deux mille Fbu par mois. D’après M.D, un boutiquier de la même localité, la cotisation mensuelle d’un commerçant est fixée à 5000Fbu : « Nous donnons ces contributions sans tergiverser parce que toutes les rébellions opèrent de cette façon. » Et cet habitant de rejeter la version officielle qui les qualifie de bandits: « Nous avons vu comment les groupes rebelles se forment parce qu’ils ont tous opéré dans notre province. C’est exactement ce qui se passait avec les mouvements CNDD-FDD et FNL à l’époque. »

Ce père de six enfants jette le tort au gouvernement qui continue à appeler ces groupes armés des bandits au lieu d’amorcer le dialogue. Toutefois, les habitants de la colline Kwigere, en commune Isare de la même province, parlent d’une amélioration de la situation sécuritaire au cours des deux derniers mois. Néanmoins, ceux des collines Rutegama, Nyakibande, Kababaza et Rurinzi de la même commune affirment que l’état sécuritaire est plutôt inquiétant : « Des hommes armés y circulent et des coups de fusils se font entendre de temps en temps. » Les mêmes habitants parlent de deux personnes tuées, l’une vendredi dernier sur la colline Rurinzi et l’autre dimanche dernier sur la colline Rutegama.

Les politiques, entre amertume et espoir

Le sentiment de la classe politique est plutôt mitigé sur le bilan des deux mois fixés par le Président de la République pour ramener la paix dans la province de Bujumbura rural. Pour Chauvineau Murwengezo de l’UPD, l’engagement du Chef de l’Etat est louable. Mais le constat est très amer, parce que le gouvernement ne s’est pas attaqué à la vraie cause de l’insécurité : « C’est la mauvaise gestion du dossier FNL ; le parti a été divisé en ailes. » Pour M. Mugwengezo, le pouvoir a plutôt accentué la division en corrompant certains militants FNL pour les faire revenir dans son giron ou en les menaçant par Imbonerakure interposés. M. Murwengezo conseille d’éviter de se perdre dans les divisions, et de rendre le parti FNL à ses vrais leaders.

Cependant, pour François Bizimana, il y a des indicateurs sérieux de retour à la paix, notamment le retour des bureaux du gouverneur dans la province, à Isale, ainsi que certains services, après plus de 10 ans : «  C’est un acte qui prouve une certaine amélioration de la situation et qui rassure la population, même si des tueries y sont parfois signalées. »
<doc515|left>Pour lui donc, la sécurité doit impliquer tout le monde ; mais force est de constater qu’une partie de la population ne sent pas encore sécurisée, sinon elle n’aurait pas réclamé ses élus le jour de la visite du Forum. « Avec l’éternelle question du dialogue et du retour de certains leaders aujourd’hui en exil, la sécurité risque de rester relative », renchérit le député de l’EALA.

Les ressources du pouvoir

Plus optimiste, Bonaventure Gasutwa considère que la décision du gouvernement d’encadrer la population de Bujumbura rural ces derniers mois a eu des résultats considérables : «  Les habitants se sont rendus compte qu’ils n’étaient plus délaissés et ont un regain de confiance en ses dirigeants. » Ce député est confiant dans l’avenir, puisque le Chef de l’Etat a promis de s’occuper du développement de cette province dans les trois prochaines années. D’après lui, les activités pourront occuper la population qui ne se sentira plus délaissée ; car le désespoir mène à beaucoup d’égarements : « Si les autorités restent dans la province, les choses vont s’améliorer car les affrontements entre FNL et les Imbonerakure persistent encore ici et là. »

Il est incontestable que la logique répressive du pouvoir entraîne toujours la radicalisation de ses adversaires, qui utilisent tous les moyens pour exercer une pression contre la population. Le pouvoir n’a pas voulu identifier les vrais acteurs de l’insécurité et certains en profitent pour utiliser cette identité dans cette logique de déstabilisation. Pour y faire face, il apparaît que l’une des ressources du pouvoir est de dialoguer avec les véritables responsables de cette situation, de quelque côté qu’ils viennent.
Puisqu’il semble évident qu’en son sein même il y a des gens favorables à la violence, sinon le gouvernement ne fournirait pas tant d’efforts pour la sécurité, pendant que les Imbonerakure (« les membres de la ligue des jeunes du Cndd-Fdd) la perturbent. Cependant, la principale ressource du gouvernement est que la population doit être solidaire avec lui. Si le pouvoir protège réellement la population, celle-ci l’aidera dans sa mission, sinon on risque d’assister plus souvent à l’épisode où elle a réclame ses élus à des envoyés du gouvernement.

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