Culture

Au coin du feu avec Joseph Ndayisaba

12/01/2019 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Joseph Ndayisaba
Au coin du feu avec Joseph Ndayisaba

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Joseph Ndayisaba.

Votre qualité principale ?

Le souci du travail bien fait. Je n’aime pas « bricoler »

Votre défaut principal ?

L’impatience. C’est ce que mon entourage me reproche souvent.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La ponctualité. Les non ponctuels perdent leur temps et celui des autres. Il me semble d’ailleurs que ce soit un défaut national : On vous invite pour une cérémonie pour 16H. Elle a lieu à 18H passées. Si tu es ponctuel, tu passes 2 heures assis à consulter les messages au téléphone.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

La malhonnêteté. Je déteste les gens malhonnêtes.

La femme que vous admirez le plus ?

La mienne, bien entendu. Qu’est-ce que vous allez penser si je vous dis que j’admire les femmes des autres ?

L’homme que vous admirez le plus ?

J’admire 3 hommes : (1) Jésus. Il savait remettre les gens à leur place. (2) Mon père, qui a bossé dur pour nous scolariser. (3) Mandela, qui a pu protéger l’Afrique du Sud de la destruction. Les compromis d’Arusha aussi, c’est lui. Nous devrions tous les promouvoir et les protéger. Il avait vraiment compris le conflit burundais.

Votre plus beau souvenir ?

Le jour où j’ai obtenu ma bourse pour aller faire mon doctorat. Ce fut un immense plaisir. Je l’espérais depuis 4 ans. Je voyais partir les autres qui n’étaient pas plus qualifiés que moi.

Votre plus triste souvenir ?

Le décès de ma mère en 1994. Elle est partie trop vite, sans qu’on ait eu le temps de l’assister à l’hôpital.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Que mon pays plonge dans une nième crise grave de violence après l’indépendance. Malheureusement, il ne s’agit pas d’un événement impossible. Des fois je me demande si les burundais, nous ne sommes pas des masochistes, qui éprouvons du plaisir à nous faire du mal à nous-mêmes.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

Les Accords d’Arusha. Je fais ce choix parce que je suis contemporain de cet événement, peut-être qu’il y en a de plus haut. Je pense notamment à la protection du Burundi contre l’esclavage par les guerriers burundais.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Celle de l’Indépendance. J’étais en 2ème année primaire, je me souviens encore de l’ambiance de fête qui prévalait le jour du 1er Juillet 1962.

La plus terrible ?

La crise de violence de 1972. Elle est le pilier des crises ultérieures. La gestion de cette crise par des pogroms dirigés contre une ethnie fut une grave erreur politique. Cette date est devenue un argument massue pour les amateurs de revanches ethniques. Ce fut vraiment une date terrible pour le Burundi.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Je suis content et satisfait de celui que j’exerce. Mais, l’autre qui m’aurait plu, c’est : Médecin pédiatre. J’adore les enfants.

Votre passe-temps préféré ?

Je fais beaucoup de choses, selon les questions qui se posent et le temps disponible. Le choix est difficile.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Ma colline natale. Quand je suis sur la colline, je passe du temps à regarder les merveilleux paysages des alentours (la colline est située à 1800 m d’altitude). J’affirme que le Burundi est un paradis, que certains de nos concitoyens s’évertuent à détruire.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Nulle part ailleurs qu’au Burundi. Vous pouvez me croire. J’ai déjà visité beaucoup de pays en Afrique et en Europe. Je suis convaincu de ma réponse. Je vis très mal le fait que beaucoup de jeunes burundais sont en train de fuir le Burundi. Je pense aussi aux centaines de milliers de réfugiés qui souffrent d’être loin de leur patrie.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

J’ai toujours rêvé de faire une croisière en mer. Malheureusement, je n’ai pas l’opportunité de le faire.

Votre rêve de bonheur ?

Un rêve pour la famille : beaucoup de petits enfants autour de moi. J’en ai déjà deux, j’en espère beaucoup d’autres. Un rêve national : le Burundi en paix, la faim et la pauvreté vaincues. C’est un rêve parfaitement réalisable. C’est une question de leadership.

Votre plat préféré ?

Je n’en ai pas, j’aime les repas préparés avec soin et originalité.

Votre chanson préférée ?

La Vérité de Guy Béard. Peu de jeunes connaissent cette chanson. La chanson évoque les dangers que courent les gens qui disent la vérité.

Quelle radio écoutez-vous ?

J’écoute pratiquement toutes les radios qui émettent au Burundi. C’est la seule manière d’apprécier la température qu’il fait dans le pays. Mais je déplore le manque de professionnalisme de certains journalistes de ces radios, qui servent des maîtres et oublient qu’ils sont des journalistes avec des obligations éthiques. Bien sûr les radios sont guidées par des lignes éditoriales fixées par le créateur ou le patron, mais il doit y avoir des limites quand même !

Avez-vous une devise ?

Non

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

Les élections de 1993. Mon parti les a perdues. Comme je suis démocrate, j’ai accepté le changement. J’étais sûr qu’on allait gagner, c’est mon père qui m’a refroidi. Il m’a dit, en me voyant courir partout lors de la campagne électorale : « tu peux rentrer à la maison mon garçon, vous ne gagnerez pas. Ceux-là qui vous sourient et à qui tu offres à boire sont tous de l’autre côté ». Malheureusement, vous connaissez les catastrophes qui ont suivi. Je me demande si vraiment les Burundais comprennent ce qu’est la démocratie. Ils la proclament sans la pratiquer.

Votre définition de l’indépendance ?

La capacité de gérer ses affaires, en intégrant les bienfaits apportés par les amis et les voisins. Etre indépendant ne veut pas dire vivre tout seul.

Votre définition de la démocratie ?

Le respect des volontés du peuple. C’est différent de la manipulation. Aussi, la démocratie, ce ne sont pas les élections, c’est une manière de vivre positivement avec les politiquement différents.

Votre définition de la justice ?

Les mêmes règles et les mêmes procédures appliquées à tous, par des personnels qualifiés et honnêtes.

Si vous étiez ministre de l’enseignement supérieur, quelles seraient vos deux premières mesures ?

A mon âge, je n’ai plus ce genre d’ambition. Mais deux décisions seraient pertinentes : (1) Mettre de l’ordre dans le fonctionnement des institutions d’enseignement supérieur ; (2) Instaurer au moins un semestre obligatoire pour le renforcement des étudiants en langues d’enseignement : en particulier le français et l’anglais. Le niveau de français est un obstacle très sérieux pour la réussite des études pour les étudiants.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Bien sûr. Mais il faut admettre que l’homme a naturellement les deux dimensions en lui : le bien et le mal. Les uns penchent plus sensiblement vers le bien, les autres vers le mal. Parmi les êtres humains, il y a des gentils et des méchants.

Pensez-vous à la mort ?

Bien entendu, comme tout être humain sensé.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Je prétends ne pas avoir de grave contentieux avec Lui. Si vous relisez bien les dix commandements, ils ne sont rien d’autres que des règles de vie commune. Je lui dirai que j’ai fait ce que j’ai pu pour les respecter. Mais comme Il sait tout, il y a peut-être des choses qu’Il sait sur moi que je ne sais pas. Je lui fais confiance. Je lui poserai aussi la question : pourquoi il laisse souffrir des innocents sans intervenir !

Propos recueillis par Fabrice Manirakiza

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Bio Express

Né en 1954 en province Ruyigi, Joseph Ndayisaba est docteur en Sciences de l'Education, option Orthopédagogie. Depuis 1980, il est professeur à l'Université du Burundi, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education. Membre du Conseil National de l'Enseignement Supérieur depuis 2013, ce natif de Ruyigi a été ministre de l'Education (1997-1998). Dans sa carrière, Joseph Ndayisaba a été respectivement conseiller principal à la Présidence de la République chargé des questions sociales (1999-2003) puis, de 2003 à 2005, sénateur dans le Sénat de transition.

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