Culture

Au coin du feu avec Prime Nyamoya

06/06/2018 Guibert Mbonimpa Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Prime Nyamoya
Au coin du feu avec Prime Nyamoya

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Prime Nyamoya.

Votre plus beau souvenir ?

J’ai eu beaucoup de beaux souvenirs dans ma vie mais comme on me demande de choisir, je dirais que c’est le moment de la naissance de mon premier enfant. C’est un souvenir inoubliable pour un parent.

Votre plus triste souvenir ?

C’est incontestablement le 13 octobre 1961, le jour de l’assassinant de Louis Rwagasore, notre héros national. Agé alors de 13 ans, je sentais confusément que quelque chose de terrible venait de se passer. La suite des événements de l’Histoire du Burundi confirmera malheureusement ce sombre pressentiment.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Ce serait de mon vivant le décès d’un de mes enfants : pour un père ou une mère, c’est l’acte le plus inconsolable qu’on puisse imaginer.

Le plus terrible ?

Depuis l’indépendance en 1962, la date la plus terrible est l’assassinat de Rwagasore dont l’Histoire n’a pas encore mesuré l’impact sur la trajectoire politique du Burundi. Ce fut le début d’un enchaînement de violences que le pays connaît jusqu’à ce jour.

Le métier que vous auriez aimé faire ? Pourquoi ?

Le métier d’écrivain. Une sorte d’un Jean d’Ormesson, version burundaise. Ou Hamadou Kourouma, l’un de mes auteurs africains préférés. Parce qu’écrire, c’est pratiquer un art fondé sur la liberté. Qui résiste aux jugements de la politique ou de la société. Qui vous permet de dire des choses qu’autrement on n’oserait exprimer.

Votre passe-temps préféré ?

Depuis longtemps, par ordre de préférence, c’est d’abord la lecture et les films comme loisirs culturels, ensuite comme sport le tennis pratiqué depuis plus de trente ans qui me passionne de plus en plus malgré l’âge.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Le Burundi est un si beau pays que n’importe quel lieu me conviendrait mais comme il faut choisir, je préfère passer mes moments de loisir à Vyerwa tout près de Ngozi où mon père a acquis une propriété en 1956. Pendant les vacances scolaires, nous avions l’habitude de l’accompagner pour planter les arbres qui bordent maintenant la propriété.

Le pays où vous aimeriez vivre ? Pourquoi ?

En dehors du Burundi, un des pays de l’Afrique des Grands Lacs pourrait me convenir.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Un grand tour en Asie-Vietnam, Cambodge, Laos, Philippines. Ensuite l’Amérique latine avec le Brésil en premier lieu et ensuite l’Amérique centrale.

Votre rêve de bonheur ?

Il consiste à partager les joies avec mes petits-enfants lors des excursions dans des pâtisseries.

Votre plat préféré ?

Un poisson grillé au feu de bois avec des légumes et une sauce piquante.

Votre chanson préférée ?

Here Comes the Sun de George Harrison, une chanson pleine de tendre poésie.

Quelle radio écoutez-vous ?

Une chaîne de musique sur internet appelée : Jazz & Soul.

Avez-vous une devise ?

Non.

Votre définition de l’indépendance ?

C’est d’abord la liberté d’expression et de choix, individuelle et collective. Mais c’est souvent un mythe face au pouvoir politique ou financier.

Votre définition de la démocratie ?

Elle repose sur des concepts dérivés de l’Occident qui ont du mal à prendre racine sur le terreau du continent africain. Pour moi, la démocratie doit allier la justice, la liberté et l’équité en matière économique pour parvenir à une forme de gouvernement représentatif.

Votre définition de la justice ?

Le respect de la loi dans l’ordre et l’équité.

Si vous étiez ministre de l’Economie et des Finances, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Je préconiserais au gouvernement deux mesures de politique économique. Primo, dans un pays qui repose à 90% sur le secteur agricole, je mettrais en place une politique d’emplois ruraux rémunérés à grande échelle dans toutes les communes du pays. Un programme de 70-100 millions $ par an provoquerait un effet multiplicateur positif sur l’économie au bout de quelques années en contrepartie d’une augmentation de la production agricole, dégageant un surplus exportable dans la région des Grands Lacs et de la Communauté est-africaine.

– Secundo, j’initierais une grande réforme fiscale pour alléger la complexité du système actuel qui inhibe les créateurs d’entreprise.

Croyez-vous en la bonté naturelle de l’homme ?

Je ne crois pas en cette proposition de Jean-Jacques Rousseau. Par contre, reposant sur des valeurs essentielles de déontologie et d’éthique, ce sont les institutions de l’Etat, les Eglises et confessions religieuses, la société civile, la presse… qui doivent constamment former un citoyen responsable à travers l’éducation et les lois.

Pensez-vous à la mort ?

Souvent mais ce n’est pas non plus une obsession. Pour reprendre la citation de Lionel Jospin, je suis arrivé à un âge où je dois faire un devoir d’inventaire de ma vie. Ce n’est pas un exercice facile mais néanmoins nécessaire.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Dès qu’il voudra bien me recevoir dans son royaume- ce que j’espère naturellement-, je lui répéterai la question déjà posée par un écrivain célèbre : « Seigneur, comment dans votre immense bonté, permettez-vous que la méchanceté et la bêtise conduisent l’univers. »Ne vous attendez pas à une réponse de ma part.

 

Bio express

Prime Nyamoya est né à Kiryama, commune Songa en province Bururi. Il est titulaire d’une licence en économie appliquée de l’Université de Louvain en Belgique, d’un Master’s degree en administration publique de l’Université de Wisconsin-Madison et d’un Master’s degree en économie de l’Université de Boston. Il a également reçu un certificat de la Graduate School of Business de l’Université de Stanford.

Il a exercé plusieurs fonctions au cours d’une carrière de plus de 45 ans. D’abord assistant (1972-1975), professeur d’économie (1980-1987) et doyen de la Faculté des sciences économiques et administratives à l’Université du Burundi (1983-1986). Il fut successivement Secrétaire général de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burundi (1987-1992), consultant international (1992-2002), directeur général de la BCB (2003-2007). Depuis 2008 il est chercheur et consultant auprès des institutions financières internationales, notamment de la Banque Africaine de Développement depuis 2009-à ce jour. A ce titre il a travaillé en tant que Conseiller Technique International à la Cellule économique de la Présidence du Togo (2011-2012).

Il est l’auteur de plusieurs études et publications dont la plus récente porte sur le secteur financier au Burundi en tant que co-auteur avec Janvier Désiré Nkurunziza et Léonce Ndikumana dont le titre est : “The Financial Sector in Burundi”, African Successes, publiée conjointement par NBER-National Bureau of Economic Research à Boston and The University of Chicago Press en septembre 2016. Enfin, il est également l’auteur d’une œuvre de fiction publiée en Juin 2016 aux Editions Riveneuve à Paris sous le titre : Ténèbres et Lumière.

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