Culture

Au coin du feu avec Louis Marie Nindorera

06/10/2018 Antoine Kaburahe Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Louis Marie Nindorera
Au coin du feu avec Louis Marie Nindorera

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler
son coeur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la
sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les
semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu,
Louis Marie Nindorera.

Votre qualité principale ?

L’optimisme.

Votre défaut principal ?

Ma tendance à saborder mes projets.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’empathie.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

L’inhumanité.

La femme que vous admirez le plus ?

La mienne.

L’homme que vous admirez le plus ?

Le Burundais peu fortuné, pauvre qui, malgré les privations et les sollicitations quotidiennes du mal, vit et meurt digne, honnête, respectueux et valeureux, par souci de moralité et de la postérité. Il n’a pas besoin d’être un saint ou un surhomme pour conserver ma plus haute admiration. L’une ou l’autre fois, par exemple, il peut picoler mais rentrer au foyer en mushingantahe, avec l’essentiel de sa raison et de sa moralité …

Votre plus beau souvenir ?

Mon premier enfant, mon premier nourrisson : ses sommeils paisibles et profonds derrière un voile, ses petites joues rondes, veloutées et leur douce odeur de lotion, ses sourires baveux, ses rires à mes grimaces, ses pets transperçant les couches, etc.

Votre plus triste souvenir ?

Le 21 octobre 1993 et les trois années qui suivirent : corps sans vie jonchant le sol, odeurs de sang, les tombées de nuit crispantes, la radio et la télévision nationales diffusant en boucle le même cantique religieux (« Hitamwo neza, hitamwo Yesu ») à des oreilles sourdes …

Quel serait votre plus grand malheur ?

Si je le dis, je vais me l’attirer.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

Un jour d’élection présidentielle et d’alternance réelle, dans l’esprit et les cœurs. Une atmosphère de renouveau, de confiance et d’ouverture, de relance. En 2020.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Demain.

La plus terrible ?

Je la chercherais quelque part dans l’année 1965. C’est là que tout bascula.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Dramaturge tragicomique pour pièces de théâtre en kirundi.

Votre passe-temps préféré ?

Taquiner mon épouse les soirs quand elle s’assoupit au salon. Toujours elle me jure d’être en pleine forme jusqu’à ce qu’elle finisse par divaguer de sommeil et s’endormir au beau milieu de sa propre phrase. Elle ne lève le camp que lorsque je le lève. Je prends toutes ses luttes vaines contre le sommeil pour une marque pudique d’amour, le droit monopolistique qu’elle revendique à s’endormir à mes côtés, où que je sois sous notre toit conjugal.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Les rivages du lac Tanganyika dans ses confins du Sud et le biotope alentour.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

La République Unie d’Afrique des Grands lacs et de l’Est.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

En Galilée, vers l’an 25 après J.-C., en compagnie d’un interprète d’hébreu, si le budget le permet.

Votre rêve de bonheur ?

Mes garçons, autonomes, épanouis et heureux dans la vie, dans leur ménage, si ménage il y a, citoyens du monde, attachés à leur famille et à leur patrie. Un ou deux petits-enfants quand même pour agrémenter et soulager la décrépitude de pépé et mémé.

Votre plat préféré ?

Riz pilau et sombe de chez Mama Solo avec une aile de poulet charnue, le tout nappé dans une sauce de poulet, avec le voisinage d’une assiette de burobe de Minago.

Votre chanson préférée ?

J’ai beau être optimiste, j’ai une inclinaison pour les airs mélancoliques. Je citerais « The Köln Concert Part II B » de Keith Jarrett : 18 minutes d’un récital magistral en « live » de piano en solo, entièrement improvisé.

Quelle radio écoutez-vous ?

RFI, seulement depuis que la BBC a été suspendue.

Avez-vous une devise ?

Non.

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

Un contraste saisissant entre l’euphorie des uns et la colère-panique des autres.

Votre définition de l’indépendance ?

Une illusion.

Votre définition de la démocratie ?

Une forme dynamique d’organisation politique et sociale d’une communauté ou d’un Etat qui s’emploie à créer les opportunités et générer les ressources qui permettent à chacun, chacune, qui qu’il soit, qui qu’elle soit, d’acquérir et développer les connaissances, les aptitudes et les attitudes pour réaliser pleinement son potentiel afin de se prendre en charge, prendre en charge les enfants sous son autorité ou sa tutelle et contribuer équitablement au bien et au progrès continus de sa communauté, de sa société et de l’humanité.

Votre définition de la justice ?

C’est ce dont on finit soi-même par être privé, à force de laisser d’autres, innocents, en être privé sans raison.

Si vous étiez ministre de la Culture, quelles seraient vos deux premières mesures ?

➡ En collaboration avec les Ministères de l’Education, réformer le programme d’enseignement et de promotion de la langue kirundi et des coutumes burundaises pour les rendre plus populaires, plus dynamiques et en phase avec les évolutions de l’environnement.

➡ Promouvoir et subventionner la création de centres culturels rundi saisonniers pour créer des opportunités de création artistique et d’emplois, remplir les périodes estivales par des occupations ludiques, éducatives, divertissantes et rémunératrices.

Si vous étiez ministre de l’Environnement, quelles seraient vos deux premières mesures ?

➡ Reboiser le Burundi en accompagnant la campagne de mesures incitatives et dissuasives de protection communautaire des aires et zones protégés ainsi que du domaine public forestier.

➡ Engager une recherche et des consultations en faveur de la promotion d’éco-lieux de mémoire par la création de forêts et bois compostés notamment avec les ossements des personnes décédées, transformés en engrais organiques (après la levée de deuil définitive). A terme, supprimer les cimetières publics qui occupent des espaces qui devraient servir à produire / Assurer que les restes des disparus, quelle que fut leur vie sur terre, produisent et servent la postérité !

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Oui mais je ne la crois pas naturelle. Elle s’entretient, tel un jardin. Quand vous cessez de jardiner, la broussaille épineuse et les mauvaises herbes reprennent le dessus, l’envahissent et l’écrasent et c’est la loi de la jungle. Il y a aussi une bête, un fauve tapi au fond de l’homme.

Pensez-vous à la mort ?

Oui mais plus souvent celle des autres que la mienne.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

C’est Louis-Marie de Galilée. Demande à ton fils.

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Bio express

Louis-Marie Nindorera, 55 ans, a une carrière professionnelle de 30 ans derrière lui, dont plus des deux tiers passés comme manager d’ONGs nationales et internationales. Après cinq années de service public, il dirigera notamment l’exécutif de la Ligue Iteka pendant quatre ans, au cours desquels il initiera et contribuera à faire aboutir des projets de développement rapide de son implantation et de ses bases provinciales. Depuis 2003 jusqu’à ce jour, il est engagé dans le management de programmes nationaux et internationaux et les études consacrés aux enjeux de droits et de développement au Burundi et dans la région des Grands lacs africains. Il a conduit et publié plusieurs études nationales et régionales, notamment sur les enjeux de droits et de libertés publiques, de justice transitionnelle et de gouvernance foncière. Hors de ses contrats, il huile son intellect en animant un blog personnel sur « LinkedIn » et en souscrivant activement à « Babelio », un club en ligne de lecteurs et critiques littéraires volontaires. Louis-Marie Nindorera est basé à Bujumbura. Il est marié et père de trois garçons.

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